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Il faut probablement une certaine audace pour mettre en scène un procès fictif afin de plaider sa propre cause. C’est pourtant le choix qu’a fait la Chancellerie, mardi 2 juin, pour promouvoir le projet de loi visant à étendre le plaider-coupable à la matière criminelle . Une vidéo soigneusement mise en scène, diffusée sur les réseaux sociaux , met en image l’accord passé pour des coups mortels aggravés. Un crime théoriquement puni de 20 ans de réclusion criminelle, ici soldé à neuf ans de prison, au terme d’une simple négociation. Simple. Rapide. Efficace.
Pendant que les salles d’audiences débordent, que les détenus attendent des mois une audience, que les victimes peinent à se faire entendre, le ministère lui, s’offre le luxe d’une fiction bien rodée.
Ces coups de communication ne sont pas anodins. Ils sont les révélateurs de la fragilité d’un projet que ses propres auteurs peinent à défendre sur le fond. Quand on manque d’arguments, on fait du spectacle. Mais la Justice, celle qui se rend au nom du peuple français, ne se joue pas dans un studio de cinéma. Elle se rend chaque jour dans des prétoires surchargés, portée à bout de bras par des magistrats et des greffiers épuisés, par des avocats qui se battent pour faire respecter les droits les plus fondamentaux, et par des justiciables qui espèrent.
Sur le fond, notre position n’a pas varié, elle est claire, constante et sans ambiguïté. Ce projet de loi industrialise la justice. Ce qu’on appelle plaider-coupable en matière criminelle est en réalité une justice de renoncement.
Décryptage Milliers de dossiers en souffrance, risque de remises en liberté de détenus dangereux… La grande asphyxie de la justice criminelle
