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Michel-Edouard Leclerc : « La gauche ne parle plus de salaire, la droite sociale a disparu »

Personnalités citées :Michel-Edouard Leclerc
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Le contexte

Michel-Edouard Leclerc est le président de l'enseigne de distribution E.Leclerc. Il est reconnu pour ses réflexions sur l'économie et la société française. Le contexte économique actuel est marqué par l'inflation et des préoccupations croissantes concernant le pouvoir d'achat des Français.

Ce qu'il faut retenir

Lors d'une intervention au Festival Philosophia, Michel-Edouard Leclerc a abordé des thèmes tels que l'intelligence collective et l'impact de l'inflation sur le pouvoir d'achat. Il a critiqué le rapport sénatorial sur les marges de la distribution, le qualifiant de biaisé. Leclerc a également souligné que la gauche ne parle plus de salaire et que la droite sociale a disparu, appelant à une meilleure prise en compte des préoccupations des citoyens.

Ce que ça change

Les déclarations de Michel-Edouard Leclerc mettent en lumière un décalage entre les préoccupations des Français et le discours politique actuel. Son appel à une attention accrue sur le pouvoir d'achat pourrait influencer les débats politiques à venir, notamment en période électorale.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

À l’occasion de sa venue au Festival Philosophia (1), Michel-Edouard Leclerc, président de l’enseigne de distribution E.Leclerc, détaille le thème de sa participation : l’intelligence collective. Et évoque, sans filtre, l’inflation, le pouvoir d’achat et la polémique autour des marges des distributeurs

Vous avez un doctorat en sciences éco, mais vous avez aussi beaucoup étudié la philosophie… Au Festival Philosophia de Saint-Émilion , vous serez donc en terre connue…

Sciences éco, c’était pour mériter le statut à Paris, aux yeux de mes parents, mais en effet, je passais plus de temps en cours de philo. J’ai eu la chance, dans les années 70, d’avoir de très grands professeurs comme Michel Serres ou André Gorz. Alors oui, ma participation à Philosophia n’a rien d’un hasard… D’autant que j’aime cette région et j’y ai des attaches familiales fortes.

Vous intervenez sur le thème de l’intelligence collective. Comment trouve-t-elle sa place dans le modèle E.Leclerc ?

L’intelligence collective pour E.Leclerc, c...

Sciences éco, c’était pour mériter le statut à Paris, aux yeux de mes parents, mais en effet, je passais plus de temps en cours de philo. J’ai eu la chance, dans les années 70, d’avoir de très grands professeurs comme Michel Serres ou André Gorz. Alors oui, ma participation à Philosophia n’a rien d’un hasard… D’autant que j’aime cette région et j’y ai des attaches familiales fortes.

Vous intervenez sur le thème de l’intelligence collective. Comment trouve-t-elle sa place dans le modèle E.Leclerc ?

L’intelligence collective pour E.Leclerc, c’est un équilibre entre l’initiative entrepreneuriale individuelle et un projet collectivement partagé. C’est une philosophie que partagent aussi des groupements d’indépendants comme System U, Intermarché, Intersport, les coopératives agricoles, les mutuelles d’assurance par exemple. Quand mes parents ont voulu créer les centres Leclerc, ils ont constaté que généralement, les commerçants confondaient l’indépendance et l’individualisme. Mon père a pris comme modèle le système coopératif. E. Leclerc est une coopérative de commerçants… indépendants. Chacun œuvre pour son entreprise, son patrimoine, gère ses risques, ses engagements locaux, territoriaux… Mais on met en commun un maximum de moyens pour faire en sorte qu’1 + 1 = 3 et pas 2. Cela nous a permis d’amortir, humainement et financièrement, la transformation numérique, le digital, la concurrence des plates-formes commerciales, etc.

On parle beaucoup plus ces derniers temps d’intelligence artificielle que d’intelligence collective. Selon vous, les deux sont-elles compatibles, voire complémentaires ? Ou l’une menace-t-elle l’autre ?

