Réélue secrétaire générale de la CGT vendredi, Sophie Binet entend faire peser le syndicat dans le débat présidentiel tout en consolidant l’unité syndicale
Reconduite vendredi au poste de secrétaire générale, Sophie Binet a réussi en trois ans à rendre un peu de sérénité à la Confédération générale du travail après un congrès fratricide en 2023 et entend désormais faire peser son syndicat dans le débat présidentiel . La syndicaliste a promis lors du congrès qui se tenait à Tours cette semaine que la CGT allait « se mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu ». Ces trois dernières années, elle a souhaité faire du syndicat le fer de lance de la lutte contre l’extrême droite. « C’est toujours celui qui rassemble qui gagne », un enseignement qui « vaut partout, tout le temps », a-t-elle lancé dans le discours suivant son élection.
Dans l’immédiat, la CGT prévoit, entre autres, une grève des cheminots le 10 juin et une semaine d’action sur les salaires à partir du 22 juin. « M. Lecornu, notre message est clair : si vous ne voulez pas remplir à votre tour le cimetière des Premiers ministres, prenez l’argent là où il est », notamment dans les 211 milliards d’euros des aides aux entreprises, a-t-elle prévenu. Première femme élue à la tête de la CGT en mars 2023 mais aussi première dirigeante de la confédération à ne jamais avoir eu sa carte au Parti communiste - elle a eu celle du Parti socialiste -, Sophie Binet n’avait pas d’adversaire déclaré pour cette réélection. En 2023, son nom avait émergé alors que les congressistes se déchiraient autour des candidatures de la dauphine de Philippe Martinez et de son opposante.
À 44 ans, sourire franc et regard clair, à l’aise dans les médias et à la tribune, Sophie Binet s’est imposée comme le visage du syndicat vieux de 130 ans. « Dans les médias, elle parle bien et du coup on touche plus de monde », se réjouit Ludivine Chartier, ouvrière dans la métallurgie des Ardennes. Pour Élisabeth Pichon, retraitée et autre déléguée au congrès, « elle a vraiment un dynamisme, elle est très suivie et aimée, ça redonne un élan ».
Offensive en externe - ses propos qualifiant les patrons de « rats qui quittent le navire » et sur une « répression patronale violente » chez Tefal lui valent deux mises en examen -, elle doit faire preuve de diplomatie en interne. Des oppositions à la stratégie d’unité syndicale, à la participation au dialogue social, se sont encore fait entendre à Tours, mais sans atteindre le niveau de tension du congrès de 2023. Sophie Binet a d’ailleurs pointé dans son discours vendredi des comportements « qui ne devraient jamais avoir lieu dans un congrès », envahissement de tribune ou sifflets contre les autres syndicats invités.
« Tout ne va pas bien, on se gargarise beaucoup mais on n’a rien gagné du tout », juge Serge Ballat, de la métallurgie, estimant que la mobilisation contre la réforme des retraites est un échec que la direction fait passer pour une victoire. Après la suspension de la réforme, le sujet doit revenir dans le débat pour la présidentielle.
Autres défis qui attendent la CGT : contrer l’effritement de sa représentativité, toucher plus de travailleurs précaires, de jeunes, de salariés des très petites entreprises mais aussi de celles du CAC 40. Pendant son premier mandat, Sophie Binet s’est employée à renforcer l’unité avec les autres syndicats pour pouvoir plus peser dans le débat. Au congrès, elle a envoyé un message clair sur la poursuite dans cette direction en invitant les numéros un des autres syndicats, dont Marylise Léon de la CFDT, qui partage son rejet de l’extrême droite. Sophie Binet est une militante de longue date.
En 2002, elle manifestait déjà comme membre du syndicat étudiant Unef à Nantes contre l’extrême droite. Engagée à la direction de l’Unef lors de la mobilisation contre le Contrat première embauche en 2006, elle est entrée à la direction de l’Union des cadres et techniciens de la CGT, en 2011. Elle a été conseillère principale d’éducation en lycée professionnel à Marseille, puis au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) de 2008 à 2010. L’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle Benoît Hamon voit « une continuité entre la militante syndicale qu’elle était » à l’Unef et son action aujourd’hui, soulignant la « grande force » qui était déjà la sienne et son caractère « joyeux ». « Notre mandat, c’était de rassembler, c’est le cas, mais il faut continuer », résume depuis le congrès Thomas Vacheron, membre de la commission exécutive confédérale.
