Le plus dur reste à faire. Si Gabriel Attal vient d’ajouter son nom à la longue liste de prétendants à l’Élysée, en officialisant sa candidature lors d’un déplacement dans l’Aveyron ce vendredi 22 mai, rien ne dit qu’il pourra l’emporter. Ni même qu’il ira au bout de l’aventure. Car non seulement l’ancien Premier ministre doit convaincre au sein de ses propres rangs qu’il est en mesure de porter leurs couleurs à l’élection présidentielle, mais il devra en plus s’imposer à ses proches rivaux.
Son officialisation n’est pas une surprise, tant il s’est employé, ces derniers mois, à poser les jalons d’une candidature. À 37 ans, le patron de Renaissance a accéléré le rythme des déplacements et effectué des visites dans plusieurs pays européens (Pays-Bas, Espagne, Estonie…) à la rencontre de chefs d’État et de gouvernement. Surtout, il a sorti un livre fin avril, En homme libre (éd. de l’Observatoire), destiné à lancer sa campagne, dans lequel il se confie sur son enfance, les addictions de son père, son arrivée en politique ou son passage à Matignon.
Désormais, Gabriel Attal dispose de quelques mois pour creuser son sillon et prouver qu’il est le meilleur candidat du « bloc central ». Un espace, ouvert sur la droite, qu’il partage avec Édouard Philippe , lancé lui aussi vers la conquête de l’Élysée. Les deux hommes, « concurrents », selon les mots du maire du Havre, ce jeudi, cherchent à tout prix à minimiser cette concurrence potentiellement dévastatrice. « Avec Édouard Philippe, on a à cœur d’empêcher un second tour qui sera terrible pour les Français entre La France insoumise et le Rassemblement national » , assurait ainsi le patron du groupe Renaissance, début mai, sur franceinfo, pour rassurer ses ouailles.
Si le « risque » d’un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen ou Jordan Bardella devient crédible, Gabriel Attal assure que le « rassemblement » deviendra « impérieux » . Comprendre : l’un des deux hommes se rangera derrière le mieux placé. Ou comment remettre son destin entre les mains des sondeurs. Un tel « rassemblement » interviendrait, selon lui, début 2027.
Mais à ce stade, rien ne dit que Gabriel Attal sera le mieux placé. Dans les sondages, le maire du Havre bénéficie d’une légère avance. Dans celui commandé par Harris Interactive pour RTL début mai, Édouard Philippe est crédité de 19 % d’intentions de vote, cinq points devant Gabriel Attal. Lequel est d’ailleurs talonné par Jean-Luc Mélenchon, à 13 %.
« Édouard Philippe bénéficie d’une image de “valeur sûre“, de “quelqu’un d’ultra-compétent”, c’est sa principale qualité » , dit Stéphane Fournier, directeur d’études chez Cluster 17, dans Marianne . À l’inverse, Gabriel Attal sait qu’il doit se défaire d’une image de « jeune premier » : secrétaire d’État à 29 ans, ministre de l’Éducation nationale à 33, Premier ministre à 34.
Ce n’est pas un hasard, donc, si son entourage a distillé, ces derniers jours, des éléments de langage sur sa volonté de mener une campagne « à la Chirac » . « Il partait de loin au départ mais a su déjouer tous les pronostics en parlant au cœur des Français», affirme Gabriel Attal lui-même auprès de La Tribune dimanche , dans une comparaison tout sauf subtile avec l’ancien président.
Pas un hasard non plus qu’il ait choisi de se rendre ce week-end à Rodez en Aveyron, marqué chaque année par un événement très populaire : la montée des troupeaux vers les estives. À la manière d’une Anne Hidalgo qui, en 2022, avait peiné à se défaire de son profil très parisien, ou d’un Raphaël Glucksmann souvent ramené à son enfance dans les beaux quartiers de la capitale, Gabriel Attal devra faire la démonstration qu’il sait parler à tous les Français.
Autre difficulté pour le patron de Renaissance : les divisions internes. Encore cette semaine, Yaël Braun-Pivet a offert un exemple cinglant de la cacophonie qui règne au sein de la formation fondée par Emmanuel Macron, avant 2027. Sur France Inter, la présidente de l’Assemblée nationale a fait savoir qu’elle n’irait pas au meeting de lancement de la candidature de Gabriel Attal, prévu le 30 mai. Comme de nombreux cadres.
« Ni au meeting de quelque membre de la majorité que ce soit, a-t-elle expliqué, puisque je considère que la question aujourd’hui, ce n’est pas de se lancer chacun dans une aventure personnelle » . Ajoutant : « Je ne crois pas au sauveur suprême. Il faut travailler en collectif, prendre les idées de plusieurs personnes et pas se dire que tout seul on a raison sur tout » . Des critiques que formulent d’autres figures de Renaissance, à l’image d’Élisabeth Borne , qui a claqué la porte de la direction du parti début mai, mécontente de la mise sur orbite de Gabriel Attal.
« Je suis en désaccord avec la ligne actuelle du parti » , a exprimé l’ancienne Première ministre le 6 mai sur France Inter. De ligne, il n’est d’ailleurs que très peu question. Que va proposer le candidat à la présidentielle sur les retraites, l’hôpital public, l’agriculture… ? En coulisse, certains l’accusent de privilégier la forme au fond. « J’ai du mal avec ceux qui ne pensent pas grand-chose, flinguait un ancien ministre d’Élisabeth Borne au HuffPost il y a quelques semaines. Gabriel Attal est guidé par sa com’. Sa popularité ne va pas durer ».
Sur cet aspect, le patron de Renaissance devra composer avec l’héritage (parfois lourd et encombrant) du macronisme. Une autre difficulté. Après dix ans d’Emmanuel Macron, toujours aussi impopulaire (74 % des Français considèrent qu’il est un mauvais président), Gabriel Attal devra à la fois assumer le bilan et tenter de s’en détacher pour ne pas avoir à porter, par exemple, la calamiteuse dissolution de l’Assemblée ou la très décriée réforme des retraites. Bref, il y a du boulot.
