Un large et diversifié mouvement commence à prendre de l’élan contre les idées racistes, xénophobes, masculinistes et identitaires de l’extrême droite. Il conteste la prise de contrôle de Bolloré, De Villiers et Stérin sur la création, l’histoire, l’écriture, la culture. Il s’oppose à leur stratégie trumpiste de désintégration du droit social, environnemental et humain.
D’une même impulsion, il exhorte à l’union citoyenne, populaire et progressiste, seul rempart assez haut pour empêcher la venue de cette dangereuse extrême droite au pouvoir dans un an.
Ce mouvement constitué de syndicats, d’associations dont la valeureuse Ligue des droits de l’homme, de plusieurs journaux et médias, d’écrivains, de militants du droit et de la justice, est l’honneur de la république démocratique et sociale. Le succès retentissant du numéro spécial commun à l’Humanité, Les Inrocks, StreetPress, Basta, appelant à « faire front » dit le nombre grandissant de celles et de ceux qui recherchent informations, idées, arguments pour résister et battre l’extrême droite.
Des médias comme Mediapart, Libération, Reporterre, Le 1, Regards et bien d’autres encore, de nombreux documentaires et de magazines télévisés agissent en donnant des armes intellectuelles pour éclairer les faits, combattre les mensonges, débusquer la nature des candidats RN/FN, nommer les biais et désigner les confusionnismes. Des dizaines de livres documentent désormais la nature des extrêmes droites contemporaines et des poussées fascisantes, rappellent l’histoire des fascismes ou les connivences entre l’extrême droite et les puissances d’argent, ou encore son antisémitisme congénital.
Ainsi s’organise une résistance, un refus salutaire de la collaboration. De ce point de vue, l’action des autrices et auteurs refusant les oukases de Bolloré dans l’édition, celles des actrices et acteurs refusant la mise au pas du cinéma et les listes noires menaçant celles et ceux qui osent contester la mainmise du même Bolloré sur la production et la diffusion cinématographiques, rejoint des centaines d’actions citoyennes contre la culture de la haine et du rejet de l’autre, celles des 42 associations réunies pour initier et valoriser le projet « 1001 territoires pour la fraternité », celles des syndicats alertant les salariés sur les menaces que ferait peser sur eux l’extrême droite au pouvoir.
À un an des élections présidentielles, alors que les enquêtes d’opinion confirment largement les résultats des élections européennes, les enjeux sont de taille.
Les dominants mettent leur fortune au service de la nauséabonde idéologie des extrêmes droites, soutiens désormais intégrés à une internationale fascisante à partir d’un écheveau de laboratoires d’idées, de personnalités, de réseaux et de médias directement reliés au trumpisme.
À la différence des années 2002 ou 2017, le travail de conquête des esprits et de l’opinion est considéré par des fractions de la bourgeoisie ralliée au RN/FN comme un préalable à la prise du pouvoir. Elle s’appuie sur les souffrances populaires, la désindustrialisation et les désertifications rurales dont cette même bourgeoisie est seule responsable. Pour cela, les repères sociaux et démocratiques sont renversés. Les regards sur les écrasantes responsabilités du système capitaliste dans les malheurs humains sont en permanence détournés vers « l’autre ». L’autre, humain près de chez soi ou d’ailleurs, blessé par les aléas de la vie, par la précarité ou le chômage, ou quand il est contraint de fuir guerres, misères, persécutions et modifications climatiques.
Dans une telle situation, celles et ceux qui résistent et luttent courageusement contre la coulée brune ne peuvent comprendre que les forces progressistes et écologistes n’aient comme seule urgente préoccupation que de candidater au trône de la monarchie présidentielle. Ce présidentialisme qui enfante une crise politique et démocratique si profonde que le terrain s’ouvre aux forces de l’extrême droite pour faire sortir la démocratie, même la démocratie bourgeoise ou parlementaire, de nos principes d’organisation.
Déjà, une multitude de lois agissent comme ces pousses de chiendent dont on ne peut se défaire et qui attirent les parasites : loi immigration et l’empilement de lois sécuritaires qui, depuis 2017, contribuent à mettre la société au pas. Ainsi, le contrat d’engagement citoyen contenu dans la loi séparatisme de 2021 est déjà utilisé pour refuser ou retirer des subventions à des associations qui dérangent. Les procédures bâillons dont sont victimes des journaux, comme l’Humanité, visent à attaquer la liberté de la presse, la liberté d’association et les libertés syndicales. Le démembrement de la loi « climat et résilience » encourage le recul écologique alors que chacune et chacun touche du doigt les modifications climatiques. Le refus du pouvoir de faire adopter une loi pourtant prête contre la concentration des médias. Les lois agricoles dont l’objet est de favoriser une agriculture industrialisée contre les paysans travailleurs l’environnement et la santé. On pourrait allonger cette liste.
