Selon les informations de franceinfo, le ministère des Affaires étrangères s'appuie sur un réseau de comptes influents sur les réseaux sociaux. Avec un but : lutter, à moindre coût, contre les tentatives d'ingérences et la désinformation en diffusant la position officielle de la France.
Et si "French Response", ce compte X rattaché au ministère des Affaires étrangères et chargé de combattre les attaques contre la France sur les réseaux sociaux à grand renfort de mèmes et de punchlines, n'était que la partie immergée de l'iceberg ? Selon les informations de franceinfo, le Quai d'Orsay s'entoure, depuis déjà plusieurs années, d'un réseau d'analystes aux comptes influents sur les réseaux sociaux. L'objectif : lutter, à moindre coût, contre les tentatives d'ingérences en diffusant ses éléments de langage et la position officielle de la France sur un ensemble de sujets diplomatiques et géopolitiques. Un moyen supplémentaire – mais surtout déguisé – d'appuyer l'Etat dans la "guerre informationnelle" qu'il mène face aux puissances étrangères comme la Russie, la Chine ou les Etats-Unis.
Tout part d'une brouille entre La France insoumise (LFI) et l'un de ces supposés "influenceurs". Début juin, le député insoumis Bastien Lachaud et Jean-Luc Mélenchon accusent le Quai d'Orsay de disposer d'un réseau d'influence chargé de diffuser ses "éléments de langage" sur les plateformes sociales. Dans leur viseur : Louis Duclos, un analyste et consultant en géopolitique aux quelque 74 000 abonnés sur X. D'après eux, cet habitué des chaînes d'information "travaillerait" en sous-main, aux côtés d'autres comptes influents, avec le ministère des Affaires étrangères. Un partenariat jugé incompatible avec certaines critiques de l'analyste envers LFI , ainsi qu'avec une mission de représentation qu'il a menée par le passé pour une puissance étrangère, Taïwan.
Auprès de franceinfo, Bastien Lachaud s'interroge : "Comment une personne travaillant avec le Quai d'Orsay et supposée défendre l'intérêt national peut-elle nouer un partenariat avec un Etat étranger, qui n'est pas officiellement reconnu par la France ?" L'élu de Seine-Saint-Denis considère anormal qu'un certain nombre de personnes puissent "porter la parole de la France" tout en "s'abstenant de tout devoir de réserve et en critiquant des formations politiques" , qui plus est à l'approche de la prochaine élection présidentielle en 2027. Il dénonce "un mélange des genres douteux" et réclame du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qu'il fasse toute la lumière sur la teneur de ces partenariats. "Que fait une démocratie si elle n'est pas transparente sur la manière dont elle communique ? De la propagande" , estime-t-il.
Le ministre n'a pas répondu aux sollicitations de Bastien Lachaud, mais au sein du Quai d'Orsay, une source confirme à franceinfo que le ministère "briefe" un réseau d'analystes influents sur un ensemble de sujets diplomatiques et géopolitiques. Ces quelques dizaines de personnes, qui tiennent des veilles spécialisées sur des sujets variés comme la guerre en Ukraine ou le conflit israélo-palestinien, ne sont pas rémunérées, affirme le ministère, qui réfute catégoriquement l'idée d'un "réseau occulte" d'influenceurs. Selon cette même source, ces collaborations reposent avant tout sur une logique de "service d'information" plutôt que sur des partenariats formels.
"C'est la marche normale d'une direction de la communication dans un ministère. Oui on briefe des journalistes, oui, on briefe des influenceurs, mais de la même manière."
Briefings officieux, notes d'information, déclarations officielles du ministre… Le ministère transmet un ensemble d'informations, habituellement réservées à la presse, à des créateurs de contenus. "S'ils souhaitent remonter à la source de l'information, nous n'allons pas les envoyer balader…", défend une source diplomatique, en arguant que ces comptes permettent au ministère de s'adresser à des audiences plus jeunes ou engagées que les médias traditionnels.
Ces comptes spécialisés s'intéressent par ailleurs à des détails techniques ou géographiques très pointus. Là où un journal télévisé ne retiendra qu'une information globale, un spécialiste de l'Ukraine se penchera par exemple sur "la nature exacte" de l'aide envoyée par la France ou le détail des sanctions imposées à la Russie, fait-on valoir. Un moyen pour le ministère de mieux valoriser "l'action précise de la France à l'étranger" . Au Quai d'Orsay, on assure que ces "influenceurs" ne sont soumis "à aucune obligation de reprise" et que des pays comme la Russie et la Chine "n'hésitent pas à rémunérer des influenceurs" pour diffuser leur propagande. Ce que la France se refuse à faire, selon cette source.
Plusieurs de ces créateurs de contenus ont accepté de se confier auprès de franceinfo sur la nature de leurs échanges avec le ministère des Affaires étrangères. Parmi eux, Louis Duclos, l'analyste directement ciblé par LFI. Ce consultant, spécialisé en géopolitique et en influence, réfute le terme "d'influenceur", qu'il juge réducteur, et décrit une relation construite "au fil de l'eau" avec le Quai d'Orsay. "Il n'y a eu ni recrutement, ni contrat. Il se trouve simplement que j'avais déjà des contacts réguliers avec des diplomates dans le cadre de mon travail, et qu'ils apprécient mes analyses géopolitiques sur mon compte X, où je bénéficie effectivement d'une large audience", affirme-t-il.
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