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immigrationvia Sud Ouest··3 min de lecture

« Ici, tout le monde devient fou » : dans les entrailles du centre de rétention de Bordeaux, frappé par la gale

Personnalités citées :Marie RécaldeNicolas Thierry
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Le contexte

Le centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux est l'un des plus petits de France et a été récemment touché par une épidémie de gale. Les conditions de vie des personnes retenues sont souvent critiquées par des associations et des élus. La situation des retenus, souvent en détresse psychologique, soulève des questions sur la dignité humaine et le rôle des CRA.

Ce qu'il faut retenir

Deux députés de Gironde, Marie Récalde et Nicolas Thierry, ont visité le CRA de Bordeaux pour évaluer les conditions de vie des 17 retenus, touchés par la gale. Les conditions sanitaires sont jugées préoccupantes, et les retenus expriment leur détresse face à la maladie et à l'absence de produits de première nécessité. Les députés soulignent un décalage entre les déclarations officielles et la réalité vécue par les retenus, qui sont souvent des anciens détenus.

Ce que ça change

Cette visite des députés pourrait entraîner une pression accrue sur les autorités pour améliorer les conditions de vie dans les CRA. Elle met également en lumière les enjeux liés à la rétention des étrangers et les difficultés d'expulsion, notamment avec l'Algérie. Le débat sur la dignité humaine dans ces centres pourrait se renforcer, influençant potentiellement les politiques publiques en matière d'immigration.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

Deux députés de Gironde ont visité le Centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux, frappé par la gale depuis début mai. Ce jeudi 21 mai, ils ont constaté par eux-mêmes les conditions de vie des 17 personnes retenues

Imran (1) soulève son t-shirt. Nerveux. « Il y a de la maladie ici, tout le monde devient fou. Je me gratte toute la nuit. » De petits boutons constellent son dos et ses mains. Typique de la gale. La contagion touche le Centre de rétention administrative de Bordeaux depuis début mai . Ce jeudi 21, ses 17 pensionnaires se bousculent pour atteindre leurs visiteurs. Il faut raconter plus vite. Plus fort. Face à eux, Marie Récalde (PS) et Nicolas Thierry (Les Écologistes) peinent à faire le tri.

Les deux députés de Gironde exercent leur droit de visite en compagnie de trois journalistes. Ils entendaient jauger sur place les conditions de vie dans l’un des plus petits CRA de France, au sous-sol du commissariat central. Six jours après le refus du tribunal administratif de le fermer . La Cimade et l’Ordre des avocats estimaient la situation « attentatoire à la dignité humaine ».

Pour l’Agence régionale de santé (ARS), l’état sanitaire n’empêchait pas le centre de fonctionner. Sa direction a préféré suspendre les entrées le temps d’en finir avec la gale. La tension montait à l’intérieur. La peur de la maladie y reste palpable. « Je peux vous le dire, ce n’est pas la gale, c’est grave », s’imagine encore un retenu. Les deux infirmières présentes chaque jour et le passage fréquent d’un médecin peinent à calmer l’inquiétude de ce public vulnérable.

La plupart vivaient à la rue, sont en détresse psychologique ou souffrent d’addictions. « Il a fallu les convaincre de prendre un traitement pour le bien de tous, de donner leurs affaires pour les désinfecter. Cela n’a pas été évident, précise le chef du CRA par intérim. Ici, il faut sans cesser expliquer. Un dialogue permanent. » Et complexe.

Ce jeudi, une odeur de javel flotte encore dans certains couloirs. Le carrelage, encore humide par endroits, vient d’être nettoyé. « Ils refont tout quand des visiteurs viennent », maugrée Ali. Dans un français hésitant, il s’excuse pour son empressement. « Des fois, je parle avec la rage parce que j’en ai marre. » Comme ses camarades, l’Algérien attend une hypothétique expulsion vers son pays d’origine.

« Nous n’avons pas de produits de toilette ou de nettoyage. En prison, on a droit à tout ça. C’est pire ici », se plaint un autre homme. Ils passent leurs journées sur le lit ou dans la salle commune. À côté, un baby-foot et quelques équipements sportifs s’alignent dans une petite cour à l’odeur douteuse. Il faut lever la tête pour apercevoir le ciel à travers les grilles. Des arbres et des herbes folles ont été peints sur les murs de béton.

« Il y a un décalage entre ce que l’on nous dit et ce que nous avons vu, qui porte atteinte à la dignité humaine. Leur état physique pose aussi question », estime Nicolas Thierry. À la sortie, le député livre son sentiment « d’une extension du milieu carcéral ». 13 des 17 retenus arrivent directement d’une prison.

Ils y ont purgé leur peine, parfois longue, mais représentent encore un risque de trouble à l’ordre public, pour l’autorité judiciaire. Au CRA, elle se donne 90 jours au maximum pour organiser leur départ de France. « Ce sont des gens dont on ne sait plus quoi faire, regrette Marie Récalde. On fait jouer aux CRA un rôle qui n’est pas le leur. Celui d’une forme de continuation de la condamnation pénale. Un sas entre la sortie et le départ de France. »

Une pratique dont la Cimade fustige l’inefficacité dans un récent rapport. « Le détournement de plus en plus flagrant de la rétention […] renforce les amalgames dangereux entre étrangers et délinquants », estime-t-elle. En 2025, seuls 36 % des 16 500 étrangers retenus ont été expulsés. À Bordeaux, la durée moyenne de rétention a crû de douze jours en un an pour atteindre quarante-quatre jours. L’effet double du risque de trouble à l’ordre public et des querelles diplomatiques avec l’Algérie.

Pendant près d’un an, le pays a refusé les expulsés contraints. « Même pour les retours volontaires c’est difficile, livre un policier. S’ils téléphonent au consulat depuis le CRA, on ne leur répond même pas. » À Bordeaux, 14 des 17 retenus actuels sont Algériens. Coincés.

(1) Les prénoms des personnes retenues ont été modifiés.

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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