Devant la cour d’assises d’Auch, le procès en appel de Yassine El Azizi, condamné à trente ans en première instance, a commencé. Le verdict est attendu au plus tard le 10 juin
L e drame de la mort de la gendarme Mélanie Lemée, 25 ans, tuée à l’été 2020 sur un morceau de macadam de la départementale 813 à Port-Sainte-Marie, en Lot-et-Garonne, se rejoue devant la cour d’assises d’Auch depuis ce lundi 1 er juin. Un nouveau procès, un an après la condamnation à trente ans de réclusion criminelle de Yassine El Azizi, le chauffard responsable...
L e drame de la mort de la gendarme Mélanie Lemée, 25 ans, tuée à l’été 2020 sur un morceau de macadam de la départementale 813 à Port-Sainte-Marie, en Lot-et-Garonne, se rejoue devant la cour d’assises d’Auch depuis ce lundi 1 er juin. Un nouveau procès, un an après la condamnation à trente ans de réclusion criminelle de Yassine El Azizi, le chauffard responsable de sa mort, qui a fait appel.
Sur le banc des parties civiles, à l’ouverture de l’audience, Danièle Letissier, la mère de la victime, ne peut réprimer des larmes. À ses côtés, Christian Lemée, le père de Mélanie, ne laisse rien transparaître de ses émotions. Marc, leur fils, n’a pas tenu à venir. « Il craignait de ne pouvoir le supporter », confie M e Philippe Bellandi, l’avocat de la famille. « On rouvre la boîte à horreurs, souffle-t-il. La tenue de ce nouveau procès c’est rouvrir une blessure, c’est extrêmement douloureux. C’est même plus difficile que le premier procès puisque, même si la famille entend que l’appel est un droit, le parcours judiciaire se révèle très long, près de six ans. »
C’était le soir du 4 juillet 2020, en plein Covid. Yacine El Azizi rentre du Cap d’Agde et passe devant une voiture de gendarmerie à hauteur de Colayrac-Saint-Cirq, près d’Agen. Il roule vite. Les militaires le prennent en chasse. Refus d’obtempérer. Le Tonneinquais, de 27 ans au moment des faits, a 160 grammes de cocaïne sur lui, il en a snifé aussi – quatre ou cinq traces de poudre, prend-il à l’époque au quotidien, en plus des « huit à dix joints » qu’il fume, selon ses aveux.
À bord d’une Clio, le trentenaire roule à tombeau ouvert, entre 130 et 150 km/h, en zone urbaine comme en zone rurale, sans craindre les contresens et les lignes blanches. À la sortie d’un virage, à hauteur de Port-Sainte-Marie, Yassine El Azizi donne un coup de volant pour éviter les herses que Mélanie Lemée et son collègue ont jetées pour l’intercepter. Elle est heurtée sur le bas-côté à pleine vitesse. Démembrée, elle meurt quelques minutes après le choc.
Au moment d’évoquer son passé, Yassine El Azizi, la voix traînante, tente de ne pas apparaître pour un homme inconséquent, à l’inverse du portrait en filigrane qui se dessine devant les neuf jurés populaires : le Tonneinquais, un enfant « de bonne famille », a quitté l’école à 16 ans, vit d’expédients, n’a pas plus de compte bancaire que de numéro de sécurité sociale. Condamné en 2017 pour une infraction liée aux stupéfiants, il collectionne les délits routiers : excès de vitesse, conduite sans assurance et sans permis, comme le soir du drame.
Pour sa défense, assurée par M e Édouard Martial et Victor Casellas, le défi est immense. « Le texte qui poursuit Yassine El Azizi démontre qu’il n’a jamais voulu tuer. Il n’a jamais été en situation d’être un meurtrier, ou, pire, un assassin. En cela, la peine de trente ans prononcée en première instance est incompréhensible, estime M e Martial. Donc, nous, ce qu’on vient dire, c’est : jugez-le comme vous devriez le faire, sans infliger une peine qui est réservée aux assassins et terroristes. »
