Voilà une nouveauté du règlement intérieur des Écologistes qui pourrait avoir de sérieuses répercussions politiques. Dimanche 14 juin, le conseil fédéral des Verts a approuvé un texte avec 69,6 % des voix qui permet d’exclure tout adhérent se présentant contre un candidat officiellement investi par le parti, ou soutenant un candidat extérieur.
A priori, rien d’anormal à suspendre quelqu’un qui ne respecte pas les décisions collectives. D’autres partis politiques le font aussi. Sauf qu’en creusant, on s’aperçoit que deux figures particulièrement connues sont en fait visées par le texte. D’un côté, Yannick Jadot, qui était présent au meeting de Raphaël Glucksmann le 13 juin à Aubervilliers, et de l’autre Sandrine Rousseau, dont la proximité avec les idées de Jean-Luc Mélenchon rend envisageable qu’elle se rallie à sa candidature.
Officiellement, les Verts sont encore engagés dans un processus de primaire à gauche pour 2027. Mais au sein du parti, beaucoup se rendent compte qu’elle n’aura pas lieu, du fait des atermoiements et autres revirements du Parti socialiste. Trois choix s’offrent dès lors aux Écologistes : une candidature autonome (celle de Marine Tondelier a priori), un soutien à Raphaël Glucksmann ou un ralliement à Jean-Luc Mélenchon.
Pour éviter un émiettement du parti, source de cacophonie et donc de potentielle explosion, la direction a donc décidé de sanctionner ceux qui ne respecteraient pas les décisions collégiales. Au moment de se rendre au meeting de Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot a ainsi été alerté par l’état-major du parti sur « le problème que pose cette participation » , qui ouvre « la porte en grand à toutes les dissidences » . Il y est quand même allé.
Sur Public Sénat ce mercredi 17 juin, celui qui fut candidat à la présidentielle de 2022 se justifie, expliquant que le patron de Place Publique a prononcé « un discours très ancré à gauche, très écologiste » . L’occasion aussi de réagir aux menaces d’exclusion qui le visent. « Je suis et je reste écologiste. Si la direction considère que c’est en faisant la purge de l’écologiste qui a fait le plus de voix à une élection présidentielle qu’elle y arrivera, elle se trompe » , s’agace Yannick Jadot, convaincu que le risque d’éviction qui pèse sur lui est avant tout une manœuvre de Marine Tondelier « pour masquer son impasse politique et stratégique » .
Elle aussi concernée, Sandrine Rousseau accuse pour sa part la direction des Verts « d’utiliser l’autorité idiote et la menace » , lui reprochant de « refuser de trancher une ligne » , de « débattre » et de « clarifier la stratégie ». « C’est très triste pour l’écologie » , écrit-elle sur les réseaux sociaux. Auprès du HuffPost , son entourage déplore que Marine Tondelier soit « experte en verrouillage » . « On est censé être le parti le plus démocratique et on est en train d’être plus centralisé que le PCF à la grande époque, c’est dire… »
La députée de Paris, connue pour son engagement féministe, explique au HuffPost « n’avoir connu que ce parti » . « J’ai construit ma vie avec les Écologistes, depuis mes années étudiantes, puis comme porte-parole et secrétaire nationale adjointe » , rappelle-t-elle. Sandrine Rousseau assure qu’elle vivrait « très mal » le fait d’être exclue.
« C’est une énorme bêtise , ajoute un cadre écolo au HuffPost , qui évoque en même temps le cas de Yannick Jadot. S’ils mettent dehors leur double candidat à l’élection présidentielle, ça leur causera beaucoup de tort ». Notre interlocuteur, qui a échangé récemment avec l’intéressé, affirme que cette épée de Damoclès « affecte » et « attriste » le sénateur. Un soutien de Sandrine Rousseau relève, non sans ironie, qu’elle est (avec Yannick Jadot) une des figures les plus populaires du parti. « Tondelier se tire une balle dans le pied… » , grince-t-il.
La direction, elle, défend une mesure initialement prise contre les dissidents aux municipales qui, par exemple à Montpellier, ont fait campagne contre le candidat officiellement investi par le parti, Jean-Louis Roumégas. « On souhaite que les décisions prises démocratiquement par le mouvement soient respectées. Un parti n’est pas une caserne, mais pas un self-service non plus » , affirme un proche de Marine Tondelier à l’AFP. La ligne de l’équilibriste, jusqu’au bout.
