Alors que la France connaît cette semaine sa canicule la plus précoce jamais relevée, la question de la climatisation enflamme à nouveau les débats. Sans tabou ni totem : attention au risque de mal-adaptation.
La planification prend du temps, sa mise en œuvre encore plus… et en attendant, le réchauffement climatique s’emballe. Le mois de mai n’est même pas terminé que la France suffoque déjà. Deux ans après l’adoption du plan national d’adaptation au changement climatique , on semble redécouvrir, encore une fois, que nos écoles, nos hôpitaux, nos transports, nos logements… sont inadaptés pour affronter les canicules qui se multiplient, s’aggravent, se rallongent.
Malgré les promesses, les bouilloires thermiques restent notamment un angle mort de la rénovation des logements. On s’échine à lutter contre le froid, à tout calfeutrer… Les travaux sont pensés pour l’hiver. Ils n’intègrent quasiment jamais l’installation de volets ou de brasseurs d’air, pourtant efficaces. Pire, certaines isolations par l’intérieur à bas coût peuvent aggraver les choses en empêchant la chaleur de s’évacuer. Cas typique de mal-adaptation. En 2024, selon une étude du syndicat Ignes , seul un logement sur 10 était adapté au confort d’été désormais intégré au DPE. La chaleur sera pourtant bien l’ennemi numéro 1 demain.
Dans ce contexte, le débat explosif sur la climatisation refait surface. Le RN prône un grand plan d’équipement pour « climatiser la France », et tant pis si la consommation d’électricité grimpe, puisqu’elle est décarbonée chez nous. Solution simple pour un problème compliqué… Sauf que l’impact des climatiseurs ne s’arrête pas là : ils aggravent les îlots de chaleur en recrachant l’air chaud dehors (double peine pour les voisins) et les fluides frigorigènes qu’ils contiennent encore largement restent des gaz à effet de serre puissants.
Comme souvent, le sujet mérite un débat moins polarisé : la clim est indispensable dans les Ehpad (où elle est déjà obligatoire dans une pièce au moins), dans les hôpitaux, peut-être dans quelques écoles. Elle peut apporter des points de fraîcheur salvateurs, il ne faut « pas en faire un tabou » , estime même François Gemenne dans une interview au Point . Mais elle devrait être un dernier recours. Pensons d’abord collectif : construisons des réseaux de froid comme à Paris , privilégions les bâtiments passifs, installons des systèmes à l’échelle des immeubles, plus efficaces, plantons des arbres pour rafraîchir nos villes, peignons nos toits en blanc, faisons évoluer nos rythmes scolaires et nos horaires de travail…
La France a été construite pour un climat qui n’existe déjà plus. Climatiser sans réfléchir au reste reviendrait à écoper un bateau qui sombre, sans jamais chercher à combler la fuite.
