Sur le plateau des "4 Vérités" mercredi 17 juin, Laurent Jacobelli dit ne rien attendre en matière budgétaire d'un "gouvernement en fin de vie", qui selon lui évitera tout débat.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Alexandre Peyrout : Aujourd'hui s'achève le G7, et ce soir, Donald Trump sera reçu au château de Versailles par Emmanuel Macron pour un grand dîner de gala, pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine. Feux d'artifice au menu. Ce n'est pas la première fois qu'Emmanuel Macron utilise les ors de Versailles. Est-ce que vous, au pouvoir, vous feriez la même chose ?
Laurent Jacobelli : Les États-Unis sont un pays ami avec lequel nous avons des relations depuis très longtemps, et au-delà d'Emmanuel Macron et au-delà de Donald Trump, c'est-à-dire des personnalités des présidents, il y a des relations à maintenir. On a beaucoup souffert de ces dernières années, où les tensions entre la France et les États-Unis avaient un impact, notamment sur le commerce…
Je préfère qu'effectivement les deux présidents se parlent en relation bilatérale, à la guerre à fleuret moucheté qui avait lieu jusqu'à aujourd'hui. Les États-Unis sont un partenaire, un partenaire turbulent et difficile ces derniers temps, mais nous avons une longue tradition d'amitié. Je crois que ça montre aussi que les relations bilatérales ont du bon ; qu'Emmanuel Macron reprenne un dialogue direct avec le président des États-Unis, c'est quand même mieux que de donner les clés à Madame von der Leyen, qui elle, mène une politique qui parfois n'est pas à l'avantage de la France.
Il y a des gens que ça choque, malgré tout, qui estiment que la France, Emmanuel Macron, en faisant ça, se couche un peu devant les États-Unis. Ce n'est pas un sentiment que vous partagez ?
Non, je ne le crois pas. Enfin, je ne l'espère pas. Je pense que les États-Unis sont un partenaire et que le fait que nous nous soyons braqués sur un certain nombre de choses n'a pas aidé la France, notamment sur les droits de douane…
Mais on vous a connu plus ferme vis-à-vis de certains pays, par exemple de l'Algérie, dont vous estimiez qu'elle ne respectait pas assez la France. Là, est-ce que, quand les États-Unis menacent la France de droits de douane sur les vins, ils respectent la France ?
Non, mais vous avez raison. Il faut entamer un dialogue qui peut être un dialogue parfois un peu rude, mais pour ça, il faut un dialogue. Ce qu'il ne faut pas, c'est d'avoir trop d'intermédiaires, comme par exemple Mme von der Leyen, qui privilégie d'autres intérêts que les intérêts de la France. Qu'il y ait un rapport bilatéral entre le président de la République française et le président des États-Unis d'Amérique, qui est une bonne chose, ne serait-ce que pour se dire les quatre vérités face à face et qu'on règle les problèmes. C'est ce qui a un peu manqué, et je pense que le fait que la France retrouve un dialogue avec les États-Unis, et il y a beaucoup de choses à revoir avec le président américain.
Il y a un an, votre patron, Jordan Bardella, parlait de "vent de liberté" pour qualifier l'élection de Donald Trump. Est-ce qu'il ne s'est pas un peu emballé ? Est-ce que ce n'est pas devenu un allié un peu encombrant, pour vous ?
C'est un allié difficile. Mais dans allié difficile, il y a allié. Les États-Unis d'Amérique sont aujourd'hui un partenaire. Pour autant, on ne doit pas être naïfs, on ne doit pas leur donner les clés de notre défense, de nos relations internationales, mais on ne doit pas se braquer non plus. Je crois que le problème de la diplomatie française, aujourd'hui, c'est qu'elle n'est plus écoutée dans le monde. Quand Emmanuel Macron parle avec sa petite voix fluette, je ne parle pas de la personne, mais je parle du poids de la voix de la France aujourd'hui : il n'est plus entendu. Le général de Gaulle avait montré une autre voie, une voie de l'équidistance, une voie de l'indépendance, mais une voix forte dans le concert des nations. C'est ce que nous devons retrouver.
