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Bernadette Chirac, femme de devoir et de pouvoir

Personnalités citées :Bernadette ChiracJacques Chirac
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Le contexte

Bernadette Chirac, née en 1933, a été une figure influente de la politique française, notamment en tant qu'épouse de Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007. Elle a joué un rôle actif dans la carrière politique de son mari et a été conseillère générale de Corrèze pendant plusieurs décennies. Son engagement dans des causes sociales, notamment la santé des enfants, a également marqué son mandat en tant que Première Dame.

Ce qu'il faut retenir

Bernadette Chirac, décédée en 2026, a été une figure clé de la politique française, soutenant son mari Jacques Chirac tout au long de sa carrière. Elle a été conseillère générale de Corrèze de 1979 à 2015 et a joué un rôle actif dans des initiatives caritatives, notamment l'opération 'Pièces jaunes'. Bien qu'elle ait commencé sa vie politique en tant que soutien, elle a gagné en influence et en popularité au fil des ans, devenant une personnalité respectée en France.

Ce que ça change

L'article souligne l'importance de Bernadette Chirac dans la vie politique française, révélant comment son soutien a été crucial pour Jacques Chirac. Son engagement dans des causes sociales a également contribué à humaniser l'image de la présidence française. Son parcours montre l'évolution du rôle des premières dames en France, passant d'un soutien discret à une figure publique influente.

L'article complet

Source originale sur france24.com

Bernadette Chirac, décédée le 5 juin 2026 à l'âge de 93 ans, a pris goût à la politique en se mettant au service des batailles menées par son mari. Au fil des années, l'ex-première dame s'est imposée comme une personnalité populaire et influente.

Quel étrange couple : l’aristocrate réservée et distante et le petit-fils d’instituteurs corréziens, amène et séducteur. Tout opposait Jacques Chirac et son épouse Bernadette, qui auront traversé ensemble près de 45 ans de vie politique française. Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, est morte le 5 juin 2026, près de sept ans après celui dont elle aura accompagné l’impressionnante ascension politique, en véritable soldat.

De la Corrèze à la mairie de Paris, des cabinets ministériels sous Georges Pompidou à Matignon, avant la consécration de l’Élysée, la conquête de l'homme politique n'aurait pas été possible sans elle, Bernadette Chirac. Portée par le sens du devoir, la précieuse alliée s’est mise au service de toutes les batailles de son mari. Au point d'y prendre goût et de tracer sa propre route : elle fut conseillère générale de Corrèze de 1979 à 2015 sans interruption. L'ex-Première dame s'est même révélée par sa réelle expertise politique, elle qui fut la seule dans l’entourage présidentiel à anticiper la présence de Jean-Marie le Pen au second tour en 2002.

C’est sur les bancs de Sciences Po que le futur couple fait connaissance en 1951. L’étudiante se porte volontaire pour des exposés, ce qui impressionne le jeune homme : il tient dès lors la timide Bernadette Chodron de Courcel pour une "fille culottée", qui a du "coffre", raconte le magazine de "13 h 15 le dimanche" consacré aux époux Chirac en mars 2019. Sous le charme, il lui propose de participer à des groupes de travail, marquant le début d'une longue histoire.

Les fiançailles ont lieu en octobre 1953. Et si le président n’a cessé de lui répéter par la suite "Vous avez eu de la chance de m’épouser", c’est en réalité lui, selon les hiérarchies sociales de l’époque, qui fait un "beau" mariage. Jacques Chirac est issu de la moyenne bourgeoisie, les racines de la famille sont en Corrèze, où ses deux grands-pères furent instituteurs et, pour l’un, franc-maçon.

Sa fiancée est, elle, issue de l'aristocratie. Dans son milieu, très catholique, ce ne fut pas une mince affaire que d’imposer ce prétendant d’une tout autre extraction sociale, mais prouvant très jeune sa détermination. Bernadette tient bon et les noces sont célébrées le 16 mars 1956 à Paris. Le couple, qui n’abandonnera jamais le vouvoiement, donne naissance à deux filles, Laurence, en 1958, puis Claude, en 1962.

