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L’ordre donné par Washington à Anthropic de restreindre l’usage de ses modèles les plus puissants a suscité une rare convergence dans le débat français. Plusieurs responsables politiques y voient un signal d’alarme sur la dépendance technologique de l’Europe.
L'injonction par Washington de suspendre l'accès de «tout ressortissant étranger» à des modèles d'intelligence artificielle a fait réagir samedi des poids lourds de la présidentielle française, alertant contre une «guerre de l'IA» , et le besoin d'indépendance face aux États-Unis. Le fleuron américain de l'intelligence artificielle Anthropic a été contraint vendredi par son gouvernement de couper l'accès à ses modèles les plus puissants dans une décision sans précédent connu.
Washington, invoquant un risque pour la sécurité nationale, a ordonné, au titre du contrôle des exportations, de couper l'accès à ces modèles pour «tout ressortissant étranger, à l'intérieur ou à l'extérieur des États-Unis» , y compris «les employés étrangers» d'Anthropic, selon le communiqué de l'entreprise. «Cette décision soudaine vient nous rappeler que l'intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur» , a estimé sur X Jordan Bardella (Rassemblement national), estimant comme d'autres responsables que «la France doit accélérer dans le soutien à la pépite Mistral AI (entreprise française, NDLR) et à tout l'éco-système IA» .
Dans un communiqué, LFI a appelé entre autres à «la mobilisation de l’épargne nationale» pour des «infrastructures numériques stratégiques» , et à «l’ouverture de négociations à l’ONU» pour réguler l’IA. «Depuis 2016, LFI classe le numérique comme nouvelle frontière de l'humanité et refuse que la France soit une colonie numérique des USA» , a fait valoir pour sa part le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon. Selon lui, la décision de vendredi «prouve l'urgence d'être indépendants et souverains» , même si elle est aussi un «règlement de comptes politique» du gouvernement américain avec Anthropic «partisan d'une IA éthique» .
La sécurité, dont Anthropic a fait un argument commercial central, l'oppose déjà à l'administration Trump. Début mars, le Pentagone a rompu ses contrats avec l'entreprise, désignée comme un «risque pour la chaîne d'approvisionnement» . Anthropic, dont les modèles étaient les seuls accrédités secret-défense, a saisi la justice, affirmant avoir été sanctionnée pour avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes. «La guerre de l'IA a déjà commencé» , a jugé Gabriel Attal (Renaissance), évoquant un risque «de vassalisation totale de la France» . «Nous ne pouvons pas compter sur d'autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d'Ormuz» , a-t-il ajouté.
Washington «décide de soumettre le développement de l'IA à sa logique de puissance» , a abondé Édouard Philippe (Horizons), soulignant que «nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul» de l'IA, infrastructure «aussi essentielle que l'électricité ou Internet» . Exhortant l'Europe à «se réveiller» , le maire du Havre a appelé à privilégier les «marchés technologiques européens» , ou encore à simplifier «des normes qui avantagent les big tech américaines» .
Une dernière mesure également prônée par le candidat de LR Bruno Retailleau , qui veut aussi «réorienter la commande publique vers des solutions souveraines» , et «faire avec l’IA ce que nous avons fait avec le nucléaire (...) la penser comme une part de notre souveraineté» . Et le sénateur d’inviter le patron d’Anthropic, Dario Amodei, à s’installer en France : «vous êtes les bienvenus à Paris» . «Nous sommes entrés dans un nouveau monde (...) où nous ne pouvons compter d’abord que sur nous-mêmes» , a commenté le patron du PS Olivier Faure, appelant à «construire une vraie puissance européenne» .