Hier, le ministre des Comptes publics dressait son bilan désormais rituel des recettes fiscales des carburants. En face, la très médiatique association 40 millions d’automobilistes attise la grogne des automobilistes en les incitant à « balancer leur plein », pour montrer ce qu’il leur en coûte de rouler pour travailler.
D’un côté, la très médiatique association 40 millions d’automobilistes ; de l’autre, le ministère de l’Économie. Entre les deux, la bataille des chiffres fait rage. La première soutient depuis le 5 mars que « l’État profite outrageusement d’un effet d’aubaine lié aux tensions au Proche-Orient pour remplir ses caisses via une TVA écrasante qui s’applique même sur les taxes ». Le second s’en défend et soutient au contraire que les recettes fiscales pâtissent de la crise internationale. Deux à trois fois par mois, Bercy charge d’ailleurs le ministre des Comptes publics, David Amiel de présenter un bilan des recettes et des dépenses qui doit combattre l’idée très largement répandue que « l’État s’en met plein les poches ».
Cet exercice de transparence s’avère plus ou moins efficace. Hier, lors de sa dernière apparition en date, David Amiel s’efforçait de démontrer que la hausse des recettes fiscales liées à la TVA sur les carburants (en hausse de quelque 302 millions d’euros depuis le début de la crise au Moyen-Orient ) était compensée par la diminution des taxes fixes perçues sur les carburants vendus. Car les Français roulent moins, en réaction à la flambée des prix à la pompe (les volumes de carburants ont baissé de 7 % depuis mars).
Si l’on observe la période du 1er mars au 20 mai, le bilan du ministre des Comptes fait état d’une augmentation de 10 millions d’euros des recettes liées aux carburants par rapport à la même période en 2025. Néanmoins Bercy est prompt à mettre en avant ce que lui coûte son plan de soutien à 1,4 milliard d’euros , dont l’ampleur est mal appréciée par le public en raison de sa complexité. Hier, dans un effort louable de pédagogie, le ministère de l’Économie diffusait un document intitulé : « Le point complet sur les dispositifs de soutien aux professionnels et aux ménages » .
Car derrière ces « aides d’urgence » déployées « pour préserver l’activité économique des secteurs les plus exposés et protéger le pouvoir d’achat des travailleurs » se cachent d’innombrables mesures, dont les plus récentes sont entrées en vigueur le 1er juin (notamment le guichet de demande d’aides pour les pêcheurs et la revalorisation des indemnités kilométriques pour les professionnels de l’aide à domicile). Il serait regrettable que les bénéficiaires potentiels ne fassent pas valoir leurs droits, faute d’en connaître l’existence.
Malgré ces dispositifs, l’association 40 millions d’automobilistes continue de parler de « hold-up fiscal » et dénonce une « TVA écrasante qui s’applique même sur les taxes ». Dès le 9 mars, l’association appelait les Français à « photographier le montant de leur plein ou leur ticket de caisse » et le partager sur les réseaux sociaux avec le hashtag #balancetonplein. « Ces photos montrent noir sur blanc ce que coûtent réellement les carburants aux Français », explique Philippe Nozière, président de l’association qui demande l’abaissement de la TVA à 5,5 % sur les carburants, afin d’aligner leur fiscalité sur celle des produits de première nécessité.
Par ailleurs, 40 millions d’automobilistes apporte son soutien aux quelque 2 500 gérants de stations-service indépendantes qui font l’objet de reproches amers de la part des automobilistes persuadés qu’ils gonflent leurs marges. Pour lutter contre cette idée reçue, ces stations affichent depuis le 20 mars, à leur caisse, le prix auquel elles achètent aux grossistes le litre de carburant, avant d’appliquer leur maigre marge commerciale. Une manière de rappeler que « la fiscalité représente environ 60 % du prix à la pompe, ce qui limite fortement la capacité des distributeurs à baisser les prix ».
Aides carburants : la liste des bénéficiaires
Guichet « grands rouleurs » : aide de 100 € pour les travailleurs contraints d’utiliser leur véhicule pour se rendre au travail (30 kilomètres aller-retour ou 8 000 km/an).
Aide à domicile (secteur associatif) et transporteurs sanitaires : les indemnités kilométriques sont passées de 0,38 euro/km à 0,40 euro/km, soit l’équivalent de 0,20 euro/L. En parallèle, mise en place d’un leasing social de 15 000 véhicules électriques d’occasion.
Agents de la Fonction Publique d’État : revalorisation du 1er juin au 31 décembre de + 3,2 % (équivalent à 0,20 euro/litre de carburant) des frais de déplacement.
Employeurs : possibilité de verser une prime carburant doublée jusqu’à 600 euros, intégralement défiscalisée et désocialisée.
Agriculteurs : prise en charge de 3,86 ct/litre de GNR en avril, puis de 15 centimes de mai à août.
Transporteurs routiers : aide de 20 ct/litre pour les structures les plus fragiles. Jusqu’à 9 500 euros pour l’achat de véhicules utilitaires légers électriques et jusqu’à 100 000 euros pour les poids lourds électriques, lorsqu’ils sont assemblés dans l’Espace économique européen.
Entreprises du BTP : prise en charge de 20 ct/litre de GNR pour les entreprises de moins de 20 salariés appartenant à l’un des 16 secteurs intensifs en GNR pour la consommation du mois de mai.
Taxis : avance de trésorerie exceptionnelle correspondant à un acompte de 25 % sur le remboursement annuel de la TICPE normalement versé en 2027 (calculé sur la consommation 2025).
Pêcheurs : prise en charge de 20 ct/litre pour le mois d’avril et de 35 ct/litre pour le mois de mai. Cette aide est étendue jusqu’à la fin août.
Chimie et engrais : guichet d’aide temporaire en 2026 pour compenser la hausse des prix de l’énergie.
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