Selon l’institution, la croissance n’atteindra que 0,5 % en 2026, contre 0,9 % prévus précédemment. L’inflation, elle, devrait grimper de 2,5 % sur un an
Mauvaise nouvelle pour l’économie hexagonale : la Banque de France a nettement abaissé mardi 16 juin sa prévision de croissance pour 2026, en tablant désormais sur une croissance nulle au deuxième trimestre, après le recul inattendu du Produit intérieur brut (PIB) sur les trois premiers mois de l’année.
Dans ses projections macroéconomiques publiées mardi, la banque centrale française s’attend dorénavant à une croissance de 0,5 % du PIB sur l’année 2026, soit nettement moins que les 0,9 % qu’elle prévoyait en mars.
C’est aussi bien plus pessimiste que les attentes du gouvernement, qui table à ce stade sur + 0,9 % cette année. Le Fonds monétaire international (FMI), quant à lui, avait abaissé en mai sa prévision de croissance de la France en 2026 de 0,9 % à 0,7 %.
« Le prix du pétrole a davantage augmenté que dans les hypothèses du scénario de base de mars. Mais surtout, l’activité s’est avérée moins résiliente qu’anticipé au premier trimestre 2026 », avec un recul de 0,1 % du PIB, « et devrait rester relativement atone au deuxième trimestre », a expliqué la Banque de France.
Elle souligne cependant que ces projections ont été « réalisées dans un environnement international particulièrement incertain » et sans tenir « compte de l’annonce du 14 juin relative à la signature possible d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran ».
Juste avant de quitter son poste de gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau avait déjà prévenu le 1er juin que les prévisions de l’institution seraient « révisées à la baisse », une information confirmée ensuite par son successeur Emmanuel Moulin.
La Banque de France a aussi nettement relevé sa prévision d’inflation pour l’année 2026. L’inflation IPCH (Indice des prix à la consommation harmonisé, qui permet les comparaisons entre les différentes inflations de la zone euro) grimperait à 2,5 %, contre 1,7 % attendu en mars, « tirée par la hausse des prix de l’énergie et ses effets indirects ».
Dans son scénario central, la banque s’attend en 2027 à un « rebond » de la croissance à 0,9 % (contre 0,8 % prévu en mars) et 1,2 % en 2028 (comme précédemment). Elle serait « soutenue par le redressement de la demande intérieure privée, en particulier la consommation des ménages et l’investissement des entreprises ».
L’inflation, quant à elle, refluerait en 2027 et 2028 à 1,7 %, en raison de la détente des prix de l’énergie (contre respectivement 1,4 % en 2027 et 1,6 % en 2028 prévus en mars).
De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a ajusté jeudi ses prévisions, prévoyant désormais une inflation globale de 3 % dans la zone euro en 2026, et une croissance de 0,8 %, avec des scénarios alternatifs.
La Banque de France envisage elle aussi plusieurs scénarios. Outre celui de base qui s’appuie sur des hypothèses arrêtées au 21 mai, prévoyant une flambée transitoire des prix des hydrocarbures, elle en présente trois autres. L’un, plus favorable, reposerait sur une baisse plus rapide et plus marquée des prix des hydrocarbures, et deux plus défavorables sur des anticipations de marché plus pessimistes.
Dans le scénario le plus défavorable, l’inflation atteindrait 4 % en 2026 et 3,9 % en 2027 avant une normalisation en 2028, et le PIB stagnerait en 2026 et 2027 avant un rebond en 2028.
La Banque de France publie également mardi son enquête mensuelle de conjoncture pour mai, menée auprès de 8 500 chefs d’entreprise : elle montre un net ralentissement de l’activité dans l’industrie, et un recul dans les services et le bâtiment. Les chefs d’entreprise anticipent en revanche une meilleure activité en juin. Au deuxième trimestre, l’activité serait soutenue par l’industrie manufacturière, mais la valeur ajoutée serait atone dans les services marchands et la construction s’inscrirait de nouveau en baisse.
Dans ses projections, la banque centrale se montre peu optimiste pour les finances publiques françaises : le déficit public « pourrait se dégrader légèrement en 2026 ». Après s’être établi à 5,1 % en 2025, il serait de 5,2 % du PIB « en l’absence de mesures d’économies supplémentaires ».
Le redressement du déficit pourrait alors être « limité » dans les années à venir, « ne permettant pas une stabilisation du ratio de dette », qui augmenterait pour atteindre 122 % du PIB en 2028.
