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culturevia Le HuffPost··6 min de lecture

Durant le 79e Festival de Cannes, la tribune anti-Bolloré et la liste noire de Canal+ ont vampirisé l’attention

Personnalités citées :Maxime SaadaVincent BolloréCatherine PégardAdèle ExarchopoulosMathieu KassovitzPierre SalvadoriArthur HarariChristophe HonoréGilles LelloucheJavier Bardem
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Le contexte

Le Festival de Cannes est un événement majeur du cinéma international, où se rencontrent des acteurs, réalisateurs et producteurs. Cette année, une tribune anti-Vincent Bolloré a été publiée par des figures du cinéma français, dénonçant son influence sur Canal+, principal financeur du cinéma français. La situation a suscité des réactions dans le milieu cinématographique et politique, mettant en lumière les tensions autour de la liberté d'expression dans le secteur.

Ce qu'il faut retenir

La tribune anti-Bolloré a été signée par plus de 3 460 professionnels du cinéma, provoquant une réaction forte de Maxime Saada, PDG de Canal+, qui a menacé de ne plus travailler avec les signataires. Ce sujet a dominé les discussions au Festival de Cannes, éclipsant les films présentés. La ministre de la Culture a exprimé son inquiétude face à la situation, qualifiant la réponse de Saada de disproportionnée. Des stars internationales ont également rejoint la tribune, renforçant le mouvement contre l'influence de Bolloré dans le cinéma.

Ce que ça change

Cette situation met en lumière les tensions entre la liberté d'expression et les intérêts commerciaux dans le secteur du cinéma français. La réaction de Canal+ et l'ampleur de la tribune pourraient influencer les relations entre les créateurs et les financeurs, ainsi que le climat de travail dans l'industrie cinématographique. Cela soulève des questions sur l'avenir de la diversité et de la créativité dans le financement du cinéma.

L'article complet

Source originale sur huffingtonpost.fr

On pouvait s’attendre à de grands pamphlets anti-IA,de virulentes charges contre Donald Trump , mais aussi à de longs monologues sur l’art. Si cela a en partie bien eu lieu lors de ce 79e Festival de Cannes, un sujet a définitivement éclipsé les autres : celui de la tribune anti-Bolloré , dont l’ampleur a été décuplée par la réponse du PDG de Canal+, Maxime Saada, et la crainte d’une liste noire pour celles et ceux ayant signé ce texte.

L’édition 2026 du Festival de Cannes a débuté par des sifflets lors de l’apparition du logo Canal+ au générique de La Vénus Électrique , film d’ouverture du festival le 12 mai dernier. Le ton était donné pour les onze jours suivants.

Il faut dire que cette fameuse tribune publiée dans Libération par 600 noms plus ou moins célèbres du cinéma français tombait à un timing pour le moins opportun 24h avant le coup d’envoie des festivités. Parmi les premiers signataires : Swann Arlaud, Juliette Binoche, Arthur Harari, Vimala Pons ou encore Jean-Pascal Zadi. Au cœur des critiques du collectif « Zapper Bolloré », c’est évidemment l’emprise du puissant milliardaire conservateur et actionnaire majoritaire du groupe Canal+ qui cristallise tout particulièrement les inquiétudes du secteur. En cause : la position de Canal +, premier financeur du 7e art hexagonal, et le positionnement idéologique de Vincent Bolloré.

Toujours muet dans les médias, Vincent Bolloré ne s’est pas exprimé sur le sujet. Le PDG de Canal+ si. Présent à Cannes, Maxime Saada a livré sans détour son avis sur cette tribune le 17 mai : « Je vais être très clair et intransigeant : je suis fatigué d’avoir à répéter que Canal+ soutient l’ensemble du cinéma et sa diversité » a dit le président du directoire, avant de mettre le feu aux poudres « Je ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune. Si certains en viennent à qualifier Canal+ de “cryptofasciste”, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux. La limite est là » . Cette menace tangible d’une liste noire ne faisant que confirmer les craintes des signataires de ce texte et convaincre ceux qui ne l’avaient pas encore signé de le faire.Le 19 mai, la tribune passait ainsi de 600 à plus de 2 500 noms .

À Cannes, dans les conférences de presse et sur les tapis rouges, d’inévitables questions sur le sujet ont donc été posées, se substituant aux classiques interrogations sur un rôle, un scénario, une œuvre. Suscitant des réponses aussi prudentes qu’engagées.

Le réalisateur Pierre Salvadori disait avant la sortie de Maxime Saada ne pas voir le problème tant qu’il n’est pas empêché dans son processus créatif. « Tu ne dois pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective », confiait pour sa part, juste après, l’actrice Adèle Exarchopoulos. Quant à Mathieu Kassovitz, il déclarait : « Je pense que Canal Plus fait bien son boulot pour l’instant et qu’on devra gueuler quand Canal Plus ne fera pas bien son boulot ».

