Le secteur non lucratif alerte sur sa situation financière critique et réclame une hausse massive des financements publics pour garantir sa pérennité et revaloriser les salaires
Le secteur social et médico-social à but non lucratif, incluant l’aide à domicile, les Ehpad, les établissements pour personnes handicapées et les foyers de réinsertion, a besoin de sept milliards d’euros de financement public supplémentaire pour garder la tête hors de l’eau, ont averti vendredi trois organisations patronales, salariale et associative.
À l’approche de la présidentielle, l’Union des employeurs de l’économie solidaire (Udes), la CFDT et l’Uniopss, qui fédère les multiples associations du secteur, ont publié une étude du cabinet Syndex. Ce rapport calcule le montant nécessaire pour que l’État et les collectivités assainissent les finances de ces structures et rendent plus attractives les rémunérations des 1,26 million de salariés du secteur, actuellement parmi les plus basses du privé.
« Le statu quo n’est plus possible », a estimé Benjamin Vitel, responsable de la CFDT santé-sociaux, en rappelant que certains acteurs sont en redressement judiciaire, comme l’œuvre de la Croix Saint-Simon à Paris, ou ont lancé des plans sociaux, à l’instar du Secours catholique ou de l’Association des paralysés de France.
« Nous ne savons pas combien de temps nous allons pouvoir tenir » avec les niveaux de financement actuels, a renchéri Hugues Pollastro, directeur général de l’Udes. « Pour la première fois, on commence à voir des signes de recul de l’emploi dans l’aide à domicile. »
« Dans nos associations, nous avons des salariés qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, des professionnels de l’accompagnement qui dorment dans leur voiture pour éviter des déplacements qui coûtent trop cher… », a déploré de son côté Daniel Goldberg, président de l’Uniopss.
Selon les estimations de Syndex, le secteur a besoin de 13 milliards d’euros en brut par an pour « combler le décrochage de pouvoir d’achat » de ses salariés, une charge qui représente trois milliards d’euros en net, compte tenu des cotisations et impôts payés par les employeurs. Le cabinet évalue également à sept milliards d’euros en brut le besoin supplémentaire pour rétablir l’excédent brut d’exploitation, nécessaire au remboursement des emprunts et au renouvellement des équipements. En net, ce coût s’élève à quatre milliards.
Les données de Syndex soulignent un écart de rémunération important : les salariés de l’aide à domicile perçoivent une rémunération nette moyenne équivalent temps plein de 1 840 euros, contre 2 780 euros en moyenne nationale dans le privé, soit un écart de 33 %. Les salariés du médico-social ayant bénéficié du Ségur affichent une rémunération de 2 284 euros, restant également inférieure de 18 % à la moyenne du privé.
