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gouvernementvia Sud Ouest··5 min de lecture

Jean-Noël Barrot face aux chefs d’entreprise du Sud-Ouest : « Les guerres commerciales ne font que des perdants »

Personnalités citées :Jean-Noël BarrotPhilippe TapieJulien MayeuxLaure LechertierThomas MétivierNicolas Leroy-Fleurio
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Le contexte

Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a rencontré des chefs d'entreprise du Sud-Ouest pour discuter des impacts des crises internationales sur l'économie française. Les échanges portent sur les défis liés aux guerres commerciales et à la nécessité de protéger les spécificités françaises dans un contexte de mondialisation.

Ce qu'il faut retenir

Jean-Noël Barrot a souligné que les guerres commerciales entraînent des perdants et que la France doit se préparer à des changements structurels pour éviter de subir les conséquences de conflits extérieurs. Il a évoqué l'importance des accords commerciaux pour protéger les appellations viticoles françaises et a mis en avant le rôle du jeu vidéo comme outil de soft power. Les dirigeants d'entreprises ont exprimé leurs préoccupations concernant la concurrence déloyale et la nécessité d'une souveraineté économique renforcée.

Ce que ça change

Les discussions mettent en lumière la nécessité pour la France de renforcer sa position dans le commerce international tout en protégeant ses intérêts nationaux. Les entreprises françaises doivent s'adapter aux nouvelles réalités économiques et politiques, ce qui pourrait influencer les futures politiques gouvernementales en matière de commerce et d'économie.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, a échangé, ce lundi 8 juin dans les locaux du journal « Sud Ouest », avec six dirigeants de grandes entreprises de la région spécialisées dans le textile, le vin, les jeux vidéo, les médicaments, le e-commerce et la cybersécurité. Entretien

L aurent Marti, président de l’Union Bordeaux-Bègles et PDG de Kariban (textile). Face aux crises actuelles , les compagnies maritimes montent excessivement leurs prix. Quand un conteneur passe de 2 000 à 15 000 dollars, on le retrouve dans nos produits. Comment décorréler ces problèmes de transport de ces soubresauts ?

Ce qu’il se passe au-delà de nos frontières a des conséquences très concrètes sur nos vies. Le blocage du détroit d’Ormuz a d’abord eu un effet sur le prix des carburants à la pompe, effet auquel le gouvernement a apporté une réponse avec des aides aux secteurs directement impactés et avec des mesures ciblées pour les aides à domicile, les gros rouleurs, les taxis. Le transport de marchandises est aussi touché. À très court terme...

Ce qu’il se passe au-delà de nos frontières a des conséquences très concrètes sur nos vies. Le blocage du détroit d’Ormuz a d’abord eu un effet sur le prix des carburants à la pompe, effet auquel le gouvernement a apporté une réponse avec des aides aux secteurs directement impactés et avec des mesures ciblées pour les aides à domicile, les gros rouleurs, les taxis. Le transport de marchandises est aussi touché. À très court terme, nous poussons les parties principales de ce conflit à conclure rapidement un accord. Nous sommes les premiers à échanger avec toutes les parties.

Dans le même temps, nous nous sommes donné les moyens de préparer les conditions d’une reprise rapide du trafic maritime. À l’initiative du président de la République et du Premier ministre britannique, on a réuni une cinquantaine de pays pour qu’une mission internationale, défensive et indépendante puisse se déployer très vite. Mais, à plus long terme, l’objectif est bien de se défaire de nos dépendances aux hydrocarbures. Et le transport maritime doit avancer dans sa décarbonation. Il faut dès aujourd’hui prendre des décisions structurelles qui nous permettront d’éviter de payer le prix de guerres qui ne sont pas les nôtres.

Philippe Tapie, président de Bordeaux Négoce. Les accords de libre-échange sont essentiels, mais comment maintenir nos spécificités, comme la protection de nos appellations viticoles ?

Les vins et spiritueux sont une fierté. Ils contribuent à redresser notre balance commerciale. C’est un atout majeur, et c’est une des raisons pour lesquelles nos compétiteurs l’ont identifié. Nous nous sommes mobilisés pour soutenir les producteurs de cognac et d’armagnac qui étaient sous la menace de droits considérables par la Chine. Et la mobilisation se poursuit.

