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autrevia L'Obs··6 min de lecture

Immigration et protection sociale : anatomie d’une manipulation d’extrême droite

Personnalités citées :Sarah KnafoMarion MaréchalBally Bagayoko
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Le contexte

Le débat sur l'immigration et la protection sociale en France est souvent marqué par des discours de l'extrême droite qui prétendent que les immigrés, notamment d'origine africaine, profitent des ressources sociales au détriment des Français. Ce sujet est récurrent dans les discussions politiques et médiatiques, alimenté par des statistiques parfois manipulées.

Ce qu'il faut retenir

L'article critique les manipulations des chiffres par des comptes anonymes comme 'Marc Vanguard', qui prétendent que les immigrés d'origine africaine bénéficient de la protection sociale au détriment des Français. Il démontre que ces affirmations reposent sur des données incomplètes et trompeuses. En réalité, les immigrés d'origine africaine, souvent plus pauvres, reçoivent moins de prestations sociales en euros que les non-immigrés. L'article souligne également que les retraites, une part importante des dépenses sociales, ne sont pas prises en compte dans ces manipulations.

Ce que ça change

Cet article met en lumière la nécessité d'une analyse rigoureuse des données sur l'immigration et la protection sociale en France. Il invite à une réflexion critique sur les discours politiques qui exploitent ces sujets sensibles. En clarifiant les faits, il contribue à un débat public plus informé et moins polarisé sur l'immigration.

L'article complet

Source originale sur nouvelobs.com

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L’extrême droite voudrait nous faire croire que les immigrés originaires d’Afrique profitent massivement de la protection sociale aux dépens des « Français de souche », alors qu’en réalité c’est l’inverse. Pour cela elle n’hésite pas à tordre les chiffres de l’Insee comme le fait régulièrement le compte « Marc Vanguard », parmi beaucoup d’autres et en particulier le pseudo Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID). C’est le cas notamment avec le graphique ci-dessous qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux : il est typique des manipulations auxquelles s’adonne l’extrême droite sur les sujets liés à l’immigration. Explications.

Le site internet « Marc Vanguard » et les comptes X, LinkedIn, Instagram… associés sont tout d’abord courageusement anonymes : il n’existe aucune personne physique réelle qui s’appelle « Marc Vanguard ». Ces comptes sont spécialisés dans la diffusion de statistiques, comme le graphe ci-dessus, provenant de sources officielles et censées démontrer que nous sommes envahis par une immigration africaine qui met le pays à feu et à sang, pompe toutes les ressources des « Français de souche » et menace la survie de l’Occident chrétien… Ces publications sont, sans surprise, régulièrement saluées et reprises par Sarah Knafo, Marion Maréchal…

Avec le graphe présenté plus haut, « Marc Vanguard » a été tout d’abord paresseux : il n’a pas utilisé les dernières données disponibles , celle de 2021, mais celles plus anciennes de 2018. Si les chiffres qu’il mobilise avaient été à jour, son graphe aurait dû se présenter comme celui ci-dessus. Les écarts constatés entre immigrés d’origine africaine et non immigrés seraient un peu moindres que ceux qu’il affiche.

Mais ce n’est pas tout : « Marc Vanguard » a aussi omis d’insérer dans son graphe le pourcentage correspondant pour l’ensemble de la population française tel qu’il ressort des données de l’Insee (dernière colonne du graphe ci-dessus). Et il a eu raison puisque ce pourcentage aurait déjà suffi à lui seul à invalider l’essentiel de son raisonnement.

« Marc Vanguard » veut en effet montrer que les immigrés d’origine africaine déséquilibrent massivement la protection sociale française aux dépens des non-immigrés. Et ce résultat semble au premier abord indéniable : dans le graphe qu’il diffuse, les prestations sociales reçues par ces immigrés représentent une part trois fois plus grande de leur revenu disponible que pour les « Français de souche ». Pas étonnant puisque les immigrés d’origine africaine figurent généralement parmi les plus pauvres au sein de la population française et bénéficient à ce titre légitimement du filet de sécurité offert par les prestations sociales qui leur sont spécifiquement réservées. Mais la dernière colonne du graphe ci-dessus, celle qui donne le pourcentage correspondant pour l’ensemble de la population, montre que le déséquilibre massif que « Marc Vanguard » est censé avoir mis en évidence n’a en réalité qu’un impact global très limité.

Le pourcentage des prestations sociales dans les revenus des non-immigrés est de 8,5 %. Au total, pour l’ensemble de la population française, ce pourcentage ne monte qu’à 9 %, un chouia de plus, malgré la part beaucoup plus importante qu’il tient dans les revenus des immigrés d’origine africaine. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le poids de ces immigrés dans la population globale est faible : selon l’Insee, ils ne représentent que 4,8 % de la population, moins d’une personne sur 20.

