Gabriel Attal, président du groupe parlementaire Ensemble Pour la République, se rend à l'Élysée pour une réunion avec le président français concernant les discussions sur la nomination d'un nouveau Premier ministre, à Paris, le 10 octobre 2025. - Serge Tenani / Hans Lucas
Encore un peu de patience. Oscillant ces derniers mois entre cure de silence et saturation de l'espace médiatique , voilà l'ancien Premier ministre Gabriel Attal dans le grand bain de la présidentielle, ou presque.
Réuni mardi soir, le Conseil national de Renaissance, sorte de parlement du parti, a adopté une motion qui " appelle " le patron du parti "à être candidat à l'élection présidentielle de 2027". Il ne manquera désormais plus qu'un vote sans suspens des militants pour son entrée officielle dans l'arène, dans les prochaines semaines.
Pourtant, l'ancien chef du gouvernement, remercié par Emmanuel Macron après le fiasco de la dissolution, n'a pas que de bonnes nouvelles sur la table. Le trentenaire qui a sorti au début du mois son premier livre , multipliant à cette occasion les médias et les dédicaces en librairie, n'est pas vraiment à la fête dans les sondages.
Il ne récolte ainsi que 11,5% d'intentions de vote au premier tour d'après un sondage Elabe pour BFMTV , très loin d'être en mesure de se qualifier pour le second tour. "Il va monter en puissance dans sa relation avec les Français, c’est maintenant que ça se joue", veut croire un de ses proches auprès de BFMTV.
Gabriel Attal peut cependant se féliciter de rester dans le cœur des Français. Selon une étude réalisée par Elabe pour Les Échos , le député des Hauts-de-Seine reste la quatrième personnalité politique la plus populaire.
De quoi donc l'encourager à croire en son destin, quitte à agacer au sein même du parti. Sa prédécesseuse à Matignon, Élisabeth Borne, a ainsi quitté avec fracas le bureau exécutif du parti le 6 mai, en franc désaccord avec Gabriel Attal tant sur le fond de ses idées que sur sa manière de gérer le mouvement à la façon d'une "agence de com" .
Peut-être bien, mais moins que le départ de l'ancienne cheffe du gouvernement qui reste cependant bien membre de Renaissance, c'est surtout le lancement de sa propre officine qui fait mauvais effet.
Plusieurs anciens ministres bien identifiés des Français la rejoignent comme l'ex-garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti ou l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn.
En attendant, le patron de Renaissance peut se targuer de rester le favori parmi les électeurs d'Emmanuel Macron. Chez les Français qui ont voté pour les candidats Ensemble lors des législatives en 2024, 42% des personnes interrogées dans un sondage Elabe en janvier dernier privilégient Gabriel Attal pour représenter le bloc central . Juste derrière lui, Édouard Philippe récolte 40% des intentions de vote.
Le maire du Havre est le gros caillou dans la chaussure de l'ancien plus jeune Premier ministre de la Ve République. Le socle commun, s'il se présente divisé , peut-il à la fin vraiment l'emporter?
Rien n'est moins sûr. Manifestement, Gabriel Attal en est bien conscient, lui qui a déjà ouvert la porte à un accord avec son prédécesseur à Matignon pour que le moins bien placé des deux se retire début 2027 de la présidentielle. Mais à une seule condition, "c'est qu'effectivement il y ait un risque de deuxième tour entre LFI et le RN", a lancé le trentenaire sur France info le 7 mai. "Il y a une obsession chez Gabriel Attal et Édouard Philippe de ne pas être celui qui divise", explique ainsi un député Modem auprès de BFMTV.
Pour tenter de se mettre d'accord si nécessaire, un "comité de liaison" qui réunit des cadres de Renaissance, d'Horizons et du Modem pour échanger tout au long de la campagne présidentielle a été lancé. La prochaine date pour ce comité est prévu au 10 juin prochain selon nos informations, et Gabriel Attal sera représenté par Franck Riester.
Reste encore à ce que les tensions n'explosent pas entre Gabriel Attal et Édouard Philippe dans les prochains mois. Les deux hommes semblent respecter une sorte de pacte de non-agression... pour l'instant. Lors de sa grande prise de parole à Reims dimanche dernier, le patron d'Horizons n'a pas manqué de griffer Gabriel Attal, sans le nommer explicitement.
"Un an, c'est à la fois très court et très long", "ce qui explique peut-être pourquoi certains sont pressés", a ainsi ironisé l'ancien Premier chef du gouvernement. Édouard Philippe a cependant concentré la quasi-intégralité de ses attaques contre Jordan Bardella , probable candidat en 2027 si Marine Le Pen est condamnée en seconde instance par la justice le 7 juillet prochain, manifestement soucieux de ne pas aller trop loin.
Mais le président de Renaissance peut-il monter dans les sondages sans griffer son principal concurrent? La question est entière. Et même en cas d'éventuel accord entre les deux hommes, il faudra bien que celui qui se retire parvienne à trouver sa nouvelle place dans le dispositif de campagne de celui qui se maintient, tout comme une partie de son entourage. De quoi donc susciter un certain scepticisme.
Dernier caillou dans la chaussure de Gabriel Attal: la candidature de l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau. Le président des LR a officialisé son entrée dans la course il y a deux mois et depuis, il multiplie les propositions sans toujours passer le mur du son.
Surtout, le sénateur de Vendée manque rarement d'égratigner le bilan d'Emmanuel Macron, renvoyant dos-à-dos Gabriel Attal et Édouard Philippe.
"Nous n'avons pas les mêmes idées que lui, pas le même leadership, et pas la même famille politique. Notre enjeu, c'est que nos idées soient représentés dans le débat et nous sommes prêts à débattre projet contre projet", lui répond la députée Renaissance Prisca Thévenot.
Est-ce que Bruno Retailleau pourrait éventuellement se retirer de la ligne de départ si sa candidature ne décollait pas pour éviter la dispersion des voix de la droite et du centre? Pour l'instant, l'hypothèse n'est pas du tout dans l'air.
Le trio de concurrents va avoir l'occasion de mettre en scène leur concurrence dans les prochaines semaines en enchaînant les meetings dans les prochaines semaines. Gabriel Attal organise un grand raout à Paris le 30 mai suivi par Bruno Retailleau le 20 juin prochain avant qu'Édouard Philippe ne se lance dans 1.000 réunions d'appartement simultanées en visio le 25 juin.
