Alors que le PS et les Écologistes sont encore loin d’une candidature commune, un accord pour les prochaines législatives pourrait débloquer la situation et raviver la flamme de 2012
M algré la canicule, la présidentielle de 2027 reste une source de sueurs froides pour la gauche. Alors que son climat interne se dérègle, mardi, Raphaël Glucksmann s’est donné trois mois pour convaincre, lançant le top départ d’une course contre la montre éliminatoire. Jeudi, François Hollande s’est fixé décembre pour dire s’il sera ou non candidat.
Traduction d’un météorologue du Parti socialiste : « Il attend que l’offre Glucksmann s’effondre et tous les autres scénarios avec… » Soit les hypothèses de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve...
Traduction d’un météorologue du Parti socialiste : « Il attend que l’offre Glucksmann s’effondre et tous les autres scénarios avec… » Soit les hypothèses de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, du patron du PS Olivier Faure et du député socialiste des Landes Boris Vallaud, tous les trois étant plus ou moins en embuscade, tout comme Marine Tondelier, la cheffe de file des Écologistes, et les ex-Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain.
Pour autant, la perspective d’une candidature commune qui verrait cette gauche non mélenchoniste se rassembler n’est pas totalement enterrée. En coulisses, Boris Vallaud, Yannick Jadot, le sénateur écologiste de Paris, et Raphaël Glucksmann y travaillent à travers leur initiative Construire 2027.
Certes, mardi, en sortant du bois, l’eurodéputé et cofondateur de Place publique a montré qu’il entendait jouer sa carte. Mais plus qu’une échappée en solitaire dans les sondages qui réussirait à imposer un nom, une autre clé a émergé ces derniers jours : celle d’un accord aux législatives entre les différentes écuries. Précisément ce que François Hollande, vainqueur de la primaire socialiste de 2011, avait fait avec les écologistes pour la présidentielle de 2012.
« C’est avec un accord de ce type qu’on pourra aboutir à une candidature commune, confirme Stéphane Delpeyrat, le maire PS de Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, et proche d’Olivier Faure. Quel que soit le processus de désignation qui sera retenu, il ne pourra fonctionner que si chacun sait ce qu’il pèsera dans le futur dispositif. » En clair, il s’agit de sécuriser l’ensemble des parties et d’assurer que les responsabilités et le pouvoir seront partagés.
Sous réserve que le vainqueur de la présidentielle décide de dissoudre l’Assemblée, un accord pour ces éventuelles législatives devrait aussi permettre de débrancher certaines candidatures. « C’est le meilleur moyen de sauver la face de celles et ceux qui accepteront de se retirer, observe un autre élu de gauche. Mais dans le cas des Écologistes, le prix à payer risque d’être élevé, surtout si c’est pour éviter qu’ils ne rejoignent LFI… De même, si Boris Vallaud se rallie à Raphaël Glucksmann, il voudra des places pour ses proches… »
Reste qu’une telle approche est loin d’être partagée. « La question n’est pas de savoir qui doit se retirer ou non », grince Nicolas Thierry, le député Les Écologistes de Bordeaux , toujours favorable à une entente avec LFI, sur le mode du Nouveau Front populaire. « L’écrasante majorité des électeurs de gauche aspire à l’union, poursuit-il. Je plaide pour que nous leur laissions le dernier mot à travers un processus de désignation clair, ouvert et démocratique. Aucun accord d’appareil ne remplacera une méthode légitime de désignation d’un candidat commun. C’est cette légitimité qui créera la dynamique indispensable à la victoire et suscitera l’élan nécessaire. »
Une certitude : si les Verts et le PS ont l’expérience de ces négociations, 2027 ne pourra pas être un décalque de 2012. D’abord parce qu’une partie des Écologistes pourrait préférer rejoindre LFI plutôt que de s’allier au PS. Ensuite, parce que les rapports de force ne sont pas les mêmes : « À la lueur de l’implantation du RN et de LFI, de nombreuses circonscriptions ne seront pas gagnables, observe un habitué de ces discussions. S’il doit y avoir un accord à gauche, il ne pourra pas porter sur les 577 circonscriptions mais sur la moitié… » Ce qui promet une discussion difficile.
En attendant, l’idée d’une primaire allant de François Ruffin à Raphaël Glucksmann ne devrait pas passer l’été. Mais quand bien même ses détracteurs ont sa peau, l’atterrissage d’une candidature commune capable de contester le leadership de la gauche à Jean-Luc Mélenchon est encore très loin de la piste.
Si Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann et Boris Vallaud ont fixé septembre pour décanter la situation, tous espèrent des signaux positifs d’ici à la fin juillet. Faute de quoi les universités d’été du PS et des Écologistes n’auront rien d’autre à présenter que leurs divisions. « Il faut en finir avec la gauche Jean-Claude Dusse (1), se désole un maire de gauche. La présidentielle ne peut pas être un malentendu. » En revanche, un coup de bâton…
(1) Le personnage incarné par Michel Blanc dans « Les Bronzés », qui parvient parfois à séduire « sur un malentendu ».
