En décalage. Alors que le Parlement se déchire toujours sur la loi « fin de vie » , une promesse phare d’ Emmanuel Macron pour son second mandat, les Français continuent de se dire très favorable à la création d’un droit à mourir sous certaines conditions. C’est le principal enseignement d’un sondage réalisé ces derniers jours par YouGov pour Le HuffPost , et que nous dévoilons ce lundi 8 juin.
Dans cette enquête menée au moment où députés et sénateurs actaient leurs désaccords sur le texte en débat, 75 % des Français se disent favorables à ce droit à mourir, tel qu’il est inscrit dans la proposition. Soit les trois quarts de la population. À l’inverse, seules 16 % des personnes interrogées affirment y être opposées. Un plébiscite qui parcourt toutes les tendances politiques, des électeurs proches du camp présidentiel (les plus enthousiastes avec 86 % de soutien) aux sympathisants du Rassemblement national (71 %).
Plus significatif encore, les discussions, enlisées après des années de débats parlementaires nés déjà d’ une convention citoyenne dédiée à ce sujet, n’ont pas rebuté la population. Bien au contraire. Si 59 % des Français affirment que leur conviction sur le sujet n’a pas changé, 23 % expliquent qu’elle est « devenue plus favorable » à l’idée d’un droit à mourir.
De quoi confirmer l’exécutif dans sa stratégie ? Malgré l’échec des députés et sénateurs dans leur Commission mixte paritaire censé leur permettre de s’accorder, mardi 2 juin, le gouvernement a commencé à esquisser un chemin pour une adoption du texte d’ici l’été. Ce n’est pas l’option du référendum, évoqué par le chef de l’État à plusieurs reprises et plébiscitée par 75 % des Français dans notre sondage, qui est retenue. Mais bien celle d’un retour au Parlement, pour un nouvel épisode. Le dernier ?
« Nous convoquerons le texte la semaine du 22 juin à l’Assemblée nationale », a expliqué le ministre chargé des Relations avec le Parlement Laurent Panifous la semaine dernière sur Sud radio, confirmant que le projet « repartirait quelques jours » pour « un ultime aller-retour au Sénat » , avant de donner « le dernier mot aux députés le 15 juillet. » Une sorte de couperet permis au gouvernement en cas de blocage durable au Parlement.
Ce qui est le cas aujourd’hui. Démarrée il y a plus de trois ans via une convention citoyenne demandée par le président de la République, la réflexion autour de la fin de vie s’est progressivement enlisée. Une première tentative, par un projet de loi gouvernemental, a été interrompue par la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024. L’instabilité politique a alors mis la réforme entre parenthèses durant de longs mois.
Début 2025, à son arrivée comme Premier ministre, François Bayrou a obtenu une scission de la réforme en deux propositions de loi d’initiative parlementaire. Le premier texte, bien plus consensuel, renforce l’accès aux soins palliatifs. Il a été définitivement adopté au mois de mai dernier, puis promulgué dans la foulée, après un ultime vote des sénateurs.
Le second, qui crée un droit à l’aide à mourir, est hautement plus sensible, car il autorise une procédure encadrée de suicide assisté et d’euthanasie, même si ces mots ne figurent pas explicitement dans le projet. Par deux fois, l’Assemblée nationale l’a adopté dans des rédactions très similaires, à une confortable majorité. Le Sénat, lui, l’a rejeté à plusieurs reprises , au terme de débats très chaotiques. Il semble désormais ne plus avoir la main sur ce qui correspond à un souhait profond des Français.
L’enquête a été réalisée sur 1002 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, sur le panel propriétaire YouGov France du 1 au 3 juin 2026.