Il n'avait pas toujours été écouté non plus par les États-Unis à l'époque…
C'est vrai, vous avez raison, mais il était ferme et il continuait d'avoir un dialogue, parfois dur, mais franc.
On parlait justement des effets de la politique de Donald Trump. On voit que ça fait varier les prix des carburants. Il y a eu cet accord entre l'Iran et les États-Unis. Vous dites merci à Donald Trump de faire baisser les prix à la pompe ?
Non, pas du tout. Je pense que le problème n'est pas chez Donald Trump pour les prix à la pompe, mais il est chez nous. On doit le régler. D'abord, trop de taxes.
Enfin, là, ça baisse. Le gouvernement, finalement, a peut-être eu raison d'attendre et de ne pas encore grèver les finances publiques ?
Vous savez, quand on est au gouvernement, le but, ce n'est pas d'attendre, c'est d'agir. Aujourd'hui, les Français paient entre 1,90 euro et 2 euros le litre d'essence. C'est beaucoup plus que nos voisins européens. Pourquoi ? Parce qu'il y a trop de taxes dedans. C'est pour ça que nous, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen, on veut baisser le poids de la TVA sur l'essence, le faire passer de 20% à 5,5%. Pourquoi ? Pour redonner du pouvoir d'achat aux Français, et puis, au final, relancer aussi la consommation, parce qu'il y a un vrai problème dans notre pays. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les Français n'arrivent plus à boucler leur budget, même en gagnant leur vie, même en allant travailler. Et le poids de l'énergie et notamment de l'essence dans le coût des dépenses mensuelles est aujourd'hui trop élevé, alors que l'État s'engraisse avec ses taxes.
Mais est-ce qu'au lieu de faire baisser les taxes, le gouvernement n'a pas raison d'essayer plutôt de mettre la pression aux distributeurs, de leur dire : "Vous vous êtes enrichis très vite au moment de la hausse du prix du baril et de la fermeture des détroits d'Ormuz. Là, le baril baisse, il faut maintenant faire baisser les prix très vite." Est-ce qu'il a raison de mettre la pression ?
Les distributeurs, vous avez raison de le dire, sont très enclins à répercuter les hausses mais ont beaucoup plus de mal à répercuter les baisses. L'État prend beaucoup trop de taxes sur l'essence, et même des taxes sur les taxes. Vous savez, on paie une TVA sur la taxe sur l'essence. C'est un monde de fous. Les seuls qui ont fait un effort pour l'instant, ce sont les consommateurs. Ce sont les Françaises et les Français qui doivent prendre leur voiture chaque jour pour aller au travail, parce que le système ferroviaire n'est pas au niveau, parce que maintenant l'emploi, il est de plus en plus rare, donc il faut aller chercher de plus en plus loin. Les Français sont victimes de la situation, ils ne sont pas coupables, or c'est à eux qu'on demande de payer : il faut que ça change.
Vous parliez d'efforts, justement, hier on a eu le coup de massue de la Banque de France qui dit que la croissance, finalement, devrait être quasi nulle cette année. Est-ce que vous craignez qu'il faille faire plus d'efforts dans le prochain budget ? C'est ce que disait à votre place hier le ministre des Comptes publics, David Amiel.
Mais il faut faire des efforts dans le budget, à partir du moment où le budget est déséquilibré, bien évidemment. Et à chaque fois, ces déséquilibres, qui les paient ? Les entreprises, qui sont normalement sources de création d'emplois, et les particuliers qui croulent sous l'impôt. Donc il faut que ça cesse. Il faut qu'on retrouve un budget bien géré, équilibré, avec des Français libres de consommer et des entreprises libres de produire. Mais c'est l'ordre, la hiérarchie des dépenses qu'il faut revoir de fond en comble. La justice doit être un axe d'investissement prioritaire. En revanche, l'immigration doit arrêter de plomber les finances publiques. Il faut revoir philosophiquement la structure du budget, pour avoir un budget à l'équilibre et qui favorise la vie des Français.