Le cinéaste et scénariste Arthur Harari évoquait, lui, l’arrivée de l’élection présidentielle 2027 comme électrochoc l’ayant motivé à signer cette tribune. « Il n’y a jamais eu autant la possibilité qu’un parti d’extrême droite prenne le pouvoir. Il fallait que quelque chose soit nommé sur la situation de ce groupe fondamental (Canal+, ndlr) dans le financement du cinéma français, mais aussi européen » , affirmait-il. Dans Libération , le scénariste de la Palme d’or 2023 allait même plus loin en qualifiant le patron de Canal et futur propriétaire des cinémas UGC de « cryptofasciste » .

Éclipsant en partie les films pour lesquels ils étaient présents à Cannes cette année, toutes les célébrités ont été questionnées sur « Zappons Bolloré » et la fameuse « liste noire ». Le réalisateur Christophe Honoré glissait dans les colonnes de Télérama son sentiment sur toute cette affaire. « Est-ce qu’aujourd’hui, lorsque je rencontre les équipes de Canal+, je fais face à des idées rances et des personnes brutales ? Non. Vraiment pas. Est-ce que je m’inquiète que cela puisse changer le jour où ces équipes ne seront plus là ? Oui » .

Un avis partiellement partagé par Gilles Lellouche au micro de France Inter le 21 mai. Estimant la réaction de Canal+ « un peu épidermique », il nuançait tout de suite en affirmant que ceux qui font du cinéma avec le groupe privé « ont les mêmes interlocuteurs depuis 15, 20 ans ». Ce sujet est d’ailleurs revenu avec insistance dans les déclarations cannoises. Arthur Harari ou la réalisatrice Jeanne Herry ont par exemple tenu à faire une distinction nette entre les critiques contre la ligne directrice du propriétaire du groupe Canal et les équipes avec lesquels ils collaborent depuis de nombreuses années.

Mesuré, Christophe Honoré s’exprimait en connaissance de cause puisqu’en 2025, il racontait sur la Croisette que son film Plaire, aimer et courir vite (2018) avait vu son financement rejeté par le comité de validation des films de Canal+. Selon le réalisateur, cité à l’époque par le média Trois Couleurs , Vincent Bolloré, présent au sein de ce comité avait alors déclaré : « Pas de pédés, pas de syndicalistes » , pour motiver le non-financement de son film et de celui de Stéphane Brizé, En Guerre .

Preuve que la crainte d’un interventionnisme idéologique redouté par les détracteurs de Vincent Bolloré ne vient pas de nulle part, même si on est encore loin d’une pratique systématique. Le financement par Canal+ de L’Histoire de Souleymane ou La Petite Dernière est là pour en attester, comme a tenu à le rappeler Stéphane Demoustier, réalisateur de L’Inconnu de la Grand Arche, favorable, lui, à une médiation pour enterrer la hache de guerre entre les signataires et le groupe Canal. Une démarche également soutenue par Pierre Salvadori, au nom de la Société des réalisateurs français.

Le sujet, électrique, au moment où les projecteurs étaient braqués sur Cannes, a aussi eu des échos dans la sphère politique . Au point de faire réagir la ministre de la Culture . Le 19 mai, devant les parlementaires, Catherine Pégard affirmait avoir « entendu l’émotion et l’inquiétude qui s’expriment dans le secteur du cinéma », tout en regrettant « la réponse (de Maxime Saada, ndlr) à tout le moins disproportionnée, apportée aux inquiétudes bien réelles qui se sont exprimées » .

Pendant ce temps, à Cannes, l’apparition du logo de Canal+ continuait de provoquer des hués (quand il n’était pas accueilli par un silence de mort), que ce soit au début de la projection de Sanguine de Marion Le Corroller ou lors de la présentation en compétition de L’inconnue d’Arthur Harari.

Comme un dernier coup de tonnerre à la veille de la clôture du Festival, plusieurs stars internationales ont ajouté leur nom à la tribune anti-Bolloré, attestant que l’inquiétude d’une partie du monde du cinéma français et peut-être partagée et en tout cas soutenue. Déjà sans langue de bois durant cette édition cannoise, la star Javier Bardem a choisi de signer ce texte. Tout comme le cinéaste britannique Ken Loach, le réalisateur grec Yórgos Lánthimos ou la star américaine Mark Ruffalo. Avant le coup de sang de Maxime Saada, ils n’étaient que 600. Désormais, 3 460 professionnels du cinéma venant d’horizons très divers ont signé cette pétition dont Cannes se souviendra encore longtemps. Et peut-être même plus que de certains films projetés sur la Croisette cette année.

Texte extrait depuis l'article original sur huffingtonpost.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur huffingtonpost.fr.

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