Une ministre de la Santé méconnue des Français plongée dans le grand bain de la crise de l'hantavirus. Très discrète depuis son arrivée au gouvernement en 2025, Stéphanie Rist a tenu une conférence de presse ce mardi 12 mai en compagnie de soignants pour évoquer cette maladie, détectée sur un bateau de croisière ces dernières semaines, avec un taux de mortalité qui peut frôler les 50%.
Preuve que l'heure est grave, notamment après le test positif et le placement en réanimation d'une passagère française présente dans l'Hexagone , on a trouvé à ses côtés des visages bien connus du Covid-19, comme Jean-François Delfraissy, ancien président du conseil scientifique contre le virus.
Pour la discrète ministre de la Santé, l'heure est malgré tout au baptême du feu pour gérer ce virus sous très haute surveillance et les nombreuses questions qu'il soulève, de la mise en quarantaine des cas contacts aux éventuels risques de transmission . Et pourtant, celle qui est devenue membre du gouvernement à la faveur de l'arrivée de Sébastien Lecornu commence à avoir du métier.
On rembobine. Après plus de 20 ans comme rhumatologue dans le monde hospitalier, elle fait partie de ces dizaines de profils loin de la politique qui font leur entrée à l'Assemblée nationale en 2017 à la faveur de l'élection d'Emmanuel Macron.
Après quelques semaines, Stéphanie Rist intègre la commission des Affaires sociales. Et tant pis si, quelques mois plus tôt, en pleine campagne des législatives, elle avait été épinglée par la presse pour avoir touché, en toute légalité, près de 22.000 euros pour avoir travaillé auprès de plusieurs laboratoires pharmaceutiques entre 2012 et 2016. Elle avait notamment présenté des résultats de recherches scientifiques lors de congrès médicaux.
Stéphanie Rist devient rapidement l'un des piliers de la commission des Affaires sociales. Cette proche de Gabriel Attal porte ainsi plusieurs lois très débattues: l'une sur le plafonnement des rémunérations des médecins intérimaires à l’hôpital en 2021, et une autre élargissant les compétences de plusieurs professions paramédicales en 2023, faisant grincer des dents les médecins libéraux. Ces derniers s'agacent alors de voir certaines de leurs compétences comme le renouvellement des ordonnances désormais possible auprès des pharmaciens dans certains cas.
Dans un contexte difficile pour la macronie, la députée est largement réélue aux législatives en 2022. De quoi la propulser au prestigieux poste de rapporteure générale du budget de la Sécu, agaçant au passage la gauche.
À l'automne 2025 et après le fiasco du passage de François Bayrou à Matignon, son successeur Sébastien Lecornu lui propose d'être ministre de la Santé. La mission n'a rien de facile avec le budget de la Sécu à boucler dans une équation politique et budgétaire particulièrement complexe. Et d'autant moins que le monde médical, qui a connu pas moins de huit ministres depuis la réélection d'Emmanuel Macron en 2022, réclame enfin de la stabilité.
Mais Stéphanie Rist n'a de toute façon pas vraiment le temps d'hésiter. À peine installée, la nouvelle locataire d'un maroquin ministériel n’a que quelques heures pour découvrir les intentions budgétaires du nouveau gouvernement. Le projet de loi de finances de la Sécu est dévoilé le 14 octobre, soit même pas 36 heures après son arrivée rue de Grenelle.
Sur le feu, la nouvelle ministre de la Santé trouve deux sujets explosifs: d'un côté la suspension de la réforme des retraites , condition sinequanone pour que les députés socialistes acceptent de ne pas censurer le budget de la Sécu , faisant au passage tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu.
Deuxième sujet chaud: trouver des centaines de millions d'euros d'économies pour parvenir à limiter l'aggravation du déficit de l'assurance maladie. Doublement des franchises médicales? Remise à plat du dispositif des affections longue durée (ALD) qui permet une prise en charge totale des maladies chroniques nécessitant des soins prolongés? Coup de rabot sur le remboursement des consultations médicales? Toutes les pistes, largement impopulaires, sont alors sur la table.
Mais les marges de manœuvre de Stéphanie Rist sont pour le moins limitées. En réalité, c'est bien Sébastien Lecornu et sa ministre de l'Économie Amélie de Montchalin qui sont aux manettes avec les socialistes pour trouver un accord, et qui y parviennent finalement.
Depuis l'adoption du budget aux forceps, Stéphanie Rist s'est faite un peu plus discrète à l'Assemblée. Sur le dossier de la fin de vie, toujours en souffrance après le rejet du texte par le Sénat , la ministre de la Santé n'a guère ferraillé. Un plan national de lutte contre l'infertilité qui avait été annoncé par ses soins fin 2025, est quant à lui, au point mort.
Sur la question de la hausse du prix des mutuelles , pourtant officiellement gelé par la loi de financement de la sécurité sociale et sujet sensible en pleine explosion des prix, la quinquagénaire a fait tout autant profil bas.
Les complémentaires santé ont pratiqué des "augmentations généralisées, parfois très importantes" de leurs cotisations en 2026, regrette ainsi au début du printemps l'UFC Que Choisir. Le gouvernement a cependant saisi le Conseil d'État pour savoir si les mutuelles sont vraiment dans l'illégalité .
Manifestement, ces différents épisodes n'ont pas abîmé son image. En janvier dernier, la ministre de la Santé remporte largement des élections législatives partielles dans le Loiret face au RN. Elle avait promis de quitter le gouvernement en cas de défaite.
En attendant, une partie du monde médical fait aussi grise mine. Face à la flambée des prix du carburant, les trois syndicats représentatifs des infirmières libérales, "exclues" à ce stade des dispositifs d'aide, réclament un "crédit d'impôt carburant" , intégré au prochain budget de la Sécurité social.
Pour l'instant, en dépit de la promesse floue de Sébastien Lecornu d'un "changement d'échelle" dans les dispositifs d'aide, Stéphanie Rist reste sous pression.
L'atmosphère ne risque pas de se détendre dans les prochaines semaines entre la gestion de l'hantavirus et le budget de la Sécu 2026 , déjà dans les tuyaux.
Le gouvernement devrait tabler sur au moins 2 milliards d'euros d'économies dès l'automne dans le secteur de la santé. De quoi contraindre la ministre à remettre sur la table donc des mesures probablement très impopulaires quelques mois à peine avant l'élection présidentielle, d'un éventuel coup de rabot sur les prestations familiales au doublement des franchises médicales .
"On sera dans une période très particulière avant la présidentielle. Elle ne sera pas en première ligne, c'est encore Sébastien Lecornu qui prendra les choses en main. Mais il faudra qu'elle sache faire le service après-vente auprès des députés", tranche un député macroniste. Un autre baptême du feu donc.