Si "la politique ne figurait pas au contrat de mariage", comme Bernadette Chirac l’a confié par la suite, elle comprend rapidement que ce sera la grande affaire de Jacques. Diplômé de l’École nationale d’administration (ENA), il rejoint dès 1962 le cabinet du Premier ministre Georges Pompidou. Séduit par celui qu’il surnomme "le bulldozer", celui-ci l’envoie se frotter aux terres corréziennes, ancrées à gauche, aux législatives de 1967.

Contre toute attente, il est élu à Ussel, ce qui signe le début de l’implantation des Chirac dans le département. Bernadette ne l’a pas prévu et n’a pas, au départ, le goût de la politique. Mais elle s’en accommode et met toute son énergie au service des ambitions de son époux.

"Tout d’un coup, je réalisai que mon mari avait la vocation, et que sur le plan personnel cela allait entraîner, disons, beaucoup de sacrifices. Dans ces cas-là, soit on s’en va – mais ce n’est pas ce que je voulais –, soit on accompagne le mouvement. […] Moi, je me suis sentie obligée de m’accrocher comme une moule à son rocher. C’était la seule façon, me suis-je dit, de ne pas perdre mon mari. Dès 1966, je me suis donné un mal fou pour l’aider à s’implanter dans sa circonscription. Et, depuis, cela n’a pas cessé : l’aider, l’accompagner", confie-t-elle au Nouvel Observateur en 2003.

Dans la décennie qui suit, Jacques Chirac connaît une ascension météorique : secrétaire d’État à l’Économie et aux Finances puis ministre de l’Agriculture, de l’Intérieur et enfin Premier ministre sous Giscard, de 1974 à 1976. Pendant ces deux ans à Matignon, Bernadette Chirac ne s’en laisse pas imposer, et surtout pas par son mari : elle reprend des études d’archéologie, contre l’avis de Jacques Chirac, soucieux qu’on puisse moquer dans les amphis l’épouse du Premier ministre.

En 1977, Jacques Chirac remporte la mairie de Paris. La jeune femme timide a changé et a définitivement appris à forcer sa nature, prenant goût au combat politique.

Elle exerce également une influence politique certaine sur son époux. C’est ainsi qu’en 1979, elle l’incite à écarter Marie-France Garaud, éminence grise de Jacques Chirac qui poussait son poulain vers une droite souverainiste. "Elle me prenait pour une parfaite imbécile. Son tort a été de ne pas se méfier assez des bonnes femmes", dira-t-elle.

Cette même année, lorsque son mari lui demande de se présenter au Conseil général de Corrèze, afin de garder un pied dans son fief tout en menant une carrière politique nationale à Paris, celle qui est déjà conseillère municipale du village de Sarran accepte la mission avec enthousiasme. C’est même "le plus beau jour de (s)a vie", dit-elle dans la biographie que lui a consacrée le journaliste Erwan L’Eléouet, "Bernadette Chirac, les secrets d'une conquête", parue en février 2019. Elle est réélue cinq fois sans discontinuer.

En campagne, elle sillonne son fief au volant de sa Peugeot 205 rouge, accompagnée à l’occasion de Jacques Chirac. Elle œuvre pour le développement de son département en matière d’agriculture, d’industrie ou de tourisme. Durant ses mandats, la Corrèze voit passer le Tour de France (à deux reprises) ainsi que la Première Dame américaine Hillary Clinton, dont la limousine fait étape en mai 1998 à Tulle et à Chaumeil pour découvrir la "démocratie locale".

À Paris, on se souvient du faste des années Chirac à l’Hôtel de Ville. En témoigne l’affaire des "frais de bouche" : l'Inspection générale de la capitale avait estimé que 2,13 millions d'euros avaient été affectés de 1987 à 1995 à l'alimentation et aux réceptions du couple, mais l'affaire s'était finalement terminée en 2005 par un non-lieu.

À la mairie, durant dix-huit ans, Bernadette Chirac, installée avec sa famille dans un appartement de fonctions de 1 000 m2, agit en maîtresse de maison. Elle développe un vaste réseau politique, culturel, mondain. "Je suis chiraquien tendance Bernadette", avait coutume de blaguer l’écrivain Jean d’Ormesson, figure de la vie parisienne.

