D'après le collectif Zapper Bolloré, plus de 3 000 professionnels du cinéma ont désormais signé une tribune dénonçant la mainmise de Vincent Bolloré sur le secteur. Ce texte a secoué le monde du 7e art, en plein festival de Cannes. Le 17 mai, ils étaient 600 signataires avant la déclaration polémique du président de Canal+, Maxime Saada. Ce dernier a affirmé ne plus vouloir travailler avec les signataires de ce texte.
Une déclaration qui embarrasse jusqu'aux plus fidèles soutiens de Canal+, tant elle s'apparente à une mise à l'index, à une « liste noire ». La tribune parue dans Libération s'inquiétait de la mainmise d'un « patron d'extrême droite », à savoir Vincent Bolloré , sur le cinéma français. Le texte allait loin puisqu'il pointait un risque de « prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif ». Ce qui veut dire, selon Maxime Saada, président de la chaîne, qu'on traite son groupe de « crypto-fasciste ». Il ferme donc aux signataires l'accès à la création soutenue par Canal+. Or, beaucoup de films ne peuvent se faire sans ce groupe, qui représente 43% de la part des diffuseurs au cinéma français.
Ils sont aujourd'hui 3 460 à l'avoir signée. Au départ, on trouvait dans cette liste, à côté de nombreux techniciens et professionnels, quelques acteurs comme Juliette Binoche, Swann Arlaud, Charles Berling ou Adèle Haenel. Côtés réalisateurs, figuraient aussi Jean-Pascal Zidi, Sepideh Fardi ou Arthur Harari. Selon Le Monde , sur ces cinq dernières années, les signataires de la pétition sont au générique de plus de la moitié des films français.
Il faut ajouter depuis des personnalités étrangères comme le réalisateur Ken Loach ou les acteurs Mark Ruffalo et Javier Bardem. Et puis, il y a les non-signataires, comme l'acteur Jonathan Cohen, qui dit « comprendre la peur légitime » qu'inspire la déclaration de Maxime Saada.
On peut en effet se poser la question. Comme l'ont rappelé les patrons du CNC et de l'Arcom – le gendarme des médias, cette déclaration va à l'encontre du respect de la liberté d'expression, concept dont ne cesse pourtant de se réclamer CNews, chaîne détenue par Bolloré. Le droit à la critique est la première des libertés dans une démocratie et nul n'a à subir des représailles professionnelles pour avoir donné une opinion politique. Mais cette affaire intervient après la reprise en main de Grasset dans l'édition et la commission d'enquête du député Charles Allonce (Union des droites pour la République), proche du Rassemblement national, qui éreinte l'audiovisuel public .
Difficile de ne pas y voir un agenda politique. Un signe : le jour même de la déclaration de Maxime Saada, paraissait dans le JDNews , hebdomadaire contrôlé par Vincent Bolloré, une interview de Michel Onfray intitulée « En finir avec l'idéologie dans la culture ». Et sur France Info cette semaine, le leader d'extrême droite Éric Zemmour a redit à quel point le cinéma soutenu par Canal+ incarnait, selon lui, une « idéologie de gauche ».
