Le Premier ministre a annoncé ce 21 mai la reconduction des dispositifs d’aides ciblées pour trois mois ainsi que le doublement du plafond de la « prime carburant » distribuée par les employeurs. Pour un coût supplémentaire de 710 millions d’euros.
Devant l’Assemblée nationale le 4 mai, Sébastien Lecornu avait promis de « changer l’échelle » des aides accordées aux Français pour face à l’impact de la guerre au Moyen-Orient . C’est désormais chose faite. Le gouvernement a annoncé, ce jeudi 21 mai à Matignon lors d’une conférence de presse, reconduire la plupart des aides déjà mises en place pour trois mois et en débloquer de nouvelles. Pour un coût supplémentaire de 710 millions d’euros, de quoi faire monter la facture à 1,2 milliard (à date, les aides ont coûté 470 millions).
Car le conflit s’enlise. Au plus optimiste, le gouvernement envisage une poursuite de la guerre jusqu’« à l’été ou l’automne ». Plus gravement, il a échafaudé des « scénarios noirs » caractérisés par une reprise des frappes et des destructions des sites de production d’hydrocarbures. « Nous étions partis pour annoncer des aides pour le mois de juin mais nous engageons une réflexion à la fois sur les court et moyen termes », a alors précisé le Premier ministre.
Mais pas question de changer de stratégie. Seulement d’échelle. Les aides resteront temporaires et ciblées sur les travailleurs, excluant encore les retraités et les chômeurs. « Notre obsession, c’est que l’économie française continue à tourner », a justifié le chef du gouvernement. Ainsi, le gouvernement a décidé de reconduire les dispositifs déjà mis en place. Au premier rang desquels l’indemnité « grands rouleurs » qui est doublée de 50 à 100 euros par mois et prolongée jusqu’en août. Pour rappel, peuvent en bénéficier les travailleurs qui parcourent au moins 30 km aller-retour de chez eux à leur lieu de travail par jour. Ces 3 millions de Français pourront en faire la demander dès l’ouverture du guichet, le 27 mai, et la percevoir « dès le mois de juin », a promis le gouvernement.
Nouvelle mesure annoncée : le doublement du plafond de la « prime carburant », exonérée de cotisations sociales et non imposable, qu’un employeur peut verser à n’importe lequel de ses salariés (qu’il soit en CDI, CDD ou stagiaire). Son montant maximum passera donc de 300 à 600 euros et sa demande ne sera plus contrainte par le lieu de résidence ou le cumul d’autres aides. « Nous libéralisons l’économie », a ajouté Sébastien Lecornu. Ce coup de pouce non obligatoire pour les entreprises représente un moyen de débloquer une aide à première vue « gratuite » pour l’Etat. Mais en apparence car Bercy n’encaisse ni recettes fiscales et sociales dessus.
En outre, certains secteurs bénéficieront d’aides supplémentaires. Comme les chauffeurs de taxi, qui réclamaient un geste plus fort à leur endroit, qui pourront bénéficier d’une aide à l’achat d’un véhicule électrique de 5 500 euros dans la limite de 65 000 euros à partir du 1er octobre. Les aides à domiciles auront, quant à elles, droit à une « revalorisation pérenne de leurs indemnités kilométriques, qui représente environ 20 centimes par litre d’essence », a précisé la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Ces 600 000 professionnels auront également accès à la location d’un véhicule électrique, sans apport, à partir de 50 euros par mois.
Les agriculteurs, eux, bénéficieront d’un prolongement de trois mois de leur aide sur le gazole non-routier (GNR) de 15 centimes par litre. Idem pour les pêcheurs, les transporteurs routiers et du BTP. Pour ces derniers, l’aide sur le carburant sera en plus étendue aux entreprises de moins de 50 salariés.
L’ensemble de ces dispositifs reste donc limité dans un contexte tendu. Le Fonds monétaire international (FMI) a révélé, ce jeudi, sa prévision de croissance pour la France à 0,7 % pour 2026. Une estimation en deçà des 0,9 % du gouvernement déjà révisé en avril. Avec une poussée de l’inflation à 2,2 % an avril sur douze mois, l’objectif de réduction à 5 % du PIB cette année (contre 5,1 % en 2025) devient de plus en plus difficile à tenir. D’autant que le gouvernement n’a pas précisé ce jeudi comment il comptait financer l’ensemble des aides. Rendez-vous en juin : il se tiendra un nouveau comité d’alerte sur les finances publiques. Alors sera annoncé si Bercy décide de geler ou non 6 milliards d’euros de crédits – ou plus - pour faire face à l’ampleur du choc.
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