La plupart de celles et ceux que les gens d’extrême droite considèrent comme des immigrés originaires d’Afrique, et voudraient en conséquence jeter à la mer, n’en sont pas en réalité : ils sont nés en France comme c’est le cas par exemple de Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, et sont quasiment toujours français. Si « Marc Vanguard » avait eu l’honnêteté de joindre la colonne « total » à son graphe, chacun aurait pu aisément constater que l’énorme « scandale » qu’il prétendait avoir mis en évidence accouchait d’une souris… En France, les mécanismes spécifiquement destinés à aider les plus pauvres ne représentent en réalité qu’une très faible partie du PIB et des dépenses de protection sociale.

Mais ce n’est pas (du tout) la seule malhonnêteté que recèle ce graphe. Les données y sont exprimées en % du revenu disponible alors que celui des immigrés d’origine africaine est en moyenne inférieur de 30 % à celui des non-immigrés selon l’Insee. Ce qui a pour effet d’accroître artificiellement l’écart constaté quand on l’exprime en pourcentage de ce revenu. Si on compare ces mêmes données en euros reçus par personne et par an et non plus en % du revenu (graphe ci-dessus), on se rend compte que certes les écarts persistent mais qu’ils sont nettement moins importants : entre immigrés africains et non immigrés, on passe ainsi d’un rapport de 1 à 3 chez « Marc Vanguard » à un rapport de moins de 1 à 2 dans la réalité sonnante et trébuchante des euros. Et l’écart entre les prestations sociales reçues par les non-immigrés et la moyenne pour l’ensemble de la population n’est que de 100 euros par an, 4 % de différence. Or ce sont bien les euros et non les % du revenu qui comptent en la matière, tant pour les dépenses publiques que dans la poche des citoyens.

Mais, une fois encore, ce n’est pas la seule ni même la principale manipulation qui se cache derrière ce graphe. Malgré l’intitulé trompeur que lui a donné « Marc Vanguard », ce graphe ne tient pas compte en effet de la principale prestation sociale que reçoivent les personnes présentes sur le territoire national : les retraites. Elles pèsent pourtant à elles seules 13,5 % du PIB, presque la moitié des dépenses sociales.

Si on refait le graphe de « Marc Vanguard » en y intégrant cette fois cette prestation sociale essentielle, on obtient, toujours en % des revenus, le graphe ci-dessus. Les écarts entre immigrés et non immigrés ont purement et simplement disparu et l’impact des immigrés sur le résultat de l’ensemble de la population est devenu totalement nul. Pourquoi ? Parce que si les immigrés, plus jeunes que la moyenne, ont souvent en effet plus d’enfants à leur charge que les non-immigrés, et touchent donc plus d’allocations familiales, ils perçoivent en revanche nettement moins de retraites. Un immigré d’origine africaine touchait ainsi en 2021 en moyenne 2 270 euros de retraite par an selon l’Insee contre 6 610 euros pour un non-immigré, trois fois plus. A condition qu’on ne les oblige pas à travailler au noir pour survivre en leur refusant des papiers, les immigrés africains cotisent de plus plein pot pour financer ces retraites des « Français de souche ».

Si on corrige là aussi le type de graphe trompeur choisi par « Marc Vanguard » exprimé en % des revenus pour le remplacer par un graphe en euros reçus par an et par personne (graphe ci-dessus), on se rend compte cette fois que les immigrés d’origine africaine perçoivent en réalité nettement moins d’argent de la protection sociale - 2 500 euros de moins par an et par personne en moyenne - que les non-immigrés.

Grâce à ces économies importantes faites sur le dos des immigrés africains, les dépenses de protection sociale baissent de 8 910 euros par an et par personne pour les non-immigrés à 8 740 euros pour l’ensemble de la population. Exactement l’inverse de ce que « Marc Vanguard » voulait essayer de nous faire croire en manipulant les chiffres de l’Insee…

Et encore ces données ne tiennent pas compte de l’autre poids lourd de la protection sociale que sont les dépenses de santé, 12 % du PIB. Elles vont surtout aux personnes les plus âgées, et donc principalement à d’autres que les immigrés africains plus jeunes que la moyenne. Mais les données de l’Insee ne permettent pas de décompte précis à ce sujet.

Bref, contrairement à ce que prétendent « Marc Vanguard » et ses nombreux collègues d’extrême droite (ainsi que celles et ceux qui relaient sans relâche leur propagande), la protection sociale française est loin de profiter en priorité aux immigrés d’origine africaine. Ils sont au contraire plutôt défavorisés sur ce plan.

Celles et ceux qui veulent contrôler et refaire les calculs trouveront les données utilisées ici .

Texte extrait depuis l'article original sur nouvelobs.com. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur nouvelobs.com.

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