Désormais , il faut se garder de faire fausse route . Demain, il sera trop tard. On entend parfois développer cette saugrenue tactique politicienne consistant à acter définitivement la défaite du camp progressiste contre le candidat des extrêmes droites lors du second tour de l’élection présidentielle. Dans ces conditions, nous dit-on, il faut se préparer à rejouer les scénarios de 2002, 2012 et 2017 et miser sur l’un des anciens ministres de M. Macron. Ce raisonnement cantonne donc l’électorat de gauche et écologiste au rôle permanent de porteur d’eau aux candidats du système sans jamais ouvrir de perspectives transformatrices. Aider notre peuple à sortir des impasses exige de refuser les capitulations.
Tout autre serait une démarche impulsant le débat citoyen, une grande mobilisation possible si les millions de celles et ceux qui, dégoûtés, émettent un vote d’abstention, s’y joignaient. Ils sont des millions à pouvoir ainsi s’inscrire dans un projet progressiste, à condition d’avoir la garantie que leur parole sera respectée, prise en compte, et qu’ils puissent être les maîtres de la mise en œuvre d’une visée de transformation sociale, démocratique, écologiste, féministe et antiraciste.
C’est l’urgence , car le pire est masqué dans des brevets d’honorabilité républicaine. Ainsi, on trouve dans les replis poisseux du concept de « priorité nationale » — transmutation de celui de « préférence nationale » — une attaque en règle contre la République et le droit. Il s’agit du cœur de doctrine du RN/FN. Elle est codifiée dans plusieurs propositions de loi constitutionnelle : « le rétablissement de la maîtrise souveraine de la politique migratoire et la protection de la nationalité française », déposé en 2018. Celle intitulée « Citoyenneté, Identité, immigration », présentée en 2021 puis en 2024.
Elles proposent de modifier dix-huit articles de la Constitution et d’en rajouter sept, balayant tout le droit humain européen et international applicable dans notre pays : la constitutionnalisation du droit à la nationalité, la suppression du droit du sol et les discriminations des binationaux, la constitutionnalisation d’une « communauté nationale », le rétrécissement de la lutte contre les discriminations, la torsion de la laïcité et la défense des prétendues « racines chrétiennes de la France » .
Pour tordre ainsi la Constitution, le RN/FN fait de l’élection présidentielle la clé de voûte de cette « révolution nationale ».
Il compte utiliser l’article 11 de l’actuelle Constitution pour soumettre, au lendemain de l’élection présidentielle, à référendum ce coup d’État constitutionnel avec une loi qui n’aurait jamais été délibérée dans les assemblées parlementaires. On peut penser que la crise constitutionnelle qui s’ensuivra ouvrirait la voie au démantèlement du Conseil constitutionnel*. Il s’agit des mêmes choix que Trump et du président argentin, Milei.
De si graves propositions contrecarrant la République, et ouvrant le chemin, bordé de barbelés et de barreaux contre la démocratie, vers un pouvoir personnel et dictatorial, sont ensevelies sous la boue de la prétendue « dédiabolisation ».
Face à un tel péril fascisant, il est utile, il est nécessaire, il est indispensable de se placer aux côtés des multiples actions et initiatives qui se développent partout dans nos villes comme dans nos campagnes.
Cette résistance commence par la connaissance. Elle nécessite de susciter des débats pour aider les citoyennes et citoyens, travailleuses et travailleurs, à co-construire un nouveau projet pour leur vivre mieux et la justice, pour une démocratie réelle et pour la paix.
Cette effervescence doit trouver un prolongement politique. Il ne peut être fructueux qu’en faisant cheminer une union populaire de nouvelle qualité qui exigera que les forces de gauche ne tapissent pas la route vers le pouvoir à l’extrême droite en recherchant et décidant de candidats communs à l’élection présidentielle et aux élections législatives. La division serait une arme fatale aux mains des forces du grand capital.
C’est pied à pied, argument contre argument qu’il faut combattre l’extrême droite. Et c’est ce que nous faisons chaque jour dans l’Humanité.
Face aux attaques incessantes des racistes et des porteurs de haine : soutenez-nous ! Ensemble, faisons entendre une autre voix dans ce débat public toujours plus nauséabond. Je veux en savoir plus.
* « Si le peuple français choisit de changer sa Constitution, alors il le fera », déclaration de M. Le Pen, France Inter, 12 avril 2022.
