Après avoir secoué le Festival de Cannes , la tribune anti-Bolloré continue de faire couleur beaucoup d’encre. Dans un communiqué relayé sur les réseaux sociaux, ce jeudi 4 juin, des journalistes de France 24 dénoncent « des méthodes d’intimidation inacceptables » après une interview à l’occasion du film La Bataille de Gaulle .
Lors de celle-ci, une question a été posée à l’un des acteurs - dont l’identité n’a pas été révélée - sur ladite tribune, après que celui-ci a longuement parlé de la notion d’« engagement » que pouvait revêtir le biopic d’Antonin Baudry. Mais désarçonné par celle-ci, le comédien aurait été « mal à l’aise », d’après la SDJ de France 24.
« Elle était pourtant non seulement légitime, mais indispensable au regard des polémiques qui ont rythmé cette édition du festival », où a été projeté le long-métrage sur le général de Gaulle en compétition, observe la SDJ. Avant d’ajouter : « Ce qui s’est produit à l’issue de l’interview est d’une gravité inédite. »
De retour à la rédaction, Nina Masson, la journaliste, a raconté avoir été prise à partie par l’attachée de presse de l’acteur. Celle-ci aurait bloqué les équipes dans une pièce, leur réclamant la carte mémoire de l’interview filmée qui venait de leur être remise. Ils ont refusé, mais se seraient vus exigés de signer un engagement de non-diffusion du passage « litigieux » sous la pression d’une autre attachée de presse, celle du film.
« Notre équipe est rentrée à la rédaction profondément choquée par la violence de ces méthodes , poursuit le communiqué. De tels procédés - intimidation, censure imposée sous la contrainte - relèvent de pratiques que l’on associe aux régimes totalitaires. Ils constituent une atteinte grave et caractérisée à la liberté de la presse. »
La SDJ de France 24 est formelle : la ligne éditoriale de la chaîne « n’appartient qu’à sa direction. Aucune attachée de presse, aucun acteur, aucune équipe de production ne saurait se substituer à elle, ni dicter à [ses] journalistes les questions qu’ils sont en droit de poser et de diffuser ou non. »
Au coup d’envoi de cette édition 2026 du Festival de Cannes, plus de 600 professionnels du secteur, parmi lesquels Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi, mais aussi Swann Arlaud ou Adèle Haenel, ont dénoncé dans un texte « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+.
En marge des festivités, plusieurs des signataires ont été interrogés sur le sujet, à l’image d’Arthur Harari, qui dans un article de Libération a notamment déclaré ne pas avoir attendu de découvrir l’éviction brutale d’Olivier Nora chez Grasset « pour comprendre le problème d’avoir le premier contributeur privé du cinéma aux mains d’un cryptofasciste ».
Des mots qui n’ont pas été du goût de Maxime Saada. « Pour moi, la limite est là » , a déclaré le PDG de Canal+, lors du traditionnel brunch des producteurs organisé par son groupe à Cannes. « Eh bien moi, je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste », a-t-il avancé, laissant craindre la création d’une liste noire.
Ses propos ont divisé la Croisette. D’un côté, il y a celles et ceux qui, comme Adèle Exarchopoulos , ont parlé de leurs inquiétudes en matière de liberté d’expression. De l’autre, ceux qui, comme Mathieu Kassovitz , ont défendu coûte que coûte Canal+, ses équipes et une potentielle « réaction à chaud » de leur patron.
Il n’en est rien. Alors que la Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle ont annoncé engager une action en justice contre Canal+, qu’elles accusent de vouloir sanctionner les signataires, Maxime Saada a, lui, réémis à demi-mot ses menaces.
Lors d’une assemblée générale du groupe tenue à la fin du mois de mai, ce dernier a assuré « qu’il n’était pas question d’aller traquer les techniciens qui ont signé la pétition », mais qu’il voulait « ajouter une nouvelle dimension sur les dossiers (de financement de films, ndlr) » à étudier en plus du critère « artistique » et « commercial ».
Sans contour, il précise : « Cette dimension, ce sera quelle est la considération qui est portée par les personnes qui portent ce projet vis-à-vis de Canal+, et est-ce que ces personnes ont porté un préjudice à Canal+. »
