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Présidentielle 2027 : "Je pense qu'il y a trop de raison et pas assez de passion", juge l'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire

Personnalités citées :Bruno Le MaireEmmanuel Macron
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Le contexte

Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Économie, évoque la nécessité d'une refondation politique en France. Le débat sur l'organisation politique et la clarté des responsabilités est d'actualité, surtout à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Les tensions entre différents partis politiques, notamment le Rassemblement national et la France insoumise, sont également présentes dans le discours public.

Ce qu'il faut retenir

Bruno Le Maire appelle à une refondation de l'organisation politique en France, soulignant le manque de clarté sur les responsabilités. Il propose de réduire le nombre de ministres et de députés pour simplifier le système. Le Maire exprime son inquiétude face à la montée de partis extrêmes et insiste sur la nécessité de passion dans le débat politique. Il critique le modèle économique actuel et plaide pour une réforme éducative et industrielle.

Ce que ça change

Les propositions de Bruno Le Maire pourraient influencer le débat politique en vue de la présidentielle de 2027. Sa critique du système actuel et ses suggestions de réformes pourraient inciter d'autres candidats à se positionner sur ces questions. Cela pourrait également affecter la dynamique entre les partis politiques, notamment face à la montée des extrêmes.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

L'ancien ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, était l'invité des 4V sur France 2, mercredi 27 mai 2026.

Ce mercredi 27 mai 2026, Bruno Le Maire , ancien ministre de l'Économie et des Finances d'Emmanuel Macron, était l'invité des 4V sur France 2. Au micro de Gilles Bornstein, il a notamment abordé la possibilité d'une réorganisation politique de la France et le manque de clarté vis-à-vis des citoyens.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Gilles Bornstein : Dans votre ouvrage Le temps d'une décision , vous écrivez : " On a amélioré les choses, il aurait fallu révolutionner." Emmanuel Macron le souhaitait, son essai s'appelait Révolution , il avait tout le pouvoir, il vous avait avec lui, pourquoi ne l'a-t-il pas fait, pourquoi ne l'avez-vous pas fait ensemble ?

Bruno Le Maire : Je pense que ce que nous avons manqué, c'est la refondation de l'organisation politique du pays. Pour moi, ça doit être le point de départ de toute transformation du pays pour que ça aille mieux pour les Français. Quand vous regardez aujourd'hui, personne ne sait qui décide de quoi, qui est responsable de quoi. C'est un enchevêtrement de responsabilités entre l'État, les collectivités locales, l'Europe. Personne n'y comprend plus rien. Et celui qui en pâtit, c'est évidemment le citoyen qui se retrouve paumé au milieu d'une bureaucratie qui est absolument inextricable.

Le président a-t-il trop de pouvoir actuellement ?

Ce n'est pas que lui. Je constate que depuis 20 ans, au lieu d'avoir un chef de l'État, nous avons un Premier ministre, qui se mêle de tout. Vous ne pouvez pas à la fois être responsable de la protection des Français, du rassemblement des Français, qui est le premier rôle du président de la République, et vous occuper en même temps du gouvernement de tous les jours. Ça n'est pas possible. Il faut un Premier ministre puissant, un chef de l'État qui est chef de l'État, qui protège et rassemble les Français.

Vous proposez d'avoir seulement dix ministres ?

Oui, dix ministres dans la Constitution avec une règle où chacun a son domaine de compétence et l'exerce pleinement, et est capable de remplacer ses directeurs d'administration lui-même sans passer nécessairement par l'accord du Premier ministre ou du Président de la République. Le tout pour qu'il soit maître chez soi et qu'on rétablisse l'autorité de l'État, que les collectivités locales soient indépendantes, avec une indépendance fiscale, normative, et une réorganisation des pouvoirs avec probablement une fusion du département et de la région pour éliminer une couche qui est trop importante.

Mais ça n'a pas été fait, c'est bien le problème. Il faut se poser cette question : pourquoi la France n'en est pas là où elle devrait être aujourd'hui ? Pour moi, je le redis, le point de départ est la nécessaire refondation politique, la simplification de l'organisation, savoir qui décide de quoi. Même chose pour l'Assemblée nationale. Il est temps de réduire le nombre de députés. Il est temps de dire : "L'Assemblée, c'est 50 % de législatif, mais 50 % de contrôle." Sinon on continuera à dire qu'il faut moins de règles et moins de normes, pour se retrouver, dix ans plus tard, avec toujours plus de normes. Les chiffres viennent de tomber : 400 000 règles législatives ou normatives qui tombent comme à Gravelotte sur les Français, qui du coup sont paumés et ne savent plus où ils habitent.

Vous dites qu'il faut rompre avec un modèle français qui demande toujours plus d'État-providence, toujours plus de droits, plus de remboursement, plus de protection. Finalement, vous êtes un libéral classique, vous êtes un homme de droit libéral classique ?

Vous pouvez toujours essayer de me mettre dans une boîte, mais je n'aime pas les boîtes, je m'y sens à l'étroit. Le libéral classique est aussi celui qui a nationalisé les chantiers de l'Atlantique quand il fallait sauver les chantiers de l'Atlantique, qui a interdit la vente de Carrefour à Couche-Tard, qui a su mettre son veto à des décisions qui m'apparaissaient pas bonnes. Donc ne mettez pas les gens dans les boîtes parce que vous allez voir, ils s'en échappent très rapidement. En revanche, oui, je défends une refondation de notre modèle économique et social qui ne marche plus, tout simplement parce qu'il redistribue une richesse qu'il n'a pas créée. Donc commençons par le commencement : recréer de la richesse, notamment industrielle et agricole.

Ce qui suppose de simplifier des règles, d'alléger les impôts de production qui pèsent sur l'industriel, de refonder notre modèle éducatif pour qu'on arrête d'envoyer tous nos enfants à l'université et qu'on ait des formations qui correspondent aux métiers de demain. Il faut que ces derniers correspondent au développement industriel et qu'on reconnaisse quelque chose de très simple : l'intelligence de la main vaut l'intelligence de l'esprit. C'est ça la refondation. C'est comprendre que notre modèle est en train d'aller droit dans le mur, qu'il est devenu un anti-modèle, qui produit de la pauvreté, du chômage, de la division entre les Français. Nous avons tout pour réussir si on est capable de refonder notre modèle éducatif, politique et social.

Il y a plein de boîtes pour 2027. Il y a ceux qui l'excluent, ceux qui y pensent, ceux qui se préparent. Dans laquelle vous situez-vous ?

Encore une fois, je ne suis dans aucune boîte. Mais, je veux dire avec beaucoup de force mon inquiétude en voyant deux trains qui sont en train de foncer l'un contre l'autre. D'un côté le Rassemblement national, de l'autre la France insoumise. Et nous sommes, nous, pris en étau entre ces deux forces. Si nous voulons écarter cet étau, il va falloir y mettre de la passion et du cœur. Il va falloir montrer que notre passion, c'est la France. Il va falloir être capable de reconnaître que nous avons échoué sur certains domaines, que nous nous y sommes mal pris, je l'ai dit sur la refondation politique, je le dis aussi sur l'économie, nous aurions certainement dû aller plus loin.

Est-ce que ça signifie que les prétendants actuels manquent un peu de passion, qu'il y a un peu trop de raison et pas assez de passion ?

Je pense qu'il y a trop de raison et pas assez de passion. Mais je ne suis pas là pour donner des conseils à qui que ce soit, chacun est légitime pour être candidat.

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