“ L’Union européenne (UE) promet des expulsions humanitaires irréprochables”, écrit en grosses lettres Die Tageszeitung ( TAZ ) sur sa une du 3 juin. Signe de son scepticisme, le journal de gauche berlinois précise dans une police bien plus discrète que ces expulsions doivent aussi avoir lieu “vers un État tiers absolument sûr, qui ne présente aucune violation des droits humains”.
Des centres de retour, ou return hubs, doivent y être installés pour accueillir certains migrants déboutés de l’asile. Un accord entre les eurodéputés et le Conseil de l’UE, qui représente les gouvernements des États membres, a été trouvé à ce sujet en début de semaine. Il fait suite à un vote favorable aux centres de retour au sein du Parlement européen , en mars.
“L’UE est loin de pouvoir expulser tous ceux dont elle voudrait se débarrasser, contextualise le titre allemand dans un article d’analyse . Il y a de nombreuses raisons à cela : les intéressés n’ont pas de papiers ou leur pays d’origine est en guerre, par exemple.” La réforme prévue doit permettre l’expulsion de ces individus.
L’Allemagne, l’Autriche et le Danemark, notamment, appellent à la mise en place d’une telle initiative, qui doit encore être approuvée une dernière fois par le Parlement européen et les États membres dans les prochaines semaines. Mais le projet semble surtout s’inspirer de l’action du gouvernement italien, qui a d’ores et déjà fait construire un centre de rétention pour migrants en Albanie .
Pour la TAZ, le compromis trouvé laisse de nombreuses questions sans réponse : “Les personnes dirigées vers ces centres seront-elles enfermées ou pourront-elles se déplacer librement ? Quel droit y sera applicable, quelles normes ? Comment seront-elles prises en charge ? Quelle sera la responsabilité de l’UE dans ces centres ? […] Quelle sera la durée maximale de séjour ?”
À cela s’ajoute le fait que les migrants expulsés se retrouveront dans des pays où ils n’ont aucune attache et “qui affichent parfois un bilan catastrophique en matière de droits humains”. La Mauritanie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, l’Éthiopie et l’Ouzbékistan comptent parmi les États où ils pourraient être envoyés.
C’est précisément pour cette raison que certains États européens se montrent sceptiques face à la mesure. L’Espagne s’est opposée au projet, qu’elle considère comme une menace pour le respect des droits humains. Moins véhémente, la France a elle aussi fait part de ses doutes sur une telle initiative.
La TAZ, elle, est vent debout contre un projet qui, à ses yeux, ouvre la porte à toutes les dérives. Elle donne l’exemple des États-Unis, qui financent l’envoi de migrants en Eswatini et au Salvador. “En ce qui concerne le Salvador, il est de notoriété publique que les migrants se retrouvent dans le goulag high-tech du dictateur Nayib Bukele.” Veut-on vraiment cela en Europe ?
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