La course à la souveraineté électronique de l’Europe a démarré en Gironde, au Barp, ce lundi 1 er juin, avec la pose de la première pierre de la future usine associant le géant taïwanais Foxconn et les Français Thales et Radiall. Explications
L e symbole est fort. Ce lundi 1 er juin, le président de la République recevait au château de Versailles des investisseurs potentiels venus du monde entier pour les convaincre de parier sur l’Hexagone à l’occasion du sommet Choose France (choisir la France). Il annonçait au passage 93 milliards d’euros d’investissements étrangers – un record – via 72 projets, avec 15 000 créations d’emplois potentielles. De jolis dossiers dont certains concernent la Nouvelle-Aquitaine (lire par ailleurs).
Au même moment, en Gironde, au Barp, trois acteurs majeurs de l’électronique entérinaient leur « choix de la France ». Un an après l’annonce, lors de Choose France 2025, de la création de leur entreprise conjointe, ou « joint venture », le Taïwanais Foxconn, premier fabricant mondial d’électronique, le Français Thales, leader mondial des hautes technologies pour la défense et l’aérospatial, notamment, et l’entreprise de taille intermédiaire (ETI) familiale française Radiall posaient la première pierre de leur future usine commune baptisée « Tessalia ».
Une usine dont la construction et l’équipement, qui débuteront en fin d’année, nécessiteront au moins 250 millions d’euros d’investissements. Elle a pour mission, d’ici à 2033, de livrer chaque année 50 millions de cartes électroniques de haut niveau dédiées à des marchés très « sensibles », à l’image de la défense, l’aéronautique, l’aérospatiale, la santé…
Pour Foxconn, Tessalia symbolise un transfert de technologie unique en Europe. Pour le groupe de Taipei qui compte environ 1 million de collaborateurs, cette coentreprise illustre sa nouvelle stratégie « BOL » (« build-operate-localize »). Celle-ci consiste à installer des usines non plus seulement à Taïwan, qui au passage est de plus en plus sous la menace d’une annexion chinoise, mais au plus près des marchés de ses puces et semi-conducteurs. C’est dans ce cadre que Foxconn fait de la France et de la Nouvelle-Aquitaine une de ses têtes de pont industrielles pour livrer ses marchés européens.
« On s’est bien battu pour convaincre que Le Barp et la zone de la Route des lasers cochaient toutes les cases, qu’il n’y avait pas de meilleur site en France, voire en Europe… Il faut savoir que la Pologne a fait du forcing au dernier moment pour attirer cette usine », rappelait Alain Rousset, le président de la Région, ce lundi, au moment de la pose symbolique de la première pierre de Tessalia au côté du ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin.
Cette « bataille » a démarré il y a plus de deux ans. Au moins huit Régions s’étaient mobilisées pour attirer ce projet sur leurs terres, et 64 sites d’implantation avaient été proposés. Finalement, après des mois d’étude, trois sites (La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône, Blanquefort et Le Barp en Gironde) étaient en balance dans la courte liste finale retenue par les promoteurs du projet. On connaît le résultat.
« Nous avions plusieurs défis à relever : le logement, l’accessibilité, les mètres cubes d’eau et la quantité d’énergie nécessaires à la production… Mais si nous cochions toutes les cases, c’est que notre région et les différents acteurs du territoire savent accueillir les projets industriels », soulignait Alain Rousset, avant d’ajouter : « Je rappelle que nous sommes la première région de France en nombre d’installations d’industrie. Depuis 2019, nous nous concentrons 36 % des créations nettes d’emplois industriels. » Le docteur Bob Wei-Ming Chen, dirigeant représentant Foxconn, Patrice Caine, PDG de Thales, et Pierre Gattaz, PDG de Radiall, confirmaient : « La Nouvelle-Aquitaine a tout fait pour nous attirer ce projet qui nous dépasse tous, qui dépasse le territoire puisqu’il concerne la nécessaire maîtrise d’une technologie de pointe et l’autonomie indispensable dans ce domaine ultrasensible pour toute l’Europe ! »
