La décision de Washington de couper l’accès à ses modèles les plus puissants dans une décision sans précédent connu a poussé plusieurs dirigeants politiques français à tirer la sonnette d’alarme face à la « guerre de l’IA »
L’injonction par Washington de suspendre l’accès de « tout ressortissant étranger » à des modèles d’intelligence artificielle a fait réagir samedi 13 juin des poids lourds de la présidentielle française, alertant contre une « guerre de l’IA », et le besoin d’indépendance face aux États-Unis.
Le fleuron américain de l’intelligence artificielle Anthropic a été contraint vendredi par son gouvernement de couper l’accès à ses modèles les plus puissants dans une décision sans précédent connu. Washington, invoquant un risque pour la sécurité nationale, a ordonné, au titre du contrôle des exportations, de couper l’accès à ces modèles pour « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis », y compris « les employés étrangers » d’Anthropic, selon le communiqué de l’entreprise.
« Cette décision soudaine vient nous rappeler que l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur », a estimé sur X Jordan Bardella (Rassemblement national), estimant comme d’autres responsables que « la France doit accélérer dans le soutien à la pépite Mistral AI (entreprise française, NDLR) et à tout l’écosystème IA ».
« Depuis 2016, LFI classe le numérique comme nouvelle frontière de l’humanité et refuse que la France soit une colonie numérique des USA », a fait valoir pour sa part Jean-Luc Mélenchon. Pour l’insoumis, la décision de vendredi « prouve l’urgence d’être indépendants et souverains », même si elle est aussi un « règlement de comptes politique » du gouvernement américain avec Anthropic « partisan d’une IA éthique ».
La sécurité, dont Anthropic a fait un argument commercial central, l’oppose déjà à l’administration Trump. Début mars, le Pentagone a rompu ses contrats avec l’entreprise, désignée comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Anthropic, dont les modèles étaient les seuls accrédités secret-défense, a saisi la justice, affirmant avoir été sanctionnée pour avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes.
« La guerre de l’IA a déjà commencé », a jugé Gabriel Attal (Renaissance), évoquant un risque « de vassalisation totale de la France ». « Nous ne pouvons pas compter sur d’autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d’Ormuz », a-t-il ajouté.
Washington « décide de soumettre le développement de l’IA à sa logique de puissance », a abondé Édouard Philippe (Horizons), soulignant que « nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul » de l’IA, infrastructure « aussi essentielle que l’électricité ou Internet ». Exhortant l’Europe à « se réveiller », le maire du Havre a appelé à privilégier les « marchés technologiques européens », ou encore à simplifier « des normes qui avantagent les big tech américaines ».
