La pollution chimique de l'eau potable en France représente une « menace systémique » pour la santé. Voilà l'alerte lancée par un groupe de médecins libéraux, lundi 1er juin 2026. L'URPS-ML (Unions régionales des professionnels de santé - médecins libéraux) appelle ainsi les autorités françaises à agir sur l'eau potable polluée et ses conséquences sanitaires.
Pesticides, polluants éternels, microplastiques... La pollution chimique de l'eau potable en France représente une « menace systémique » pour la santé selon l'URPS-ML (Unions régionales des professionnels de santé - médecins libéraux), qui avait déjà interpellé les autorités françaises en 2025 sur le cadmium. Un an plus tard, alors qu'une proposition de loi est justement examinée par l'Assemblée nationale pour limiter l'exposition des Français au cadmium , métal lourd classé « cancérogène avéré », ces lanceurs d'alerte attirent désormais l'attention sur l'eau potable polluée en France. Un chiffre en particulier leur saute aux yeux : 19 millions de Français ont consommé au moins une fois une eau non-conforme en 2024, d'après le ministère de la Santé.
« Ce constat est inquiétant », souligne depuis son cabinet médical le docteur Pascal Mayvaert. « La présence dans l' eau de pesticides, de PFAS (polluants éternels) ou encore de microplastiques est associée à des risques sanitaires sérieux, et nous avons beaucoup d'études scientifiques qui le démontrent », affirme-t-il. Le médecin redoute ainsi, à l'avenir, l'augmentation de patients progressivement contaminés et qui présenteront potentiellement d'ici quelques années des pathologies chroniques, favorisées par l'absence de volonté politique.
« On est déjà face à des pathologies chroniques qui nous submergent, nous médecins. Et il y a des pathologies chroniques qui sont aussi créées, juste par l'inaction des politiques , estime le docteur Mayvaert. Il y a de plus en plus de problèmes de santé liés à la reproduction, à des troubles du neurodéveloppement, aux maladies de Parkinson ou d'Alzheimer. Il y a aussi des risques de cancers, essentiellement du foie, mais aussi du rein. On peut également mentionner la multiplication de pathologies thyroïdiennes... » La liste est encore longue.
Le docteur Pascal Mayvaert, responsable du groupe de travail « santé environnementale » de la conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé - médecins libéraux, espère ainsi avec son organisation pousser les autorités françaises à mettre les moyens pour répondre cette problématique sanitaire de taille. Dans une lettre adressée au gouvernement, l'URPS-ML demande par exemple une évolution de la réglementation, avec l'élargissement des substances surveillées, l'amélioration des systèmes de filtration de l'eau potable, la réduction des PFAS et des plastiques.
L'organisation demande également de favoriser le développement de l'agriculture biologique, et non pas l'agriculture intensive. « Nous sommes en effet en faveur de la réduction de produits phytosanitaires et d'une incitation à l'agriculture biologique, sachant qu'aujourd'hui, l'essentiel des subventions dans le monde agricole sont pour l'agriculture conventionnelle intensive » explique Pascal Mayvaert.
L'évaluation du risque sanitaire dans l'eau polluée reste toutefois complexe car la présence d'un contaminant ne représente pas forcément un danger immédiat. Ce sujet fait d'ailleurs régulièrement l'objet de débat, plus particulièrement sur le seuil des substances à ne pas dépasser, en concentration et en durée d'exposition. En France, les députés ont dernièrement voté un article qui oblige désormais les préfets à encadrer les pratiques agricoles près des eaux potables les plus polluées. Une mesure jugée insuffisante par l'opposition de gauche, qui estime que cela exclut trop de captages potentiellement concernés.