Je le dis : les accords commerciaux sont importants. Celui avec l’Inde va permettre une réduction de droits de douane qui étaient très élevés pour les vins français. Cet accord, comme celui que nous sommes en train de conclure avec l’Australie, offre de nouvelles opportunités. Au sein de ces accords, nous sommes vigilants à ce que les appellations puissent être protégées. Une majorité de pays reste attachée à des logiques de coopération et de réciprocité. Les guerres commerciales ne font que des perdants.

Julien Mayeux, directeur général d’Ubisoft. Le jeu vidéo est un outil de soft power. Comment aborder la bataille des récits qui attend les acteurs culturels ?

Le jeu vidéo est une manière de diffuser l’influence française et européenne. Mais, en effet, il se joue, là aussi, une bataille des récits. Nos compétiteurs sont parfois tentés de diffuser un discours négatif sur la France et l’Europe, affirmant que nous déclinons. C’est pourquoi il nous faut développer des récits à destination du reste du monde. Des récits qui montrent qu’on vit ici plus longtemps et en meilleure santé qu’aux États-Unis ou en Chine. Notre mode de vie, la liberté et la démocratie sont enviés par beaucoup de pays.

Laure Lechertier, directrice de l’accès au marché chez Upsa. En janvier 2027, Upsa prévoit de produire le premier paracétamol tricolore, mais on souhaiterait avoir une augmentation de prix de 11 centimes pour justement permettre d’absorber le coût d’un approvisionnement français…

Je ne peux pas m’exprimer à la place de la ministre de la Santé, mais la souveraineté est possible, comme vous le démontrez. Et, oui, elle a un prix. Il est évident qu’en rapatriant l’ensemble d’une production stratégique dans notre pays, on ne parviendra pas à obtenir des prix aussi bas qu’en s’approvisionnant dans le monde entier. Il me semble que le développement de votre entreprise à l’international, dans des pays où les prix peuvent être plus élevés, est de nature à permettre à l’entreprise de faire financer par l’extérieur une partie de ses choix courageux. Il me paraît essentiel qu’une préférence européenne en matière de santé soit véritablement appliquée pour récompenser ceux qui font le choix de produire en Europe.

Thomas Métivier, PDG de Cdiscount. Face aux nouveaux entrants chinois de l’e-commerce, on craint que les réglementations, comme la taxe sur les petits colis, manquent leur cible. Comment faire ?

Nous sommes en train de transformer la direction de la diplomatie économique en direction de la souveraineté économique pour être en mesure de défendre nos intérêts de manière très offensive lorsqu’ils sont en jeu, et pour être en capacité de tenir notre frontière contre la concurrence déloyale et la contrefaçon. La taxe sur les petits colis va s’européaniser. Elle contribuera à ralentir les effets délétères de ces plateformes. Ensuite, je suis favorable à ce que l’on concentre les contrôles de douane sur les produits qui rentrent sur le territoire national plutôt que sur ceux qui sont déjà dans les entrepôts des entreprises françaises.

Nicolas Leroy-Fleurio, PDG de Cheops Technology (infrastructures informatiques, du cloud et de la cybersécurité). Comment redonner à la jeunesse le goût du travail ?

Le monde s’est durci. Il appelle des choix créateurs et parfois difficiles. Le poids de la technocratie, la folie bureaucratique et l’hypercentralisation des responsabilités dans notre pays infantilisent les Français. Il y a donc là une réorganisation profonde des responsabilités à envisager, notamment en les rapprochant du terrain. Vous dites que la jeunesse perd le goût du travail. Est-ce bien étonnant dans un pays où il est désormais presque impossible de corriger les inégalités de la naissance par son travail ? Si nous n’y prenons garde, le pacte entre les générations va se déchirer.

Le général de Gaulle disait que le seul moyen de compenser les ferments de division d’un pays aussi divers que la France, c’est au travers d’aventures collectives. Ces questions devront être tranchées par la présidentielle. Or, elles ne sont pas prises suffisamment au sérieux par les candidats qui, à ce jour, sont déclarés. Pour l’heure, ce débat me semble surtout confisqué par des formations politiques à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Elles ont leurs propres obsessions, mais, à mes yeux, ce sont elles, les nouveaux conservateurs : leur but est de pérenniser un système.

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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