Ce qui peut menacer, c’est la domination de l’une sur l’autre. Une intelligence collective qui ne se donne pas les moyens de rester à niveau, qui ne se challenge pas, y compris avec une intelligence mécanique, artificielle ou neurologique, c’est une intelligence qui va être dépassée, qui va se nécroser. Concernant l’IA , il faudra mettre de sacrés garde-fous pour préserver notre liberté, notre indépendance, faire en sorte que cela reste un outil à notre service. Sinon, ce sera la fin de notre espèce.

L’intelligence collective, cela suppose aussi de faire face au réel collectivement. Le temps réel aujourd’hui, c’est une économie sous tension, certains économistes évoquent une possible récession économique : quelle est votre analyse ?

Dans le système médiatique et politique actuel, on a tendance à attiser les images négatives. Mais l’économie française est résiliente. Nous sommes la première destination touristique. Dans les technologies, l’armement, les services, la France est un des plus gros exportateurs mondiaux. Nous sommes dans une Europe qui est le marché le plus solvable au monde. Il n’y aura pas de récession si on absorbe les surcoûts – notamment pétroliers – de la crise actuelle au Moyen-Orient, sans faire payer tout de suite et pour longtemps au consommateur des hausses qui seront, on l’espère, que temporaires. Si ce n’était pas le cas, là, on aviserait. Mais quand j’entends les industriels dirent « Il faut renégocier avec les distributeurs », je réponds : « Renégocier à la hausse les prix, tout de suite, ce sera la prime à la spéculation. Les industriels du plastique, de l’emballage, doivent d’abord négocier avec la pétrochimie. Pour moi, c’est ça le jeu collectif, c’est ça l’intelligence collective. Chacun, là où il est, doit empêcher la vague d’inflation de passer. Il faut que chacun des professionnels se mette en ordre de bataille pour éviter que nos consommateurs, nos citoyens, nos retraités, nos salariés pâtissent de cette inflation.

Un rapport sénatorial récent pointe du doigt les marges de la distribution qui atteindraient 40 % sur les produits alimentaires. Quelle est votre réaction ?

Ce rapport sénatorial qui évoque nos marges est un chiffon. Un étudiant en première année de sciences éco le démonterait point par point. Il mélange tout. Quand il parle de distribution, il parle aussi de restauration, de grossistes… La marge de E. Leclerc, c’est 2,9 % avant impôts. Ce qui me choque le plus, c’est que ce rapport ne dit rien du consommateur. Il reproche à la distribution à la fois sa guerre des prix, de vendre moins cher donc mais aussi ses marges… Je trouve bizarre cette fixette des parlementaires, des sénateurs, sur les marges des enseignes les moins chères alors qu’aucun ne conteste les marges du luxe, celles de la restauration, celle des grossistes… Quand les politiques essayent d’opposer les Uber, VTC aux taxis, quand ils opposent la location saisonnière à l’hôtellerie, les agriculteurs aux distributeurs, c’est qu’ils n’ont pas de politique !

Vous parlez de politique, il est tentant de vous demander où vous en êtes de vos réflexions sur ce plan alors que vous êtes considéré, selon le baromètre Ifop-Fiducial de février 2026, comme l’une des personnalités politiques préférées des Français…

La préoccupation numéro 1 des Français, c’est le pouvoir d’achat, de vivre bien, d’avoir une retraite décente, un salaire décent, s’acheter un logement, une auto… C’est le b.a-ba. Or, regardez le discours politique, à gauche comme à droite, il ne parle plus aux gens. La gauche ne parle plus de salaire, sauf à taper sur les riches. La droite ne parle que sécurité et immigration… La droite sociale a disparu. Dans ce contexte, je veux me servir modestement de cette popularité pour aider les jeunes et les moins jeunes à passer de cap difficile de notre époque. J’ai le sens du collectif, je sais ce que je dois à mes profs, à mes parents, à quelques belles rencontres… Soit par la politique, soit par l’action sur le terrain, je veux transmettre ce que j’ai appris du tout cela.

Entre ce que vous nous dites là et une déclaration officielle de candidature à la présidentielle, la frontière est ténue…

Ça, c’est le commentaire du journaliste de « Sud Ouest » (rires)...

(1) Festival Philosophia, du vendredi 29 mai au dimanche 31 mai, à la mairie de Saint-Emilion, au 6 Place Pioceau. Programme, sites… : https://www.festival-philosophia.com/

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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