Lorsque Jacques Chirac est élu président de la République en 1995, la Première Dame a un œil sur tout. "Jamais mon service n’a présenté un plan de table sans qu’il soit soumis à Bernadette Chirac", se souvient Paul Poupade, chef du protocole de l’Élysée, dans le documentaire "Jacques Chirac, l'homme qui ne voulait pas être président", réalisé en 2016.

Elle pâtit cependant d’une image de femme peu amène, cassante, et, avec ses éternels tailleurs Chanel et ses brushing impeccables, en décalage avec son temps. Un peu ringarde, pour tout dire. Il se dit que sa fille Claude, devenue conseillère en communication de Jacques Chirac, la tient à l’écart, craignant que cela nuise au président. Un manque de reconnaissance dont elle souffrira.

Mais Bernadette, désormais surnommée "Bernie", gagne peu à peu en popularité, notamment en s’investissant sur le plan caritatif. Dès 1994, elle fait la promotion de la fameuse opération "Pièces jaunes", qui permet de récolter des fonds pour les enfants malades. Aux côtés du champion de judo David Douillet, elle incite les Français à donner leurs centimes. Elle sera aussi la marraine de la Maison de Solenn, un centre d’accueil pour adolescents souffrant de dépression ou d’anorexie, comme sa fille Laurence, qui mourra en 2016 des suites de cette maladie, laissant ses parents dans un immense chagrin.

En 2001, Bernadette Chirac se livre au journaliste Patrick de Carolis dans un ouvrage intitulé "Conversations". L’ouvrage bat des records de ventes (500 000 exemplaires) et humanise la Première Dame. Elle s’y confie sur la maladie de son aînée, drame de la famille Chirac, et évoque pudiquement les infidélités du locataire de l’Élysée, qui sont de notoriété publique : "Les filles, ça galopait."

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"Vous me parlez de ma popularité… Vous avez raison, il y a sûrement un côté couple, et plus généralement un côté famille. Parce que les Français sentent que je défends les valeurs familiales. […] Ils sont plus nombreux qu’on ne l’imagine à être sensibles au fait que c’est un vrai ménage qui est à l’Élysée et qui est resté ensemble depuis 1956. […] Ils apprécient cette image de couple stable, qui a traversé des épreuves, mais qui est toujours là, contre vents et marées" , analyse-t-elle lors de l’entretien.

À quoi a pu ressembler leur relation durant leurs dernières années, une fois quittés les ors de la République ? Dans "Président, la nuit vient de tomber", un livre basé sur le témoignage de Daniel Le Conte, dernier bras droit de Jacques Chirac, le journaliste Arnaud Ardoin évoque des rapports tendus entre les époux , et présente une Bernadette cassante, notamment avec son mari.

Le flair politique de la Première Dame éclate aux yeux de tous en 2002 : elle est la seule du clan à avoir anticipé la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Avant cela, elle avait largement désapprouvé la dissolution de l’Assemblée nationale, qui avait valu à Jacques Chirac de perdre sa majorité en 1997. Un capital sympathie en hausse auprès des Français, un sens politique reconnu : la "tortue", comme la surnommait Jacques Chirac pour sa supposée lenteur, tient sa revanche.

En 2007, elle quitte l’Élysée à regret. Son époux cède la place à Nicolas Sarkozy, l’ancien poulain abhorré par Jacques mais que Bernadette n’hésite pas à soutenir publiquement. Loin de l’arène politique et après un AVC en 2005, le "bulldozer" décline rapidement. Lui aussi voit sa popularité repartir à la hausse, à mesure que son esprit se fait de plus en plus absent. Mais c’est désormais son épouse qui tient la barre et organise avec leur fille Claude le quotidien de Jacques Chirac, qui se retire de la vie publique en 2014.

Bernadette Chirac continue à exercer ses fonctions de conseillère générale de Corrèze jusqu’en 2015 et participe à l’opération Pièces jaunes jusqu’en 2018. C’est en juin de la même année, à 85 ans, qu’elle fait sa dernière apparition publique, à Brive-la-Gaillarde, dans le berceau de Corrèze, pour inaugurer une avenue Jacques et Bernadette Chirac.

Sa santé déclinante l’avait empêchée de paraître aux obsèques de son époux, célébrées le 30 septembre dernier à Saint-Sulpice. Elle s'était néanmoins rendue à la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides pour un dernier au revoir. Mais aucune image n'avait filtré.

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