Sévère mais honnête, la BBC pose un constat lapidaire . “Dans le système électoral français, si particulier, tout le monde sait que la présence d’un trop grand nombre de candidats au premier tour de l’élection présidentielle équivaut à un suicide politique.” Dans un scrutin à deux tours, où seuls deux des compétiteurs touchent au graal du second tour, “si plusieurs candidats se disputent la même part de l’électorat, les voix se dispersent”, prévient le média britannique. Et au rythme actuel, la France se dirige tout droit vers cette configuration.
Entre candidats déjà déclarés, ceux dont on attend juste qu’ils officialisent, et ceux probables ou simplement possibles, certains médias estiment à trente ou plus le nombre de femmes et d’hommes susceptibles de se présenter sur la ligne de départ pour le poste présidentiel. Une abondance qui favoriserait principalement un camp politique : celui de l’extrême droite, où le Rassemblement national fait figure de force archidominante.
D’ores et déjà en tête des sondages pour le premier tour, le parti, qui se présentera avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella comme candidat, pourrait profiter du morcellement des voix entre de très nombreux présidentiables dans les autres partis pour s’assurer une première place facile lors du premier tour. Mais surtout, avant même le vote, le RN pourrait consolider sa position en profitant de la confusion qui règne en ce moment dans les autres camps.
“Les socialistes et leurs alliés sont plus divisés que jamais quant au choix du ou des candidats, et à ce stade, Il est tout à fait possible que quatre ou cinq noms se retrouvent sur le bulletin de vote”, note par exemple la BBC au sujet du centre gauche. The Guardian, lui, tourne son regard plus vers le centre , mais le constat reste le même. “ Gabriel Attal a des rivaux dans ce camp, comme le maire du Havre de droite modérée, Édouard Philippe, ou le ministre de la Justice, Gérald Darmanin”, ce dernier n’ayant néanmoins pas encore officialisé sa candidature pour le moment. En continuant ce tour d’horizon du spectre politique français, le quotidien progressiste observe “un chaos similaire, sinon pire, dans un centre droit fracturé où trois candidats se sont déjà déclarés”. Il s’agit de Xavier Bertrand, de Bruno Retailleau et de David Lisnard. Et ce trio pourrait bientôt devenir un quatuor avec un Dominique de Villepin pressenti pour franchir le pas à son tour.
Dans un tel contexte global, “qu’est ce qui pourrait bien mal tourner ?” ironise le journal londonien, qui estime que “si le centre et le centre droit ne parviennent pas à s’entendre sur un candidat commun, les chances que Le Pen ou Bardella remportent la présidentielle s’envolent”. “L’enjeu ne pourrait guère être plus important”, tranche donc le Guardian, qui tient tout de même à rassurer ses lecteurs en rappelant que “la plupart des analystes sont convaincus que le nombre de candidats se réduira d’ici à l’automne”.
Enfin, le média britannique enchaîne sur une citation d’Alexis de Tocqueville datant de 1856, qu’il trouve appropriée pour la situation actuelle. “La France, la plus brillante et la plus dangereuse des nations de l’Europe, et la mieux faite pour y devenir tour à tour un objet d’admiration, de haine, de pitié, de terreur, mais jamais d’indifférence.” Avant de reprendre la parole et de conclure : “En espérant que, l’été prochain, le sentiment en question soit l’admiration.”
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