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economievia Sud Ouest··4 min de lecture

Île-de-France : les data centers, des infrastructures gourmandes en énergie mais avares en emplois

Personnalités citées :Emmanuel MacronDavid RosPierre-Louis BrièJean-Marie BatyLoup CellardSami SlimPhilippe SchmitFlorian du Boÿs
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Le contexte

Les data centers se développent rapidement en Île-de-France, représentant une part importante des infrastructures numériques en France. Cependant, leur impact sur l'emploi est controversé, avec des élus et des chercheurs qui soulignent leur faible contribution à la création d'emplois par rapport à l'espace qu'ils occupent. Ce débat s'inscrit dans un contexte plus large de transition numérique et de réévaluation des infrastructures en milieu urbain.

Ce qu'il faut retenir

Les data centers en Île-de-France, bien qu'ils représentent plus de 70 % des infrastructures françaises, génèrent peu d'emplois directs. Les élus locaux, comme Pierre-Louis Briè, soulignent le décalage entre l'espace occupé par ces centres et les emplois créés. Des études montrent qu'un data center crée un emploi pour des investissements considérables, souvent moins que d'autres secteurs comme la logistique. Les opérateurs défendent la qualité des emplois offerts, mais la question de l'impact sur l'emploi reste centrale dans le débat public.

Ce que ça change

Cette situation soulève des questions sur la viabilité économique des data centers et leur rôle dans l'économie locale. Les élus et chercheurs appellent à une réflexion sur l'utilisation des espaces urbains et la nécessité de garantir des retombées économiques significatives pour les collectivités. Le débat sur la fiscalité des data centers pourrait également influencer les décisions politiques concernant leur développement futur.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

Alors que les centres de données se multiplient en région parisienne, élus et chercheurs s’interrogent sur leur faible impact en matière de création d’emplois directs par rapport à leur emprise foncière

Des couloirs blancs et silencieux, une empreinte digitale exigée à l’entrée : à Magny-les-Hameaux, à une trentaine de kilomètres de Paris, le data center de l’opérateur japonais Telehouse a tout d’une forteresse sans habitants. Bâtie sur une ancienne friche militaire, l’enceinte hyper-sécurisée ne laisse croiser que quelques techniciens de passage. C’est tout le paradoxe de ces géants du numérique qui se multiplient en Île-de-France : ils accaparent l’espace et l’électricité, mais génèrent peu d’emplois directs, selon des chercheurs.

Avec plus de 160 centres de données, la région concentre plus de 70 % des infrastructures françaises et s’impose comme le premier hub d’Europe continentale, selon l’Institut Paris Region. Sur le terrain, le constat des élus est sans détour. Le maire (DVD) de Magny-les-Hameaux, Pierre-Louis Brière, en poste depuis mars, le résume : « Ce n’est pas du tout un secteur qui crée énormément d’emplois par rapport à la place que ça prend, au foncier que ça utilise. » « Quelques habitants seulement y travaillent », glisse-t-il. L’évaporation de l’emploi frappe d’autant plus quand le béton numérique remplace l’industrie lourde. À La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Jean-Marie Baty, président de l’association écologiste MNLE 93, s’en alarme : « Quand l’usine Eurocopter était là, il y avait 700 emplois, et là, il y en a 36 et pour la même surface occupée. »

Le sociologue Loup Cellard, qui étudie ces sites depuis 2021, rapporte qu'« à emprise au sol équivalente, une boîte de logistique, c’est plutôt entre 300 et 400 employés, alors qu’un datacenter, ça va être du 15 ou 20 ». Ramené aux capitaux engloutis, le bilan reste maigre : « Ça fait un emploi par tranche de 24 millions d’euros d’investissement », calcule-t-il à partir d’études sectorielles. Une démesure qui fait écho au sommet Choose France, où Emmanuel Macron a annoncé ce lundi 93 milliards d’euros d’investissements pour seulement 15 000 emplois.

La question de l’emploi agace jusqu’au Parlement. Auteur d’une proposition de loi sur le sujet, David Ros, sénateur (PS) de l’Essonne, pointe des promesses surévaluées : en Seine-Saint-Denis, « sur 1 600 postes annoncés par les promoteurs, 500 seulement auraient été créés ». Les opérateurs « tournent les chiffres de manière assez utile », juge-t-il, concédant toutefois que ces emplois sont « à 80 % des CDI ».

Philippe Schmit, ancien président de l’Autorité environnementale francilienne, explique pourquoi les ratios varient : « Si on parle d’emplois par mètre carré de bâtiment, le ratio de 1 à 1 000 peut être entendu. » Mais l’image change dès qu’on mesure l’emprise totale au sol de ces « machine-usines » : « Avec les parkings, les routes, l’espace boisé ça fait des ratios très différents », jusqu’à un emploi pour 10 000 m 2 . Pour habiller ce vide humain, les promoteurs « affublent leur data center du mot campus », décrypte-t-il, une sémantique universitaire censée « rendre le projet plus acceptable par les élus locaux », alors que les quelques stagiaires accueillis « ne représentent pas du personnel fixe ».

L’industrie, elle, défend son modèle. Dans les couloirs hyper sécurisés de son data center, le directeur général de Telehouse, Sami Slim, retourne l’argument : « On fait dix fois moins d’emplois qu’un entrepôt logistique, mais on est dix fois mieux en qualité d’emploi », des postes « pérennes, locaux et non délocalisables ». Sur ses 60 mégawatts, il revendique 300 emplois à terme, dont une soixantaine en CDI : « Une fibre à souder ? Je la soude. Je ne peux pas le faire à distance. »

Compter les seuls salariés de l’exploitant serait d’ailleurs « trompeur », abonde Florian du Boÿs, fondateur de l’association Les Plombiers du numérique à Nanterre : « Est-ce qu’une gare crée des emplois ? Non, mais vous arrêtez la gare de Lyon, c’est une catastrophe. » Sur ces chantiers, des jeunes sans diplôme trouvent un tremplin. Mazir, 20 ans, « formé par les Plombiers », en témoigne : « J’avais rien entre les mains. Un ami m’a parlé de cette formation, il l’a finie et en deux semaines il a signé un CDI ». Au niveau national, la filière revendique environ 50 000 emplois directs et indirects pour 300 centres, selon un rapport du Sénat de février dernier.

Reste la manne fiscale pour rallier les maires. Longtemps assimilé à de simples « entrepôts de palettes » aux faibles retombées, rappelle Philippe Schmit, le data center fait aujourd’hui l’objet de requalifications fiscales. En intégrant la valeur de ses lourdes infrastructures techniques, l’administration fait gonfler la taxe foncière, principale recette des communes.

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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