S’abonner permet de commenter les articles. Et pas que : vous pouvez les consulter et les offrir à vos proches.
Les candidatures à l’élection présidentielle se multiplient. On recense plus de 30 candidatures potentielles à ce jour. Cette inflation suscite critiques et sarcasmes. Est-ce bien raisonnable ? Il semble ne plus y avoir aucun filtre ou inhibition à l’expression des ambitions personnelles. L’explosion de l’offre de candidatures est trompeuse. La plupart ne sont pas viables dans le temps. Les prétendants sont souvent candidats avant tout à la visibilité, à un petit tour de piste médiatique et à un quart d’heure de gloire warholien. Ils sont candidats à la sélection sondagière qui fera le tri progressivement entre présidentiables crédibles et aspirants éphémères. Peu de candidats ont les ressources financières et les réseaux partisans pour s’engager dans une campagne où l’obtention des parrainages des cinq cents élus reste un obstacle difficile à franchir. Rappelons qu’ en 2022, 12 étaient en lice, le record ayant été atteint, depuis 1965, en 2002 avec 16 postulants.
Cette profusion est néanmoins significative. Elle est le symptôme d’évolutions structurelles du champ politique : une individualisation de la compétition politique et une décollectivisation du jeu politique. Cinq dynamiques sont à l’œuvre dont les effets se renforcent mutuellement.
Le système partisan s’est atomisé et n’est plus structuré par des grands partis dominants. L’Assemblée nationale n’a jamais connu autant de groupes parlementaires (11 : chiffre record sous la Vᵉ République). Jusqu’en 2017, les deux partis dominants (PS et UMP-LR) fabriquaient un candidat qui rassemblait large. La victoire d’Emmanuel Macron a fait éclater ce duopole mais elle a aussi décomposé le système partisan. La tripartition née des élections législatives de 2024 est trompeuse. Elle cache une fragmentation plus grande encore. Deux des trois pôles (la gauche, le « bloc central ») sont fracturés en partis multiples qui cherchent chacun à peser sur l’élection présidentielle, d’autant plus qu’il n’y a plus de leadership partisan naturel. Chaque parti a besoin d’un candidat pour exister même si ses ambitions sont modestes. Le cas du PCF est emblématique de la vitrine indispensable que représente un candidat (Fabien Roussel).
Pour réguler la compétition dans ces camps divisés, l’idée de primaires est en circulation. Leur fonction a changé : elles départageaient les candidats d’un même parti, elles deviennent un processus plus large pour limiter les candidats d’un espace politique, très difficile à ce titre à organiser et périlleux. La perspective de primaires rend plus précoce la campagne présidentielle et stimule les ambitions présidentielles. Marine Tondelier , Clémentine Autain, François Ruffin sont candidats à une primaire dont l’organisation effective est hypothétique.
Reportage A Poitiers, François Ruffin lance sa campagne présidentielle : « Primaire ou pas, j’irai de toute façon »
