Malgré toutes les promesses de Sébastien Lecornu, qui s’était engagé à « sanctuariser » de nombreux budgets, le gouvernement se prépare bien à sortir le sécateur. Se rangeant derrière le coût exorbitant des conséquences de la guerre au Moyen-Orient, Bercy prévoit de couper au moins 6 milliards d’euros au total (2 milliards sur la Sécurité sociale et 4 milliards sur le budget de l’État). Avec des effets très concrets sur des secteurs aussi essentiels que l’écologie, l’emploi ou la police.
Ainsi, comme le souligne Le Monde , le ministère de la Justice est l’un des plus lourdement touchés par le gel annoncé de crédits. Sur les 2,9 milliards d’euros « d’autorisations d’engagement » (c’est-à-dire les dépenses que l’État peut engager, et qui peuvent s’échelonner sur plusieurs années) gelés au niveau gouvernemental, 414 millions d’euros visent le ministère de Gérald Darmanin, dont 370 millions d’euros pour la seule administration pénitentiaire.
Conséquence : un ralentissement de la création des 15 000 places de prison (une mesure destinée à lutter contre la surpopulation carcérale ) est envisagé. La France est pourtant l’un des pires pays en Europe en la matière, avec un taux de suroccupation à 140 % et un nombre inédit de détenus recensés au 1er mai 2026.
Dans l’entourage du Garde des Sceaux, on se réjouit de n’être visé que par des gels de crédits, qui peuvent être annulés en cas d’amélioration de la situation économique. Il ne s’agit pas, contrairement à d’autres ministères, d’annulations pures et simples. Mais une embellie est hautement improbable à ce stade.
Autre ministère ciblé par les baisses de crédit : celui de l’Intérieur. De manière assez surprenante compte tenu des différentes déclarations et prises de position du Premier ministre, mobilisé par exemple dans la lutte contre les narcotrafics , les « autorisations d’engagement » à disposition de Beauvau diminuent de presque 600 millions d’euros (-6 %), avec en particulier un coup de canif dans le budget de la police nationale (-237 millions) et dans celui des politiques d’asile et d’immigration (-111 millions).
Le ministère du Travail est lui aussi touché : « l’accès et le retour à l’emploi » est amputé de 263 millions d’euros (-3,9 %) et la formation professionnelle de 123 millions d’euros (-1,1 %). Ce qui provoque la colère de l’organisation patronale U2P, qui dénonce les effets sur l’apprentissage.
Comme à chaque fois qu’il a fallu trouver des économies ces derniers temps, l’écologie est aussi amenée à trinquer, avec 275 millions d’euros de crédits annulés ou gelés. Bercy ne détaille pas les projets qui tomberont à l’eau (il reviendra aux ministères concernés de faire les arbitrages précis) mais deux outils majeurs devraient à coup sûr être rabotés : le Fonds vert et les aides MaPrimeRénov’.
Le premier a été lancé en 2023 par Emmanuel Macron pour aider les collectivités (notamment les communes) à financer les travaux d’adaptation au dérèglement climatique. Ses « autorisations d’engagement » sont amputées de 163 millions d’euros (-20 % du budget initial). De quoi sérieusement fragiliser les projets de rénovation thermique des écoles, rendus pourtant nécessaires par la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, comme la vague de chaleur précoce qui s’est abattue sur la France la semaine dernière.
Quant aux aides MaPrimeRenov’, gérées par l’Agence nationale de l’habitat, ses « autorisations d’engagement » diminuent de presque 300 millions d’euros (-16 % du budget initial).
Ces coupes budgétaires sont largement dénoncées par la gauche, et notamment La France insoumise. Le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale Éric Coquerel s’agace dans un communiqué : « Si les crédits gelés sont annulés en fin d’exercice comme je le soupçonne, les coupes pourraient atteindre 25 % pour France 2030, plus de 18 % pour le sport, la jeunesse et la vie associative, 42 % en autorisations d’engagement et 10 % en crédits de paiement pour le Fonds vert, 8,7 % pour la culture, 7,5 % pour l’agriculture… ».
« À ce niveau d’incompétence et d’obstination dans la mauvaise direction, c’est du climatonégationnisme » , fustige aussi la patronne des Écologistes Marine Tondelier au sujet des coupes dans le budget de l’écologie.
À droite, l’ambiance est tout autre puisque selon Le Monde , « certains jugent au contraire que Sébastien Lecornu n’en fait pas assez et l’incitent à tailler davantage dans les dépenses publiques » . Les débats budgétaires à l’automne promettent d’être animés.