Sur le budget, est-ce que vous craignez le recours au 49.3 ? Hier, le ministre des Relations avec le Parlement disait que c'était la solution privilégiée.
Mais évidemment qu'il n'y aura pas de débat, parce qu'on a un gouvernement en fin de vie.
Très probablement. Mais aujourd'hui, on a un gouvernement en fin de vie qui est incapable de prendre les bonnes décisions budgétaires pour les Français. C'est-à-dire que les Français doivent se serrer la ceinture et le budget est déséquilibré. Les impôts, le poids fiscal, augmente et l'emploi et la croissance stagnent, voire régressent. On est dans une situation aberrante. Vivement 2027, vivement qu'on change les priorités, vivement qu'on fasse la chasse à la mauvaise taxe, à la mauvaise norme et qu'on relance l'activité. Il est temps de le faire.
Ce qui devrait être une priorité de la campagne présidentielle, en tout cas, ce sont les mesures concernant la justice après l'affaire de la mort de la jeune Lyhanna. On voit qu'il y a eu beaucoup de manifestations pour demander cette loi intégrale pour plus de prévention et plus de prise en charge des victimes de violences sexuelles, les enfants et les femmes. Est-ce que vous la voteriez, cette loi intégrale ?
Il faut la voir, mais en tout cas, on ne peut pas rester dans la situation actuelle. Mais vous savez, la loi existe aujourd'hui, je vous rassure. Il est interdit, évidemment, d'agresser, et plus particulièrement des enfants. Le problème, c'est que notre justice n'a pas assez de moyens. Il faut à peu près doubler le nombre de magistrats. On est aujourd'hui à la traîne par rapport à nos voisins européens. Mais il n'y a pas qu'une question de moyens, même si elle est importante. Il y a une question de philosophie. Il faut qu'on remette la victime au centre de nos préoccupations.
Est-ce qu'il y a eu des défaillances, notamment, par exemple, je pense à ces gendarmes qui ont rabroué une mère de famille dont la fille était victime de viol, qui ont même menacé de porter plainte pour harcèlement ?
Sur le cas précis de Lyhanna, toute la chaîne est à revoir. C''est un cumul de dysfonctionnements, qui malheureusement n'est pas atypique mais symptomatique de notre système aujourd'hui. Pas assez de moyens, on l'a dit : c'est un rapport de 1 à 2 voire 4 par rapport à nos voisins européens, donc ce n'est pas tout à fait normal, c'est même absolument anormal, mais une question de philosophie et on n'échappera pas. Tant qu'excuser le coupable sera plus important que d'indemniser la victime ou de protéger la victime, on aura un problème. Il y a une philosophie en France de la justice qui est d'essayer de trouver systématiquement des aménagements de peine, systématiquement de l'explication pour le comportement des voyous. La victime doit être au centre, il faut punir sévèrement les coupables.
Vous avez fait ressurgir un débat ce lundi en expliquant, je cite, que vous pourriez organiser un référendum sur le retour de la peine de mort si les Français le demandaient. C'est ce que vous avez dit exactement. Pourtant, Marine Le Pen, en 2022, a expliqué que ce n'était pas constitutionnel. Vous avez changé d'avis ?
Non, pas du tout. Ce n'est pas constitutionnel aujourd'hui. Je répondais simplement à une question théorique sur le référendum d'initiative citoyenne.
Vous avez dit : "Si les Français le demandent, on pourrait le faire."
Vous voyez le conditionnel, mais le fait que vous me posiez la question, ça montre bien qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas aujourd'hui, puisqu'on en est à imaginer le retour de la peine de mort, contre lequel nous sommes. Mais ça veut bien dire aujourd'hui que la peine de perpétuité réelle n'est pas appliquée. Or, quelqu'un qui touche à un enfant, qui agresse un mineur, doit rester toute sa vie en prison et ne jamais sortir. Et si on se pose la question aujourd'hui, c'est qu'il y a un dysfonctionnement. Dans l'affaire du périscolaire à Paris, un individu qui a agressé sexuellement neuf enfants de moins de 5 ans…
