L’Edhec a réuni avec Challenges des experts du business, de la finance et de l’armée. Nombre d’infrastructures stratégiques sont menacées par le réchauffement climatique, comme l’aéroport de Nice.
Militaires, étudiants, dirigeants d’entreprise et experts sont réunis, en partenariat avec Challenges , sur le campus parisien de l’ Edhec , une école de management qui a mis sur pied une chaire de géopolitique et de stratégie d’entreprise avec le général Luc de Rancourt. Après Thomas Buberl (Axa) l’an dernier, c’est le chef d’état-major de l’aviation et de l’espace, Jérôme Bellanger , qui ce 19 mai s’est prêté au jeu des questions-réponses après son exposé. Un exercice de transparence inhabituel pour un homme qui a auparavant commandé les Forces aériennes stratégiques, qui portent le feu nucléaire.
Après avoir décrit l’état de « sidération » dans lequel se trouvent les Européens face au « retour des empires » – y compris l’américain –, le général nous promet un « réveil difficile » et en appelle à l’union avec nos partenaires, dans la foulée de la coalition des volontaires mise sur pied pour soutenir l’Ukraine.
Vient la distribution de cartons jaunes plus ou moins subtils. Aux Allemands d’abord, « viscéralement atlantistes, qui continuent d’acheter des F-35 » . Puis à ceux qui rêvent en France de « réduire le projet européen de système de combat aérien du futur en Rafale du futur » . Et pan pour Dassault.
Vient ensuite un dégagement sur le thème de la table ronde à suivre, concernant la géopolitique et le climat. Le général Jérôme Bellanger est de ceux qui considèrent que le réchauffement a un impact direct, non seulement sur la marche du monde, mais aussi dans la gestion des affaires militaires. Et de citer l’exemple frappant de la base américaine de Tampa, en Floride, dévastée en 2022 par un ouragan, causant quelques milliards de dégâts.
Challenges animait donc une table ronde intitulée : « Un futur sous tension : comment bâtir une énergie résiliente et souveraine. » Camille Angué, qui dirige l’Edhec Climate Institute, un peu dans la lignée de l’exemple de la base de Tampa, s’est penchée sur le cas de l’aéroport international de Nice, a proximité d’un des campus de l’école.
« Une infrastructure, qui est fortement exposée aux risques climatiques notamment de submersion et crues » . Et de démontrer que ces risques ont un impact direct sur la valeur des actifs avec la hausse du coût du financement, de possibles pertes d’exploitation et des besoins massifs d’investissements d’adaptation.
Une étude du Climate Institute présentée en marge de ce colloque permet de quantifier le phénomène : « Les infrastructures critiques sont déjà en première ligne du choc climatique. Dans un scénario de réchauffement élevé, les investisseurs en infrastructures pourraient subir jusqu’à 600 milliards de dollars de pertes d’ici à 2050, et leurs portefeuilles les plus fortement exposés perdre plus de 50 % de leur valeur. Derrière ces projections se dessine une vulnérabilité majeure : ports, réseaux électriques, aéroports, installations stratégiques ont été conçus pour le climat du XXe mais devront affronter le climat du XXIe siècle. »
La docteure en géopolitique, Noémie Rebière, cheffe de projet au sein du mouvement Shift Project de Jean-Marc Jancovici insiste, tout comme Camille Angué , sur la nécessité « d’une volonté politique forte, de financements de long terme et d’une meilleure sensibilisation des citoyens. » Pour ce faire, le Climate Institute a développé des ratings et va, selon sa directrice, « noter à ses frais, dans une approche d’intérêt général, 8 000 infrastructures dans le monde. »
D’un point de vue macroéconomique, les projections donnent des sueurs froides, avec des scénarios du NGFS (Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System) indiquant des pertes potentielles de PIB significatives (jusqu’à 7 % pour la France et 4 % pour l’Union européenne) en cas de chocs climatiques multiples et sévères. Bref, la « multiplication des événements extrêmes induit une hausse rapide des pertes économiques assurées et non assurées ». Car la couverture de ces risques est un élément majeur .
Coté énergie, Didier Holleaux, ancien dirigeant d’ Engie et membre de l’Académie des technologies souligne que « les crises récentes ont fait voler en éclats l’idée que les marchés suffisent à garantir l’approvisionnement énergétique. Le risque n’est plus seulement un risque de prix, mais aussi un risque physique d’accès aux ressources. » Pour cet expert et praticien du business « les entreprises doivent désormais s’intéresser aux fondamentaux : origine de l’énergie, solidité des fournisseurs, capacité de stockage, diversification des approvisionnements. » Avec comme priorité et principale protection un principe : celui de la diversification.
Pourquoi la Renault Twingo E-Tech n’est vraiment pas faite pour les longs trajets
« Nous voulons devenir le champion européen de la défense »
CESI : l'école d'ingénieurs au chevet de l'industrie
