Avions bientôt cloués au sol, riz trop cher à produire en Asie, extension du télétravail, flambée du prix des pistaches, pénurie d’hélium nécessaire pour la production des puces électroniques… Trois mois après le début de la guerre en Iran (et au Liban désormais), dont Donald Trump ne cesse d’annoncer la fin avant de menacer du pire, les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz se font sentir chaque jour un peu plus partout dans le monde, en Asie et en Afrique notamment. Si le choc énergétique a été relativement amorti dans les pays riches, explique toutefois le Financial Times, les réserves pétrolières diminuent rapidement. Et la crise risque de s’étendre.
Le quotidien économique cite les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) : “Près de 80 pays ont désormais adopté des mesures d’urgence en prévision du basculement qui s’annonce. Les pays en développement risquent d’être les plus gravement touchés, et auront de plus en plus de difficultés à financer les fortes subventions mises en place pour protéger leurs consommateurs de la flambée des cours mondiaux.”
Comment faire face à la crise énergétique qui vient ? Quels sont les pays les plus touchés et ceux qui s’en sortent le mieux ? Quelles leçons en tirer ? C’est l’objet de notre dossier cette semaine. Car même si un hypothétique accord de paix était signé demain, il faudrait des mois pour revenir à une situation “normale”, celle d’avant la guerre. Or rien ne dit que quiconque en ait tout à fait envie. Car ce conflit est venu rappeler au monde une chose essentielle : “La dépendance énergétique a des conséquences politiques, écrit Benjamin H. Bradlow dans Foreign Affairs. Cette pagaille a été un électrochoc pour les responsables politiques, les pays tributaires des carburants fossiles importés découvrant que des régimes étrangers pouvaient facilement les priver d’un produit indispensable et porter ainsi atteinte à leur souveraineté.”
Conséquence : dans cette crise, il y a ceux qui avaient anticipé, la Chine en tête, en réduisant leur dépendance aux énergies fossiles et en investissant pour certains massivement dans les énergies renouvelables. À ce stade, ce sont les gagnants de l’histoire. L’exemple du Pakistan est à ce titre spectaculaire : “La part de l’électricité produite par le solaire y a bondi, passant de moins de 3 % en 2020 à plus de 32 % à la fin de 2025, soit une des transitions énergétiques les plus rapides de l’histoire.”
Forts de leur plus grande autonomie énergétique, l’Espagne ou le Brésil ont pu aussi tenir tête plus facilement aux États-Unis, avance encore Benjamin H. Bradlow. D’autres en revanche, comme l’Afrique du Sud, “dont le gros des importations de gazole et de pétrole passe par le détroit d’Ormuz”, ont dû faire profil bas.
Une dépendance que de nombreux pays tentent aujourd’hui de réduire. C’est l’autre partie de notre dossier. En France, Emmanuel Macron, qui semble avoir pris conscience de l’urgence, vient de décréter la “mobilisation générale” pour l’électrification de l’Hexagone. “La France se sert de la crise énergétique comme d’une occasion pour réduire sa dépendance”, décrypte Handelsblatt . En Afrique, plusieurs pays se tournent vers le nucléaire civil. Selon une étude de l’université Monash de Melbourne citée par le quotidien The Age , 45 % des Australiens ont modifié leurs modes de transport depuis le début de la guerre en Iran. Au Japon, faute de naphta, un dérivé du pétrole essentiel à la pétrochimie, la marque de chips Calbee a opté pour un emballage en noir et blanc afin d’économiser de l’encre, rapporte le quotidien japonais Yomiuri Shimbun … Il fallait y penser.
Et si la crise, finalement, qui pousse à s’adapter plus vite sans exclure une certaine “créativité”, était une chance ? C’est en creux la question que pose Zoe Williams dans The Guardian, à propos d’un secteur particulièrement touché, le transport aérien. “Le kérosène [dont le prix a doublé] incarne en quelque sorte l’interdépendance de l’économie mondiale”, écrit -elle dans un article très documenté. Oui, à court terme, les compagnies fragiles vont souffrir, nos vacances seront affectées. Mais à long terme, dit-elle, “il est un autre scénario plus réjouissant que celui d’une réduction généralisée de la voilure dans le monde : une accélération de la transition vers l’aviation post-fossile”. Un vrai bouleversement cette fois.
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