À l’initiative de la Mutualité française, les États généraux de la santé ont permis d’évaluer la situation en France et en Nouvelle-Aquitaine à partir des témoignages de milliers de citoyens et de professionnels de santé. Des propositions ont émergé
L e projet a été annoncé en juin dernier à Agen en Lot-et-Garonne, lors du congrès de la Mutualité française qui célébrait les 80 ans de la Sécurité sociale, en présence de Catherine Vautrin, la ministre de la Santé d’alors. Finalement, cette célébration fut une tribune. Car désormais, la Sécu, ce modèle d’accès aux soins universel, qui fit de la santé non un privilège réservé à quelques-uns mais un droit pour tous, a pris du plomb dans l’aile.
C’est donc là qu’Éric Chenu, président national de la Mutualité française, lança les...
C’est donc là qu’Éric Chenu, président national de la Mutualité française, lança les États généraux de la santé et de la protection sociale en sollicitant la participation de milliers de citoyens et de professionnels de santé. « La Sécu est un modèle qui nous oblige, avait-il déclaré. Tout un collectif a pris cette initiative en pariant sur le dialogue et le compromis pour nous projeter dans un modèle de protection sociale et de santé capable de répondre aux enjeux de l’époque. » Promesse tenue. À ce jour, 80 000 personnes ont répondu, dont plus de 7 000 en Nouvelle-Aquitaine, près de 13 000 professionnels de santé ont été sondés, dont 1 500 dans la région.
Bertrand Dupouy, président de la Mutualité française Nouvelle-Aquitaine, dévoile aujourd’hui un premier enseignement de ce sondage : « Alors que le débat public laisse parfois croire à une défiance généralisée et à un individualisme exacerbé des citoyens, l’adhésion à notre modèle de protection sociale est massive : plus de neuf répondants sur dix s’y déclarent attachés. En revanche, 6 millions de personnes en France n’ont pas de médecin traitant, dont 600 000 en Nouvelle-Aquitaine, soit 10 % de la population. »
À la fois état des lieux et constat sur les attentes et le ressenti des Français, cette enquête met en avant, outre la difficulté à trouver un médecin, des délais d’attente trop longs et la progression d’une médecine à deux vitesses. « Il existe de fortes attentes autour de la problématique des déserts médicaux, reprend le président. Les citoyens espèrent beaucoup de la prévention, car nous sommes trop centrés sur le curatif. Concernant les professionnels du soin et de l’accompagnement, les conditions de travail dégradées ont été révélées : manque de reconnaissance, lourdeurs administratives. Ces professionnels ont le sentiment d’être maltraitants malgré eux. »
Ont émergé toutes les craintes concernant la pérennité de notre système de santé. « Le déremboursement, le désengagement de la Sécu ont été signalés, regrette Bertrand Dupouy. Les participants estiment qu’il ne faudrait pas détricoter le système de soins en France, mais plutôt le réparer et le simplifier. » Mais ce grand débat citoyen, soutenu par un partenariat comprenant une cinquantaine d’institutions, d’associations de patients, de syndicats, a permis l’émergence de propositions concrètes.
Ainsi, en Nouvelle-Aquitaine, 12 ateliers ont été organisés tout au long de l’année dans les 12 départements, avec à la clé des pistes de réflexion. « On a pu observer en Creuse, par exemple, qui est un territoire parmi les plus marqués par la sous-densité médicale, qu’une solidarité inter-soignants a permis d’assurer la permanence des soins. Un volontariat qui protège le territoire comme nulle part ailleurs, détaille Bertrand Dupouy. On a vu naître la nécessité d’une meilleure coordination entre les acteurs du soin, notamment les infirmiers, sages-femmes, kinés, pharmaciens qui, en assumant leurs missions de délégation de tâches, permettent aux médecins de libérer du temps médical. On le voit, ça fonctionne. »
Quoi qu’il en soit, durant ces ateliers départementaux, il a fallu se colleter avec un sujet qui fâche : la liberté d’installation. « En Nouvelle-Aquitaine, il y a une grande disparité entre les départements, et même à l’intérieur de certains départements, commente le président de la Mutualité française. Si, globalement, la côte atlantique est très prisée par les médecins, à l’intérieur des terres la densité médicale chute à moins de 60 médecins pour 100 000 habitants. Cette hétérogénéité a provoqué de nombreux débats : les citoyens souhaitent remettre en question la liberté d’installation des médecins pour trouver un équilibre et permettre la couverture de tout le territoire. »
La prochaine étape de ces États généraux sera l’écriture d’un plaidoyer, un véritable livre blanc. « Notre objectif est donc bien de transformer la parole citoyenne et l’expertise sectorielle en mesures concrètes, tout à la fois innovantes et opérationnelles, audacieuses et réalistes, et de les porter, notamment à l’occasion de la prochaine élection présidentielle, conclut Bertrand Dupouy. Ces propositions seront versées dans le débat pour peser pendant la campagne. »
