Deuxième vague. Critiqué par l’opposition pour son retard à l’allumage lors du précédent épisode , le gouvernement entend montrer sa mobilisation face à la vague de chaleur qui s’abat sur la France à partir de ce mercredi 17 juin. Après un déplacement, mardi, au centre de crise sanitaire du ministère de la Santé, plusieurs ministres prennent la parole pour répondre aux questions ou inquiétudes de la population.
En première ligne, cette fois-ci, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, doit tenir une conférence de presse ce mercredi après-midi. L’objectif : présenter un « premier bilan » du Plan national d’adaptation au changement climatique, censé préparer la France à un réchauffement pouvant aller jusqu’à +4 °C d’ici 2100. Mais ce n’est pas tout.
L’ancienne présidente du Fonds mondial pour la nature (WWF), méconnue du grand public, sera inévitablement interrogée sur la nouvelle hausse des températures, et les critiques qui affleurent déjà. Dans les hôpitaux et les lycées par exemple, où des milliers d’élèves passent leur bac, les professionnels déplorent une « impréparation totale » , symbole du manque d’action de l’exécutif ces dernières années.
En somme, Monique Barbut, avec plusieurs de ses collègues, va devoir défendre le bilan d’Emmanuel Macron contre le changement climatique, et en matière d’adaptation à ces bouleversements. Elle est également chargée d’incarner la volonté du Premier ministre d’investir lui aussi ces sujets. Deux missions hautement périlleuses, sous les coups de boutoirs des oppositions, et dans un contexte économique difficile.
Nommée en octobre dernier pour succéder à Agnès Pannier-Runacher, cette spécialiste des négociations climatiques, réputée proche d’Emmanuel Macron, reste habituellement dans l’ombre. Depuis son arrivée à l’hôtel de Roquelaure, elle fuit les caméras ou les micros, et ne s’exprime que très rarement dans la presse. Elle laisse son ministre délégué Mathieu Lefèvre, un ancien député Renaissance, habitué des joutes politiques et médiatiques, porter les sujets de son ministère. Quitte à brouiller sa ligne, quand lui défend avant tout la simplification des normes et des règles, et à s’attirer les critiques des défenseurs de l’environnement. Même au sein de son camp.
Il faut dire que sa nomination au gouvernement, puis sa disparition au fil des mois, illustre bien la baisse des ambitions écologiques de l’exécutif. Terminés les objectifs massifs, sur la rénovation thermique des bâtiments par exemple, puis l’idée de faire de la planification écologique la pierre angulaire du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Les enjeux climatiques ont été relégués au second plan.
Après avoir soutenu le retour de certains pesticides ou l’affaiblissement du droit environnemental, parmi d'autres reculs récents, le Premier ministre a acté une sorte de coup de rabot dans le budget de l’écologie, ce printemps. Ainsi, 275 millions d’euros de crédit dédiés à la transition climatique sont gelés ou annulés (dans un plan d’économies plus large), pour répondre au coût, pour les finances françaises, de la guerre au Moyen-Orient.
Le fonds vert, qui permet aux collectivités de soutenir les projets d’adaptation, s’en retrouve de nouveau affecté. Comme le dispositif phare « MaPrimeRénov’ », dont la voilure a été réduite au fil des années, au grand dam de la gauche et des écologistes. Après ces reculs, « on s’étonne que, quand on arrive en pleine vague de chaleur, la France ne soit pas préparée », avait déjà dénoncé Marine Tondelier en mai dernier, pointant « la culpabilité » et la « responsabilité » des gouvernements successifs.
Dans cette situation, Monique Barbut manœuvre à la tête d’un ministère au périmètre largement réduit, et donc aux leviers limités depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et le passage éphémère de Michel Barnier (LR) à Matignon. Depuis lors, les enjeux de transport, de logement ou de cohésion des territoires sont sous l’égide d’autres ministres. Difficile, dans ces conditions, de peser dans l’architecture gouvernementale et les différents arbitrages. Qui plus est au moment où le Premier ministre cherche à faire des économies par tous les bouts.
De fait, les politiques d’adaptation au changement climatique coûtent « un pognon de dingue », pour paraphraser Emmanuel Macron en d’autres temps et circonstances. Les grands plans de rénovation thermiques portés par la gauche sont par exemple chiffrés en dizaines de milliards, tout comme la stratégie de climatisation tous azimuts portée par le Rassemblement national.
Or, selon le diagnostic du Premier ministre et de ses prédécesseurs, la France ne peut pas se le permettre, vu l’état actuel des finances et du déficit (5,1 % du PIB). Le chef du gouvernement a déjà envoyé un courrier salé à ses ministres il y a quelques jours pour freiner leurs demandes de dépenses supplémentaires, avant une saison budgétaire 2026 forcément très périlleuse, elle aussi. Monique Barbut, comme ses collègues, devra faire avec. Ou plutôt sans.
