Il y a certes eu « des dysfonctionnements » du côté des services de la justice, mais il n’en est pas responsable. Ce lundi 8 juin, alors qu’il est mis sous pression par les révélations accablantes sur le profil du meurtrier présumé de Lyhanna , le garde des Sceaux Gérald Darmanin a exclu de démissionner, à ce stade en tout cas, estimant en substance avoir fait ce qui était de son ressort.
« J’ai parfois présenté ma démission au président de la République quand j’ai pensé que ma responsabilité était en cause. (...) J’ai pensé que cette défaillance ici était une défaillance qui ne tenait pas aux instructions que le ministère a données », a-t-il fait valoir lors d’une conférence de presse.
Le ministre a estimé que « la question de (sa) présence (au gouvernement) se poserait si (il) n’assumait pas (sa) responsabilité ». Ce qu’il estime avoir fait en présentant « des excuses au nom des institutions », en ayant commandé une inspection administrative et en convoquant les procureurs généraux de toute la France « pour leur rappeler un certain nombre de choses déjà demandées » .
Il s’est en parallèle dédouané de toute responsabilité directe, soulignant que « depuis 2013, le garde des Sceaux ne peut pas donner d’instructions individuelles aux parquets », ce qui signifie qu’il ne peut pas intervenir dans un cas particulier « parce que les magistrats sont indépendants et responsables de chacune de leur procédure. »
Le profil du principal suspect dans l’affaire Lyhanna a mis en lumière les lenteurs de la justice françaises. Alors qu’il était visé par plusieurs signalements et plaintes - dont une pour viol déposée en 2025 par la mère d’un mineur - l’homme n’a jamais été entendu par les autorités compétentes. Ces dysfonctionnements ont poussé une partie de la gauche à réclamer la démission de Gérald Darmanin, qui occupa également les fonctions de ministre de l’Intérieur avec parmi ses responsabilités la prise en charge des dépôts de plaintes.
Face à ces critiques, Gérald Darmanin a défendu son bilan place Vendôme, rappelant qu’il avait demandé à « prioriser » les dossiers pour violences faites aux femmes et aux enfants « neuf jours après son arrivée » . « Dans la première circulaire de politique pénale générale, j’ai évoqué le fait que j’avais 2 priorités : le narcotrafic (...) et les violences faites aux femmes et enfants. Ça veut donc dire que je demande d’écarter en priorité 2, 3 et 4, toutes les autres : les cambriolages, les vols à la tire, la diffamation, les questions d’escroquerie… », s’est défendu le ministre ce lundi. « Est-ce que j’ai fait mon travail de garde des Sceaux ? L’Inspection le dira. Le Parlement est là pour le contrôler. Les médias peuvent en faire une discussion. En tout cas, j’essaie de réformer le ministère de la Justice » , a-t-il poursuivi.
Comme Emmanuel Macron, le ministre de la Justice a récusé tout manque de moyen pour expliquer l’affaire de Lyhanna, alors qu’en mai 2025, le député de la circonscription avait alerté sur la dégradation des services au tribunal. « O n s’aperçoit que le processus est lent et que c’est plutôt cette lenteur » qui a été problématique, a estimé le garde des Sceaux. En dépit de la colère des magistrats, qui s’estiment lâchés par leur ministre de tutelle , le ministre s’est redit prêt à prendre des sanctions en cas de défaillances individuelles avérées à l’issue de l’inspection. Tout en disant « sa confiance » aux professionnels de la justice, mais aussi « l’extrême attente que nous avons collectivement à montrer que nous protégeons le plus possible tous les enfants de la République. »
