Le cancer du col de l’utérus, jugé largement évitable par les experts grâce à la vaccination contre les papillomavirus humains et au dépistage, fait l’objet d’un programme national de dépistage organisé. Mais la participation y reste insuffisante et marquée par des inégalités. Une étude de Santé publique France en explore les raisons
Des déterminants intimes, comme l’orientation sexuelle ou des antécédents de violences sexuelles, peuvent affecter la participation des femmes au dépistage du cancer du col de l’utérus , expose une étude publiée mardi par Santé publique France.
Le cancer du col de l’utérus, jugé largement évitable par les experts grâce à la vaccination contre les papillomavirus humains et au dépistage, fait l’objet d’un programme national de dépistage organisé. Mais la participation y reste insuffisante et marquée par des inégalités territoriales, sociales, comportementales.
Pour en explorer les déterminants individuels, les autrices et l’auteur de l’étude ont étudié des données concernant 3 481 femmes de 25 à 65 ans, issues de la dernière enquête « Contexte des sexualités en France ». Plus de huit femmes sur dix (81,9 %) s’y sont déclarées à jour de leur dépistage du cancer du col de l’utérus.
Au-delà de facteurs sociodémographiques classiquement décrits (âge, niveau d’étude…), l’étude pointe « le rôle de dimensions souvent absentes des enquêtes françaises : les antécédents de violences sexuelles, l’importance que les femmes accordent à la sexualité, l’orientation sexuelle, en particulier homosexuelle, la situation de couple et les pratiques sexuelles récentes », soulignent les chercheurs.
Ils relèvent ainsi une moindre participation au dépistage chez les femmes lesbiennes et bisexuelles, mais aussi chez les victimes de violences sexuelles.
Dans le premier cas, cela serait lié, au vu d’autres études, à une moindre perception du risque, un moindre accès aux conseils de santé sexuelle, à des expériences de stigmatisation ou d’inconfort en consultation gynécologique.
Dans le second, des blocages post-trauma pourraient jouer, mais certains travaux suggèrent que l’impact des violences sur le dépistage dépend du contexte de prise en charge, notent les scientifiques.
Autre facteur pouvant réduire le recours au dépistage de ce cancer : l’absence de vie sexuelle, cause d’une possible « rupture dans la dynamique de prévention ».
À l’inverse, une sexualité active dans l’année est apparue fortement associée au dépistage, particulièrement chez les célibataires.
Les pratiques bucco-génitales ont aussi augmenté la probabilité d’avoir été dépistée, à la différence des rapports anaux ou de la masturbation.
Pour renforcer l’équité et la participation à ce dépistage, les chercheurs suggèrent notamment de diffuser des messages explicitant qu’aucune pratique sexuelle, avec des partenaires de même sexe ou de sexe différent, ne dispense de dépistage.
Ils prônent aussi des pratiques gynécologiques attentives aux antécédents de violences.
Chaque année en France, plus de 3 100 cancers du col de l’utérus, principalement liés aux papillomavirus humains (HPV), sont diagnostiqués, et environ 800 femmes décèdent de cette maladie.
