Avec l’aide d’économistes, la Cour des comptes a tiré le bilan de cette mesure créée en 2015. Sa conclusion ? Elle est généreuse, mais pas assez incitative.
C’est une première. La Cour des comptes, épaulée par des économistes de l’Institut des politiques publiques, s’est penchée sur les effets de la prime d’activité . Et le constat des magistrats est sans ambiguïté : le dispositif créé il y a dix ans a bien rempli sa mission initiale, celle de faire en sorte que le travail rapporte davantage que l’inactivité. Pour illustrer leur démonstration, les sages de la rue Cambon prennent l’exemple d’une personne seule, locataire et rémunérée au smic. Son gain financier atteint environ 660 euros par rapport à une situation d’inactivité. De quoi contredire les responsables politiques, le président LR Bruno Retailleau en tête, qui continuent de soutenir que l’inactivité est parfois plus rémunératrice que le travail.
La deuxième grande réussite du dispositif est son rôle de soutien au pouvoir d’achat des travailleurs modestes. Encore davantage depuis la spectaculaire revalorisation décidée par Emmanuel Macron en 2019 pour tenter d’éteindre la colère des « gilets jaunes ». Cette augmentation a permis aux smicards de voir leur pouvoir d’achat progresser de 8,7 % entre 2017 et 2022 et a contribué à réduire le taux de pauvreté de 1,3 point en 2021.
L’impact est particulièrement marqué pour les familles monoparentales. Revers de la médaille, cette politique a un coût élevé pour les finances publiques à hauteur de 10,6 milliards d’euros pour 4,81 millions de bénéficiaires en 2024.
Autre bémol de taille : l’effet de la prime d’activité sur le retour à l’emploi est difficile à mettre en évidence. Il faut dire que la prestation reste mal connue. Selon une enquête Ipsos réalisée pour la Cour des comptes, près de 80 % des bénéficiaires interrogés affirment même ne pas en tenir compte dans leurs choix professionnels.
Le taux de non-recours à la prime d’activité demeure important : près de 30 % des bénéficiaires potentiels ne la perçoivent pas. « C’est l’un des axes d’amélioration, souligne Stéphane Carcillo, chef de la division emploi et revenus de l’OCDE. Il faudrait que les Français puissent mieux visualiser le gain financier associé à la reprise d’un emploi, par exemple grâce à des simulateurs sur le site de France Travail. »
Mais le principal effet pervers est ailleurs. Parce qu’elle est concentrée sur les bas revenus, la prime d’activité peut contribuer au phénomène de « smicardisation » de l’économie française . Une hausse de salaire se traduisant mécaniquement par une diminution de la prime, éventuellement d’autres aides et à l’inverse une augmentation des cotisations patronales et l’impôt sur le revenu. « Au total, le salarié et l’employeur sont faiblement incités à une augmentation du salaire brut puisque le gain net pour le salarié sera très faible », explique Stéphane Carcillo. Une mécanique à revoir dans les années à venir.
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