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« Classés sans suite », une plateforme pour les victimes de violences sexuelles que la justice « a choisi d’oublier »

Par Tom Levy · Fondateur & directeur de la publication

Personnalités citées :Ève Simonet
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Le contexte

La plateforme Classés sans suite a été créée en réponse à la mobilisation autour des violences sexuelles, notamment après la mort de Lyhanna. Elle vise à donner une voix aux victimes dont les plaintes ont été ignorées par la justice, un problème systémique en France.

Ce qu'il faut retenir

Classés sans suite est une plateforme qui recueille les témoignages de victimes de violences sexuelles dont les plaintes ont été classées sans suite. Créée par Ève Simonet, elle a rapidement attiré un grand nombre de témoignages, révélant l'ampleur du problème. La plateforme vise à dénoncer le traitement des plaintes par la justice et à offrir un espace de soutien aux victimes.

Ce que ça change

Cette initiative met en lumière les lacunes du système judiciaire français concernant les violences sexuelles. Elle pourrait inciter à une prise de conscience et à des réformes nécessaires pour améliorer la prise en charge des victimes et la réponse judiciaire face à ces crimes.

L'article complet

Source originale sur huffingtonpost.fr

« 4 573 témoignages, 1 907 plaintes ignorées, 99 départements, 137 000 connexions cumulées. » Ces chiffres, aussi vertigineux que glaçants, accueillent les visiteurs dès leur arrivée sur Classés-sans-suite.com à l’heure où ces lignes sont écrites. Le site est pourtant tout récent. Il a été créé le 9 juin dernier, dans le sillage de la mort de Lyhanna et des mobilisations massives réclamant une réponse politique d’ampleur face aux violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

À l’origine de Classés sans suite , dont la banière dénonce « ce que la justice à choisi d’oublier », la réalisatrice et productrice Ève Simonet. Déjà créatrice de la plateforme en ligne On.Suzane , qui produit et diffuse des documentaires féministes, la trentenaire souhaite donner de la voix aux victimes de violences sexuelles qui n’ont pas reçu le soutien dont elles avaient besoin, de la part de la justice ou même leur entourage.

Car s’ils sont tous différents, les témoignages recueillis par Classés sans suite ont tous un point commun : celui d’être déposés par des victimes qui – qu’elles aient déposé plainte ou non – n’ont pas été crues et n’ont donc pas obtenu réparation. « 94 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite , a rappelé Ève Simonet sur RMC . J’ai donc eu envie de prendre le contre-pied, de dire “Venez, il y a un espace où l’on va vous croire et où vous allez pouvoir dire les choses”. »

Sa démarche était visiblement attendue. Dans les 48 heures suivant sa création, la plateforme accueillait déjà 800 témoignages, provenant de tout le territoire. Certains remontant à des décennies, d’autres bien récents. Et en une semaine, plus de 4 500 personnes ont écrit.

« Mon père m’a violée à l’âge de 5 ans. (...) Je me suis souvenue de tout cela vers 33 ans. J’ai attendu 15 ans pour porter plainte. (...) Mon père est mort en 2025. Toute sa famille l’a soutenu et le soutient encore. C’était un homme apprécié », écrit ainsi une femme résidant en Gironde.

Une autre, habitant la Drôme, témoigne : « C’était une nuit en colonie de vacances, le cuisinier de la colo a trop bu une nuit et a fait le tour des chambres des petites filles, j’avais 12 ans. Il m’a touchée et embrassée. Une réunion a été tenue à la mairie pour informer les familles, le cuisinier a été licencié et voilà ce qu’il en a été. Il a continué sa vie normalement. La mienne a été affectée pour toujours. J’ai 57 ans, je n’ai jamais oublié. »

« J’ai été agressée un an avant de porter plainte en 2013 dans un parking à côté de mon lycée. J’ai dénoncé le viol après une tentative de suicide. La police a fait pression pour que je dise que j’avais menti » , écrit une anonyme à Rennes.

« J’avais 9 ans, il en avait plus de 40. C’était mon professeur de tennis, il venait d’arriver au club cette année-là suite à un transfert (nous avons appris plus tard que ce transfert était dû à une autre plainte pour viol sur mineur). Quand j’ai enfin parlé 4 ans plus tard, tout le monde l’a défendu. On m’a même dit que ce n’était pas possible qu’il m’ait agressée parce que sa femme avait un cancer à ce moment et qu’il “ne ferait jamais ça” », déclare une autre victime sur la plateforme.

Victime d’inceste à l’âge de six ans de la part de son grand-père, Ève Simonet a elle aussi vu sa plainte classée sans suite et sa parole remise en cause. D’abord par la police, puis par le pédopsychiatre qui a dit d’elle qu’elle était « une petite fille très jolie, séductrice », « en plein complexe d’Œdipe » et que cela réactivait chez elle « un intérêt pour la sexualité des adultes ».

Aujourd’hui, avec Classés sans suite, qu’elle présente au Nouvel Obs comme une « archive citoyenne pour toutes les victimes de violences qu’on a voulu silencier », elle souhaite susciter une prise de conscience du « caractère hypermassif mais aussi systémique des violences » sexistes et sexuelles, a-t-elle déclaré ce dimanche sur franceinfo .

« Dans notre archive, 80 % des plaintes déposées ont été classées sans suite. 37 % des personnes qui témoignent n’ont jamais osé porter plainte – parce qu’elles savaient d’avance ce qui les attendait » , précise la réalisatrice. Or, « le classement sans suite dans les affaires de violences sexuelles, c’est la justice qui choisit de croire l’agresseur plutôt que la victime, par habitude voire par défaut » . Non seulement « par manque de moyens, aussi, mais surtout de volonté » , ajoute-t-elle, car « la culture du doute » s’applique « massivement à la parole des femmes et des enfants » .

Face à l’afflux de témoignages que Classés sans suite reçoit, Ève Simonet réfléchit encore à la suite. « Il faut d’abord les laisser exister, c’est un acte politique en soi » , assure-t-elle au Nouvel Obs . Elle évoque aussi la création future d’un « outil de data journalisme » qui permettra de croiser les données recueillies avec « les statistiques judiciaires officielles, par département, par type de violence, par décennie » . Elle n’exclut pas non plus de se structurer en association pour venir en aide aux victimes ayant témoigné sur son site.

Texte extrait depuis l'article original sur huffingtonpost.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur huffingtonpost.fr.

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