Des élections influencées ? La campagne d’ingérence ayant visé des candidats LFI lors des municipales de mars a été opérée depuis Israël, a confirmé une source informée du dossier à l’AFP, jeudi 14 mai, faisant suite à une enquête publiée par les quotidiens français Libération et israélien Haaretz . Les deux médias évoquent notamment le rôle actif de deux entreprises basées dans le pays du Moyen-Orient.
Cette opération, dévoilée le 10 mars dernier, mettait en œuvre plusieurs sites et comptes présentant des « caractéristiques d’inauthenticité » , notamment des « photos générées par intelligence artificielle et des dates de création communes » , avait annoncé Viginum, le service chargé de lutter contre ces manipulations en ligne, qui assurait toutefois qu’elle n’avait eu qu’une « faible visibilité » sur les réseaux.
À l’époque, les cadres de La France insoumise avaient dénoncé une opération de déstabilisation propre à « les traîner dans la boue. » « Nous demandons au gouvernement une loi permettant de combattre les ingérences étrangères » , avait par exemple réclamé Jean-Luc Mélenchon sur X, affirmant que « les services de renseignement de notre pays soupçonnent l’entreprise israélienne BlackCore ».
Les services français ont effectivement mis en lumière le rôle d’une entité liée à des intérêts israéliens nommée « BlackCore » , mais qui n’est que « la porte d’entrée d’une entreprise beaucoup plus complexe » , a indiqué à l’AFP une source informée du dossier.
Selon cette source, la campagne de manipulation, qui a notamment visé François Piquemal à Toulouse ou Sébastien Delogu à Marseille, provient donc bien d’Israël. Mais le caractère étatique ou non de cette ingérence visant le mouvement français de gauche radicale, très critique à l’égard de la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahu à l’encontre des Palestiniens et dans la bande de Gaza, n’est pas établi.
Selon Libération et Haaretz , BlackCore, dont le site Internet est désormais hors ligne, se prévaut de 15 ans d’expérience mais son nom de domaine n’a été enregistré qu’en août 2025. L’entité, qui ne figure pas dans le registre israélien des entreprises, se présente comme une « entreprise d’élite spécialisée dans l’influence, le cyber et les technologies, conçue pour l’ère moderne de la guerre de l’information » , selon le quotidien français.
Dans sa longue enquête, Libération explique avoir étudié avec Haaretz les sous-domaines Internet liés à BlackCore. Ceux-ci renvoient vers deux entreprises israéliennes, Galacticos Ltd. et SNI Digital, qui ont toutes les deux pour directeur le même homme, Doron Afik. Celui-ci a de son côté démenti toute « affiliation » ou « partenariat » avec « une entité nommée BlackCore. »
Fin mars, le député François Piquemal avait annoncé déposer un recours en annulation de la municipale à Toulouse (qu’il a finalement perdue face au sortant Jean-Luc Moudenc), en lien avec ces ingérences étrangères. Ses avocats dénonçaient « la création de faux sites Internet et de faux comptes sur les réseaux sociaux en particulier (...) ayant pour objet d’altérer l’information des citoyens et donc de peser sur le résultat des élections ».
