Quand l'institut Odoxa interroge, début 2026, plus de douze mille Français sur ce qui les préoccupe le plus, c'est le pouvoir d'achat qui arrive en tête : 37% le citent spontanément comme inquiétude personnelle, et jusqu'à 48% comme priorité pour le pays. Derrière, la sécurité, autour de 29%. Et l'immigration ? Elle remonte fort quand on parle du pays... jusqu'à 35%… mais elle s'effondre dès qu'on demande aux gens ce qui les touche, eux, dans leur vie quotidienne.
Le détail qui dit tout : cette angoisse du pouvoir d'achat est la plus forte précisément chez les jeunes, les classes populaires, et les électorats du Rassemblement national et de La France insoumise.
Et pourtant dans les prises de parole politique, ce n'est pas la fin du mois qui occupe le terrain, c'est l'immigration.
Quand à la mi-avril 2026, en Espagne, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez lance un vaste plan de régularisation : près de 500 000 sans-papiers, expliquant que « sans de nouvelles personnes qui travaillent et cotisent, notre prospérité s'arrête ».
Bruno Retailleau, patron des Républicains et candidat à 2027 , répond qu’il veut mettre l'Espagne « au ban des nations européennes » et rétablir les contrôles dans les Pyrénées.
Et en quelques semaines, c'est un emballement. Le 24 mai 2026, dans le Journal du Dimanche, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, ancien de l'Intérieur, propose carrément un moratoire de trois ans sur l'immigration légale, des quotas inscrits dans la loi fondamentale, et lâche : « il faudra changer la Constitution ». Le 26 mai sur France Inter, Gabriel Attal, qui vient à peine de déclarer sa candidature, reprend la formule : « il faut que la France accueille moins pour accueillir mieux », priorité à l'immigration de travail, durcissement du regroupement familial. Et c'est peut-être le plus spectaculaire, à gauche, fin avril sur France 2, François Ruffin, l'homme du Nouveau Front populaire, se déclare « hostile à l'immigration de travail ».
Alors voilà la question de ce débat, simple et un peu dérangeante : l'immigration est-elle vraiment la préoccupation des Français ? Ou est-elle devenue le terrain sur lequel toute la classe politique a décidé de livrer bataille, à un an de la présidentielle, presque indépendamment de ce que vivent les gens ?
- Jean-Philippe Dubrulle, directeur des études politiques chez Tolunia Harris
- Yves Sintomer, professeur de Science politique à l’Université Paris-8
- Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique, président de MCBG Conseil.
