Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin se rend aujourd’hui en Algérie pour parler de coopération judiciaire et du cas du journaliste français emprisonné Christophe Gleizes. Un nouvel épisode du rapprochement entre les deux pays, aux relations très dégradées depuis deux ans.
La crise trouve ses racines dans le soutien de la France au plan d'autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le territoire disputé du Sahara occidental . La crise a culminé avec la détention pendant plus d’un an de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Il avait été condamné à cinq ans de prison après des propos sur un site français d’extrême droite contestant les frontières entre l’Algérie et le Maroc . Il a fallu une intervention extérieure, celle du président allemand Frank-Walter Steinmeier, pour qu’il bénéficie d’une grâce du président algérien . Ce n’est qu’à partir de là que le dégel a pu commencer.
Il s’est opéré en plusieurs étapes. La première, c'est la visite à Alger en février du ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez. Elle répondait à une question clé, la politique sécuritaire et de migration. Si le patron des services de renseignement extérieurs français expliquait que l’échange d’informations avec ses homologues algériens ne s’était jamais arrêté pour ce qui concerne le renseignement dans la lutte contre le djihadisme, notamment grâce aux moyens satellitaires français à la frontière avec le Mali , ce n’était pas la même chose pour les services de renseignements intérieurs. Selon nos informations, la DGSI a repris contact depuis cette visite avec ses correspondants algériens. Le ministre algérien de l’Intérieur est d’ailleurs attendu à Paris dans les prochains jours. Nouveau signe de détente.
La deuxième étape, c’était il y a quelques jours. Alors qu’il partait lui-même pour le sommet Africa Forward de Nairobi, Emmanuel Macron a rouvert un deuxième dossier, le dossier mémoriel, en annonçant le déplacement à Alger de la ministre des Armées Alice Rufo pour commémorer les massacres de Sétif du 8 mai 1945. Des manifestations indépendantistes avaient été réprimées dans le sang par l’armée française, faisant des milliers de morts. Le communiqué de l’Élysée parle d’événements tragiques. La question mémorielle a été politisée, aussi bien en Algérie depuis longtemps qu'en France plus récemment. Quelques jours plus tôt, le président français, qui n’a plus d’échéances électorales immédiates, dénonçait les « mabouls » qui veulent se fâcher avec l’Algérie, visant ses adversaires à droite et à l’extrême droite. C’est ce même 8 mai que l’ambassadeur de France en Algérie est retourné à Alger .
La dernière étape, c’est cette visite de Gérald Darmanin aujourd’hui. Il vient parler d'échanges judiciaires. La France soupçonne certains éléments du crime organisé et notamment certains narcotrafiquants de l'organisation qui se fait appeler DZ mafia d’avoir trouvé refuge en Algérie. Des demandes d’entraide judiciaire ont été déposées. Enfin, il s’agit aussi de plaider la cause du journaliste Christophe Gleizes, arrêté et condamné à sept ans de prison pour des contacts avec des indépendantistes kabyles à l’occasion d’un reportage sur le club de football de la JS Kabylie de Tizi Ouzou. La semaine dernière, ses proches ont annoncé l’abandon de leur pourvoi en cassation. Dans l’espoir de bénéficier, comme Boualem Sansal, d’une grâce présidentielle et d’obtenir, enfin, la liberté pour Christophe Gleizes.
