Le parquet de Paris a ouvert en début de semaine une enquête "visant à rechercher si la campagne de certains candidats LFI aux élections municipales avait pu être ciblée par une opération dans l’intérêt d’un Etat tiers".
La campagne de La France insoumise pour les municipales a-t-elle été visée par des opérations d'ingérences étrangères ? Début mars, des affiches ornées d'un mystérieux QR code ont fleuri dans Marseille. Les curieux qui l'ont scanné tombent sur "Le blog de Sophie" . Une bannière "#Balance ton porc" et une caricature du candidat insoumis à la mairie de Marseille, Sébastien Delogu, trône en haut de la page web. La personne derrière le site se présente comme une ancienne collaboratrice de l'homme politique et affirme avoir subi des violences et du harcèlement de sa part. Sophie semble encore choquée : "Même aujourd'hui, en écrivant ces mots, mes mains tremblent." Sauf que Sophie n'existe pas.
Le 9 mars, Le Monde a révélé que ce blog, accompagné de plusieurs comptes sur les réseaux sociaux qui le relaient activement, fait partie d'une opération de déstabilisation plus large qui vise trois candidats du parti de Jean-Luc Mélenchon. Cette campagne de dénigrement est celle de trop pour Sébastien Delogu. "Imaginez, vous vous réveillez un matin, vous allez vers votre lieu de travail, et d'un coup, vous voyez un panneau avec votre nom où il est indiqué que vous êtes accusé de viols... Je ne saurais vous décrire l'effroi qui m'a envahi à ce moment-là" , a déclaré le député insoumis en conférence de presse le 20 mai.
L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) a été la première à alerter sur des faits de campagne en ligne inquiétants. L'autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense a prévenu les cadres de La France insoumise que des données personnelles ainsi que des captures d'écrans montées de toutes pièces visant David Guiraud, le maire élu de Roubaix, circulaient sur un forum populaire de hackers. L'Anssi n'a pas souhaité s'exprimer sur ces alertes et les éventuelles investigations menées pour remonter à l'origine de ces attaques. Toutefois, quelques jours plus tôt, l'agence avait déjà alerté une première fois le parti, cette fois-ci concernant des données personnelles de Sébastien Delogu et du candidat toulousain François Piquemal.
Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, n'a pas confirmé de lien entre les deux affaires, mais ces mêmes candidats se sont rapidement retrouvés au cœur des notes du réseau de coordination et de protection des élections (RCPE). Ce réseau, composé de plusieurs administrations et instances indépendantes (l'Arcom, la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, le secrétariat général du gouvernement, le ministère de l'Intérieur, Viginum) est chargé d'évaluer la menace d'ingérences numériques étrangères.
Dans son rapport du 10 mars, le réseau a annoncé avoir repéré "plusieurs sites et comptes sur les réseaux sociaux, qui présentent des caractéristiques d'inauthenticité – notamment des photos générées par intelligence artificielle et des dates de création communes" . Ces attaques ciblent "un parti politique français, et plus spécifiquement certains de ses candidats aux élections municipales de Marseille et de Toulouse" . Il s'agit de Sébastien Delogu et François Piquemal. "D'autres pages Facebook, rattachées au même écosystème et ciblant cette fois-ci un candidat à la mairie de Roubaix" , en l'occurrence David Guiraud, ont été signalées le 19 mars.
D'après les informations de franceinfo, le mode opératoire utilisé pour cibler ces candidats est inédit. Un membre du RCPE reconnaît que "l'opération qui a visé trois candidats de La France insoumise a été la plus brutale dans la qualité" . Si les autorités se refusaient à communiquer sur l'origine des attaques dans les semaines qui ont suivi les municipales, une enquête de Libération et du média israélien Haaretz publiée le 14 mai est venue éclaircir des zones d'ombre. Leur travail a permis de remonter jusqu'à BlackCore, une société israélienne qui se décrit elle-même sur son site comme étant "spécialisée dans l'influence, le cyber et les technologies, conçue pour l'ère moderne de la guerre de l'information" . Derrière cette mystérieuse société, Libération en a identifié deux autres, basées à Tel-Aviv.
Soupçons d'ingérences venues d'Israël : enquête sur la tentative de déstabilisation qui aurait visé des candidats LFI aux municipales
