Les affaires d’atteintes à la probité concernant des policiers ont fortement augmenté selon un bilan dressé, dans un entretien accordé à Libération, par le magistrat Stéphane Hardouin, nommé à la tête de l’Inspection générale de la police nationale en février 2025.
Tous les voyants sont au rouge. Dans un entretien accordé à Libération , le magistrat Stéphane Hardouin, nommé à la tête de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) en février 2025, a dévoilé un premier bilan de son action marqué par une hausse significative des enquêtes contre des policiers pour atteintes à la probité, dont une bonne part concerne « les détournements de fichiers de nature corruptive, c’est-à-dire avec une contrepartie » , précise-t-il.
Sur cette infraction spécifique, qui, entre 2020 et 2024, a « substantiellement augmenté (…) quasiment 70 % en quatre ans » , l’ancien procureur de la République de Créteil rappelle qu’entre 2024 et 2025, elle a également connu une forte inflation : « 235 enquêtes ont été ouvertes, dont plus de la moitié pour des consultations illégales de fichiers. Nous sommes ainsi passés de 75 affaires de consultations indues en 2024 à 136 en 2025, soit une évolution de 81 % » .
Quant aux faits de corruption stricto sensu , ils concernent 88 dossiers en 2025 contre 66 en 2024. « Ces chiffres doivent toutefois être ramenés au nombre de policiers, 153 000. En valeur absolue, ils restent donc très minoritaires… » , rassure le patron de l’IGPN. Une analyse que ne partagent pas forcément ses anciens collègues, procureurs ou juges d’instruction, chargés de superviser des investigations délicates, notamment en matière de narcotrafic.
Dans une enquête de l’ Humanité , certains confiaient leurs craintes de la montée de la corruption au sein des rangs policiers. « J’ai moi-même dû susciter des enquêtes IGPN. Quand vous organisez des perquisitions sur des gros clients, et qu’étonnamment, le jour J, vous faites chou blanc… On cultive ensuite une certaine culture de la paranoïa » , soufflait un procureur encore récemment en activité dans une ville particulièrement touchée par les règlements de compte liés au trafic de drogue.
Trafics de drogue : la corruption des agents publics, ce phénomène en forte hausse que le gouvernement ne veut pas voir
Pour sa part, Stéphane Hardouin note également que les méthodes de corruption, tout comme pour le narcotrafic, évoluent vers « un phénomène d’ubérisation, véhiculé par les messageries cryptées, avec de nombreux intermédiaires » : « On ne va pas forcément trouver une structure verticale et hiérarchisée, mais plutôt des organisations qui recourent à des prestataires susceptibles de proposer d’autres services, qui ne travaillent pas qu’avec des policiers, mais aussi avec d’autres administrations. »
Sans grandes surprises, au regard des nombreuses affaires révélées ces dernières années, ce sont les fichiers des personnes recherchées (FPR), du Traitement des antécédents judiciaires (TAJ) et du Système d’immatriculation des véhicules (SIV) qui sont convoités par les organisations criminelles.
Soit « pour savoir si elles sont recherchées ou signalées » ou pour « permettre à un délinquant d’avoir accès à des informations opérationnelles le concernant, par exemple le surnom sous lequel il est connu » et enfin « d’identifier des immatriculations, celles de concurrents ou de policiers qui peuvent vous surveiller » , détaille le magistrat. Un accès impossible sans le concours de policiers corrompus.
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Corruption : l’IGPN constate une hausse des atteintes à la probité dans la police
