84 écoles maternelles, une vingtaine d’écoles primaires, une dizaine de crèches. À Paris, des dizaines d’établissements font aujourd’hui l’objet d’enquêtes ouvertes après des signalements de possibles violences sexuelles commises par des agents du périscolaire .
Depuis le début de l’année, 78 agents de la ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, a récemment indiqué le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire .
Des chiffres vertigineux, qui font basculer certains parents dans une inquiétude permanente. Tous se demandent comment protéger leurs enfants face à ces violences qui sont, de l’aveu même de l’édile de la capitale, « systémiques » . À l’approche de l’été, certains s’organisent donc pour ne plus avoir à les confier aux structures périscolaires. Ce qui implique bien souvent toute une réorganisation familiale.
C’est le cas pour Pauline, dont la petite fille a fait sa première rentrée à l’automne dans une école privée du 9e arrondissement. « Dès septembre, on a renoncé à la mettre au périscolaire et au centre de loisirs car nous avons eu vent de signalements » , nous explique la mère famille.
Depuis la rentrée, elle jongle donc entre différents modes de garde pour éviter à sa fille de fréquenter la garderie. « Le lundi, je me débrouille pour rentrer plus tôt du travail, on fait appel aux grands-parents les mardis soir et mercredis, et on a une nounou pour le reste de la semaine » , énumère-t-elle. L’organisation des vacances d’été lui demande aussi du fil à retordre. « Pour juillet, on compte encore une fois pour les grands-parents et je vais aussi poser une semaine supplémentaire de congé. On a bien conscience de la chance que l’on a d’avoir des parents à qui ne travaillent plus » , souffle Pauline.
Rebecca, elle, a dû se résoudre cette année à faire appel au périscolaire pour sa fille, inscrite en petite section dans une école publique du 11e arrondissement. « Travaillant à l’hôpital et mon mari à la RATP, en horaires décalés, on savait qu’elle devrait y aller le soir, car nous n’avons pas les moyens de prendre une nounou tous les jours. »
Mais en avril dernier, elle apprend qu’un animateur a été signalé pour des faits à caractère sexuel. « J’en ai fait une crise d’angoisse. C’est extrêmement violent de savoir que nos enfants peuvent être en danger dans la structure à qui on les confie toute la journée », juge Rebecca, qui se démène désormais pour trouver une alternative au centre de loisirs pour le mois de juillet. « Mon conjoint essaye de voir s’il peut changer ses horaires pour commencer à 18 heures, ce qui me laissera le temps de rentrer du travail pour prendre le relais. Je suis aussi en train de voir avec la tata, qui habite loin de Paris, pour qu’elle la prenne une petite semaine. À titre de comparaison, le périscolaire est à deux minutes à pied de chez nous… »
Cette réorganisation a aussi souvent un coût financier non négligeable pour les familles qui choisissent de se passer du périscolaire. Lorsqu’elle a appris que l’école publique du 9e arrondissement où son fils de quatre ans a été scolarisé l’an dernier était concernée par les signalements de violences sexuelles, Maud, qui faisait alors encore appel au périscolaire le mercredi après-midi, s’est résolue à faire davantage appel à sa nounou. Résultat, « notre budget a explosé » , lâche la mère de famille, qui doit désormais débourser jusqu’à 400 euros supplémentaires par mois. « J’ai dû renoncer à une activité pour mon fils car elle nous revenait trop cher. Et encore, nuance-t-elle, je sais bien que nous ne sommes pas les plus à plaindre. »
Même constat du côté de Pauline, qui appréhende l’emploi probable à temps plein d’une nounou après l’école et le mercredi l’an prochain. « Une fois les aides déduites, cela nous reviendrait de 1 200 à 1 300 euros de notre poche. »
Car faire appel aux grands-parents pour combler les problèmes d’emploi du temps n’a rien d’une solution miracle. « Ma mère doit faire une heure et demie de trajet pour venir récupérer ma fille. Cela devient fatigant pour elle et ça génère des tensions. Alors on envisage de faire autrement l’année prochaine » , relate Pauline.
Du côté de Rebecca, le sacrifice est surtout familial : pour ne plus faire appel au périscolaire le soir, son mari travaille davantage les week-ends. « C’est du temps en moins passés tous les trois » , regrette-t-elle.
Ces difficultés logistiques et financières pourraient-elles convaincre ces mères de finalement remettre leur enfant au périscolaire ou au centre de loisirs ? Pour Pauline, il en est pour le moment hors de question. « Tant que les enfants ne seront pas protégés de potentiels agresseurs, on procédera autrement, quitte à faire des sacrifices sur d’autres choses, comme les vacances » , insiste-t-elle.
Maud, elle, dit s’être posé la question, mais la confiance qu’elle plaçait dans les structures est trop abîmée. « Je n’arrive pas à imaginer que les mesures promises soient mises en place avant au moins trois ans. En attendant, on va devoir se débrouiller autrement. » En plus de composer avec divers moyens de garde cet été, elle planche actuellement sur un projet solidaire qu’elle espère voir naître d’ici l’hiver prochain. « L’idée serait de mettre en relation les parents pour qu’ils gardent chacun à tour de rôle les enfants durant les vacances scolaires » , détaille Maud, qui concède que ce système n’est pas exempt de défauts. « Les familles ne sont pas exemptes de violences, mais chacun devra fournir un extrait de son casier judiciaire avant de s’inscrire. »
Quant à Rebecca, elle pourrait réenvisager de mettre sa fille au périscolaire, mais à condition que de réels efforts soient faits pour garantir la sécurité des enfants. « Au-delà de la suspension des agents mis en cause, il faut une meilleure communication avec les parents » , estime-t-elle, soulignant que les familles ne connaissent pas toujours les différentes équipes à qui elles confient leurs enfants. « Je sais qu’il existe des professionnels qui font bien leur travail. Eux aussi ont un rôle à jouer en se formant et en ne laissant rien passer lorsqu’ils repèrent une situation dangereuse. C’est aussi comme ça que va se recréer le lien de confiance. »
