Chaque crise budgétaire française ravive le même réflexe : faire contribuer davantage les plus riches. Mais à mesure que l’idée progresse dans le débat public, une autre question refait surface avec insistance : combien de fortunes, d’investissements et d’entrepreneurs la France peut-elle encore se permettre de perdre ?
Rester ou partir ? Ce débat, récurrent en France pour les plus riches depuis la création de l’imposition sur la fortune en 1981, revient donc en force depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, ainsi qu’en atteste notre grande enquête sur l’exil fiscal. La difficulté des gouvernements successifs à construire une trajectoire budgétaire crédible dans des conditions adverses explique évidemment ce regain d’actualité. Et face à la tentation de taxer, deux voix ont clairement fait savoir que cela ne doit pas être le chemin : celle du Premier ministre d’abord, assurant le 21 mai que les nouvelles aides pour lutter contre la hausse des carburants seraient financées par des économies sur les dépenses publiques ; et, le même jour, celle du Fonds monétaire international, qui, malgré des doutes exprimés sur la capacité de la France à respecter ses engagements pour 2029 (retrouver le seuil des 3 % de déficit budgétaire), a fait savoir qu’ « un recours accru aux hausses d’impôt n’est ni réaliste ni souhaitable » .
Pourtant, à l’Assemblée, la tentation de faire payer les plus aisés n’en finit pas de revenir. N’étaient-ce pas les députés qui, dans un premier temps, avaient voté la taxe Zucman en 2025, avant que le Sénat ne stoppe cette velléité ? Cet éternel débat ne doit pas être abordé sur le plan moral, mais sur celui de l’efficacité, comme le souligne André Comte-Sponville. Or longtemps, les études n’ont pas été très concluantes : la plus récente, menée par le Conseil d’analyse économique, rattaché au Premier ministre, minimisait les effets de la taxation des plus riches sur l’exil fiscal ; et les rapports successifs de France Stratégie, recherchant les incidences bénéfiques de la politique de l’offre d’Emmanuel Macron (suppression de l’ISF remplacé par l’IFI, institution d’un Prélèvement forfaitaire unique…) sur le retour des grandes fortunes, n’étaient pas davantage convaincants. Seule la position de la France comme première terre d’accueil des investissements étrangers en Europe, confirmée pour la septième fois consécutive dans la nouvelle étude d’EY, apparaît comme une preuve tangible de l’attractivité du pays malgré sa passion de la taxation.
Celle-ci serait-elle menacée en cas de nouvel impôt sur les plus fortunés ? Oui, assurent désormais avec force deux économistes de chaque côté de l’Atlantique, Antoine Levy et Christian Gollier , respectivement professeurs à Berkeley et à Toulouse School of Economics. Ce dernier élargit même le sujet, précisant qu’une trop grande volonté redistributrice nuit à la croissance : « Il existe un lien entre prospérité collective et réduction des inégalités. Entre ces deux objectifs socialement désirables, mais contradictoires, la France a choisi la réduction des inégalités. » En est-elle vraiment consciente ?
Journaliste, né le 15 juillet 1953, Vincent Beaufils est diplômé de l’école des Hautes Etudes Commerciales (HEC).
Il devient rédacteur à 50 millions de consommateurs , rédacteur puis Chef d’Enquêtes à L’Expansion , rédacteur en chef des Forums de L’Expansion , rédacteur en chef adjoint de La Vie Française puis de L’Express , rédacteur en chef délégué puis rédacteur en chef du Nouvel Economiste , conseiller de la Rédaction en chef du Nouvel Observateur , rédacteur en chef du magazine L’Essentiel du management devenu Management , directeur de la rédaction, puis directeur de la publication du magazine Challenges .
